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Kadi Duparc, Le défi démographique « une opportunité à saisir grâce à la réactivité, la résilience et la créativité des jeunes africains »

La polyvalence de Kadi Duparc présidente et directrice générale de Sky Architectes, fait d’elle une personnalité remarquable et remarquée de son univers professionnel et social. Kadi est une double diplômée : tout d’abord de l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux, mais aussi de Sciences PO Paris, où elle a passé son certificat en gestion publique et management-potentiel Afrique. Dynamique, ambitieuse et entreprenante, la jeune femme explique ici comment l’urbanisme peut aider l’Afrique et son pays, la Côte d’Ivoire, à relever les grands défis qui les attendent.  

 

 

En tant qu’expert en urbanisme, quelles sont les solutions pour améliorer les conditions de vie des habitants des grandes villes africaines ?

Dans le cadre de l’aménagement du territoire, le respect des règles et l’application des lois en vigueur constitueraient déjà un début de solution. L’encombrement des trottoirs limite la mobilité et engendre des accidents. L’obstruction des regards et systèmes de canalisation pose également un réel problème d’assainissement. Un véritable changement de comportements de la part des usagers que nous sommes dans notre rapport à l’espace urbain est nécessaire. Cela dit, les populations doivent bénéficier des services et équipements de base tels que l’eau potable, l’assainissement et l’électricité. A défaut, des solutions alternatives, câblage informel, égouts de fortune, vont continuer à générer insalubrité et insécurité au cœur des espaces urbains. La conception des villes africaines de demain doit intégrer de façon plus intelligente, une harmonie des ensembles. Le fait de construire des quartiers mixtes composés de logements, d’espaces de travail, d’espaces de commerce et de loisirs réduira fortement les impératifs de mobilité urbaine.

En quoi selon-vous, la mise en œuvre d’une urbanisation mieux organisée dans les mégalopoles africaines pourrait contribuer à l’essor du continent ?

Vaste question ! Une urbanisation mieux conçue et mieux organisée est un gage d’efficacité économique. Le gain de temps généré par une mobilité optimale influe nécessairement sur la productivité. A titre d’illustration, la congestion coûte 19 milliards de dollars par an à Lagos, la mégalopole nigériane. Cette estimation de la Banque Africaine de Développement (BAD) renseigne sur l’urgence d’une urbanisation aux normes. Au-delà des questions d’efficacité économique, il faut également intégrer le double impératif sanitaire et écologique.

Pour cela vous utilisez notamment un outil particulier : Skyecolab. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Skyecolab c’est le chaudron de notre créativité et un espace d’échange et d’expérimentation. C’est une équipe pluridisciplinaire composée d’architectes, d’ingénieurs, de techniciens, d’urbanistes, de paysagistes, mais également d’invités artistes, stylistes, sociologues, designers, écrivains, photographes, personnes de la société civile… L’Afrique regorge de ressources et de matériaux qui doivent nous inspirer, pour concevoir des projets ingénieux et durable. Alors, comment ne pas faire de notre environnement une opportunité de limiter, voire d’éviter, l’importation de matériaux plus coûteux et moins adaptés ? Aujourd’hui, notre défi est de concevoir des projets multidimensionnels dans le cadre d’une responsabilité sociétale affirmée. C’est aussi et surtout une ferme volonté de contribuer à bâtir un meilleur cadre de vie pour nos populations.

Vous êtes aussi particulièrement engagée dans la cause des femmes en Côte d’Ivoire. Comment l’architecture et l’urbanisme peuvent aider à aller dans ce sens ?

 

Je milite activement pour une plus grande équité des genres sur notre continent. Equité sans laquelle aucune réelle émergence n’est possible. Dans mon métier, je constate que l’architecture et l’urbanisme peuvent être des facteurs d’exclusion liée au handicap, à l’âge ou au genre. De nombreuses femmes sont victimes de discrimination, parce que leurs besoins de mobilité et de sécurité sont ignorés. A titre d’exemple, une garderie à proximité du lieu de travail d’une femme lui permettrait d’être plus disponible et plus efficace. Elaborer un projet d’architecture, c’est connaître, comprendre et intégrer le quotidien de tous les bénéficiaires, incluant les femmes, afin de mieux répondre à leurs besoins. Aujourd’hui, plusieurs villages au cœur de l’Afrique ou de l’Inde n’arrivent pas à offrir des espaces d’intimité aux jeunes filles. Cela peut paraître anodin, mais se changer en période de menstruation est un besoin naturel et indispensable. Dans les villages, les jeunes filles abandonnent trop souvent l’école vers l’âge de 12 ans pour cette raison. Il suffirait de leur concevoir un petit espace à côté des toilettes sèches. Ces petites choses peuvent produire de grands effets, aussi bien dans la poursuite du cheminement professionnel, que pour l’appropriation de l’espace public.

Vous accompagnez également des jeunes, et des jeunes filles, dans leur projet. Que leur apprenez-vous ?

Mon objectif est de leur montrer que je ne suis pas une exception et qu’elles peuvent apporter quelque chose et avoir de belles carrières dans les métiers de l’habitat et de la construction et plus globalement dans les métiers traditionnellement et injustement perçus comme réservés aux hommes. Je les incite à oser et à refuser toute limitation. Il est vraiment capital que les filles puissent donner libre court à leurs envies de se réaliser professionnellement comme personnellement. Les deux étant parfaitement compatibles et donc possibles. En tant que Présidente de l’organisation Empow’her en Côte d’Ivoire, nous nous engageons en faveur de l’autonomisation et l’émergence d’une nouvelle génération de femmes entrepreneures décomplexées. Leur autonomie est primordiale et j’ai confiance en cette nouvelle génération de femmes qui émergent et osent entreprendre.

Est-ce que vous faites partie de celles et ceux qui sont optimistes face à cette Afrique du XXIe siècle qui a de nombreux défis à relever ?

Absolument ! Les défis à relever sont énormes mais les enjeux sont exaltants ! Je suis résolument optimiste. Il y a un défi démographique à relever, notamment dans le contexte d’une urbanisation croissante. Un défi, mais aussi une opportunité à saisir grâce à la réactivité, la résilience et la créativité des jeunes africains. Dans un autre registre, la bonne gouvernance s’impose comme un véritable préalable pour offrir un meilleur cadre d’épanouissement socio-économique à ces nouvelles générations. Dans cette logique, une véritable politique d’insertion et d’accompagnement des autoentrepreneurs peut ralentir ou freiner l’immigration clandestine. Malgré notre retard de développement, l’Afrique peut bel et bien émerger. Il convient de s’inspirer des bonnes pratiques des pays du continent d’une part et d’autre part, savoir puiser dans le génie créatif et culturel africain.

Quels sont vos futurs projets et ambitions ?

Plus que des projets et ambitions, j’ai un rêve ! Un rêve que je m’attelle à concrétiser, à travers Sky Architectes et les différentes organisations dans lesquelles j’ai choisis de m’impliquer : pouvoir contribuer à la transformation d’un continent en commençant par mon pays, la Côte d’Ivoire. D’ici 5 à 10 ans, nous espérons déployer dans une vingtaine de villages abandonnés et isolés, un ensemble d’équipements sociaux de base composés de salles de classes, salles polyvalentes, bibliothèques, accès à l’énergie solaire. En sus, une campagne de soins et d’inscription à l’état civil sera menée en faveur des enfants apatrides. Dans ces espaces de vie, l’éducation et la formation, vont fortement contribuer à un nouveau départ pour ces futurs adultes ainsi que leurs mères. Mon autre grande ambition c’est de poursuivre ma mission d’accompagnement des femmes entrepreneures de tous milieux, afin qu’elles puissent s’affranchir et se réaliser.

 

 

 

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