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Interview Véronica Kariuki « Le Kenya, l’option la plus solide dans la région de l’Afrique de l’Est et au-delà »

Kenya-France Business Club (KFBC), une plateforme mise en place en 2010 pour promouvoir la destination Kenya auprès de la diaspora mais également des investisseurs français, invite les investisseurs français à évaluer les opportunités qu’offrent « le hub d’Afrique de l’Est », lors de la 3ème édition du Forum Business Beyond Borders (BBB) qui se tiendra les 3 et 4 juillet à Nairobi. Explications avec son initiatrice, Véronica Kariuki, fondatrice de KFBC.

Propos recueillis par Bilkiss Mentari

Vous organisez la 3ème édition du Forum Business Beyond Borders (BBB) qui se tiendra du 6 au 7 juin à Nairobi. Quel est le concept de cet évènement ?

BBB a pour objectif de promouvoir et de renforcer les relations économiques et les investissements en offrant aux entreprises privées, aux organismes publics et aux investisseurs une plateforme leur permettant de créer des alliances stratégiques, de nouer des partenariats solides et d’échanger des idées dans un intérêt mutuel. KFBC a organisé deux forums similaires hors des frontières françaises. Le forum inaugural s’est tenu en 2016 et la deuxième édition en 2018. La troisième édition, intitulée “Stimuler la croissance durable à travers le programme des quatre grands axes de développement du Kenya”, se tiendra à Nairobi. Compte tenu de l’importance des entreprises d’aujourd’hui, nous pensons que les pays africains tels que le Kenya offrent les meilleures possibilités de développement et de mise en œuvre de pratiques commerciales qui verront l’émergence de chaînes de valeur inclusives qui profiteront aux populations sans nuire à la planète.

L’accent cette année est porté sur 3 secteurs : l’industrie et les énergies renouvelables ; la santé ; l’innovation et la jeunesse. Pourquoi avoir ciblé ses thématiques ?

Nous avons choisi ces trois thèmes car ils représentent ce que nous considérons comme les axes de développement les plus importants, non seulement du point de vue de l’investissement, mais aussi et surtout en vue de l’amélioration de la qualité de la vie au Kenya et dans de nombreux autres pays africains soumis aux mêmes conditions. Ces thèmes correspondent également à une grande partie du vaste programme du gouvernement, à savoir le schéma directeur du plan de développement du pays. Le Kenya possède d’abondantes ressources naturelles qui sont exportées depuis longtemps hors du pays en tant que matières premières pour nourrir les industries de pays plus développés en Europe et maintenant en Asie. Avec des pays comme la Chine qui se développent pour devenir des économies de services et basées sur la technologie, le monde aura besoin d’une autre frontière de croissance en termes de production manufacturière et industrielle. L’Afrique, en général, est sans aucun doute bien en mesure d’offrir au monde de tels services. Nous cherchons à susciter les échanges qui positionneront le Kenya en tant que plaque tournante majeure non seulement pour la production industrielle, mais également pour les avancées technologiques qui donneront le ton aux méthodes et pratiques de production durables dans la région.

Compte tenu de la forte croissance de la demande de produits finis (aux niveaux local et mondial), du développement des infrastructures civiles et énergétiques et de la volonté du gouvernement de soutenir les investissements, nous cherchons à accompagner les investisseurs et autres parties prenantes à explorer les opportunités offertes par le pays et s’engager dans la transformation de l’avenir de la production industrielle. Cette croissance de la production et de la fabrication nécessitera toutefois une main-d’œuvre saine, nourrie, productive et fiable. Nous cherchons donc à faciliter les investissements dans les soins de santé en fournissant une plate-forme aux experts du secteur pour partager des connaissances et échanger avec des partenaires locaux qui ont identifié des moyens de mettre en pratique ces connaissances pour améliorer la vie de millions de personnes qui n’y ont pas accès. Compte tenu de l’efficacité reconnue du système médical français, nous souhaitons associer des acteurs publics et privés français à des partenariats avec des sections locales dédiées afin de concevoir et de mettre en œuvre des systèmes de soins de santé garantissant la fourniture de soins de qualité dans l’ensemble du pays et l’identification rapide des causes des problèmes de santé. Cela permettra à des millions de personnes de consacrer leur temps et leurs efforts à des activités productives pour améliorer leurs conditions de vie et contribuer à une économie dont le potentiel reste à exploiter. Enfin, au Kenya, près de trois quarts de la population a moins de 35 ans, la jeunesse est en forte hausse. Malheureusement, cette croissance exponentielle ne s’est pas reproduite sur le marché du travail et le taux de chômage a atteint des sommets sans précédent. Un rapport récent de la Banque mondiale a montré que le Kenya est en tête de la région avec 17,3% de chômage parmi les jeunes, contre 6% seulement pour l’Ouganda et la Tanzanie, pays voisins. Un taux de chômage aussi dangereux pourrait rapidement devenir une bombe à retardement pour un pays qui a tant à offrir.

La frustration et l’oisiveté pourraient rapidement transformer une population de jeunes prometteurs à une vie de pauvreté alimentée par la criminalité si des opportunités d’emploi et un environnement propice à l’esprit d’entreprise ne sont pas créés. Il est important de noter que les jeunes sans emploi sont souvent des personnes formées qui ont poursuivi des études jusqu’au niveau universitaire. Notre objectif est donc de réunir des représentants du gouvernement, des investisseurs et des économistes pour débattre du problème, identifier les causes profondes de ce chômage massif, puis prendre les mesures nécessaires pour éviter non seulement le risque d’une telle crise, mais s’appuie également sur cette population jeune volontaire, éduquée, créative et robuste pour diriger les entreprises et l’industrie dans le pays. Nous sommes des défenseurs du développement durable et nous pensons que la population est un aspect essentiel d’un développement inclusif et véritablement durable.

L’occasion de mettre les projecteurs sur le Kenya, hub régional. A quoi est dû son attractivité́ ?

En termes d’attractivité pour les investissements, le Kenya s’est révélé l’option la plus solide dans la région de l’Afrique de l’Est et au-delà. Son infrastructure et son système d’éducation de pointe ont conféré au pays un avantage économique sur plusieurs autres pays africains en termes de facilité de commerce et de capital humain. Le rapport sur la compétitivité des pays du Forum économique mondial classe le Kenya au premier rang en Afrique pour la qualité de son capital humain et la disponibilité de la recherche et de l’innovation. À une époque où l’accès à l’information est essentiel au succès des entreprises, le Kenya se positionne comme une plaque tournante pour les technologies de l’information dans la région, avec environ 72% de la population du pays ayant accès à Internet. Cela l’a rendu non seulement idéal pour le développement de produits et de sociétés basés sur Internet, mais également pour la surveillance des opérations commerciales de toutes les autres sociétés.

Le climat d’investissement au Kenya est le plus fort de la région de l’Afrique de l’Est avec un nombre élevé d’entreprises multinationales présentes sur le plan régional et à l’échelle du continent qui ont choisi Nairobi pour siège. Le gouvernement cherche à multiplier par cinq cet investissement étranger, qui passe de 672 millions USD à 3,8 milliards USD. Pour faciliter cela, le gouvernement a mis en place un certain nombre d’incitations pour les investisseurs étrangers que certains de nos panélistes partageront lors de nos conférences. Le Kenya a également réalisé des avancées significatives dans son secteur financier, permettant un éventail de services financiers plus étendu que de nombreuses régions du continent. En fait, le Kenya est connu pour ses technologies innovantes dans les services financiers, y compris le transfert d’argent mobile et les services bancaires mobiles, qui ont révolutionné le secteur dans le pays, permettant une liquidité et une sécurité bien meilleures pour les transactions.

Enfin, c’est une période forte pour la compétitivité du Kenya, appuyée par un gouvernement fort en matière de politique et de niveaux de stabilité politique sans précédent. Le gouvernement a lancé un certain nombre de projets visant à créer les infrastructures nécessaires pour stimuler le développement économique du pays à moyen et long terme. Ces projets nécessitent d’importants investissements que le gouvernement tente de mobiliser à travers des partenariats d’emprunts et d’investissement locaux et étrangers. Le développement économique du pays est tellement important pour les dirigeants du pays que même l’opposition a décidé de s’associer au gouvernement pour veiller à ce que les investisseurs disposent d’un climat de paix propice.

Kenya Business France Business Club vise à̀ rapprocher les opérateurs économiques kenyans et français. Le défi est-il relevé́ ? Les Français participeront à votre évènement ?

Nous avons pu entrer en contact avec un certain nombre d’entreprises françaises intéressées par ce voyage au Kenya, certaines confirmant leur participation. Il est vrai que les relations économiques entre le Kenya et la France n’ont pas toujours été aussi solides, mais nous pensons que le moment est venu de renforcer ces liens. Il a été un peu difficile de convaincre les entreprises françaises, mais nous constatons un intérêt croissant, en particulier depuis la visite du président Macron au Kenya, qui a abouti à la signature de contrats d’une valeur de 3 milliards d’euros. Nous estimons qu’il ne s’agit que du début de liens économiques très forts entre le Kenya et la France et nous continuons à engager le plus grand nombre possible de sociétés et de particuliers français afin de tirer parti des possibilités offertes par la croissance économique du Kenya. Nous cherchons également à démontrer l’attractivité du marché français pour les entreprises kényanes, en particulier pour les produits agricoles et autres produits de base très demandés en France.

Pour conclure, que nous réserve le programme de cette 3ème édition ?

Pour cette troisième édition, notre objectif est de donner aux participants la possibilité de s’associer à une initiative visant à promouvoir et à faciliter le développement durable. BBB n’est pas simplement une série de conférences à thème, mais un événement rassemblant des individus et des organisations ayant le pouvoir de faire la différence grâce à des pratiques commerciales innovantes. À travers BBB 2019, nous offrons aux participants l’occasion d’explorer les opportunités intéressantes offertes par la prochaine grande frontière de croissance du monde. Bien qu’il s’agisse d’une initiative du Kenya France Business Club, le BBB réunit des particuliers et des organisations du monde entier pour discuter d’affaires et créer des partenariats qui débouchent sur des projets rentables qui ont également un impact. Nous avons mis en place des panels composés d’individus clés dans chacun des secteurs sélectionnés afin de fournir des informations détaillées sur les opportunités et les défis auxquels sont confrontées les entreprises dans ces secteurs.

En outre, nous organiserons des réunions interentreprises sur mesure pour nos participants en fonction de leurs activités et de leurs besoins en matière de développement afin de faciliter le partenariat. Nous sommes également en train de sélectionner plusieurs projets en cours ou prévus au Kenya que nous présenterons aux participants. Avec le gouvernement de décentralisation, les plans de développement des différents comtés jouissent désormais d’une plus grande autonomie et nous leur offrons la possibilité de faire appel à des investisseurs internationaux et à des experts pour les aider à mettre en place divers systèmes et structures en fonction des besoins de chaque comté. Pour les réunions et les présentations avec des entreprises spécifiques, nous proposons des visites sur site permettant aux participants de faire des présentations et de visiter des locaux commerciaux pour en savoir plus sur une entreprise et ses activités. Nous proposons également des services de conseil en matière de développement commercial et de coopération.

Au-delà de BBB, nous recherchons en permanence des développements dans différents secteurs, en France et au Kenya. Grâce à notre vaste réseau de partenaires, nous rassemblons des informations actualisées sur l’environnement des entreprises dans les deux pays et engageons nos participants en conséquence. Cela s’est avéré très utile pour un certain nombre de nos partenaires.

Y aller : Kenya-France Business Club (KFBC), 3-4 juillet 2019, ‘hotel Trademark, The Village Market, A Limuru Rd, Nairobi, Kenya

Pour en savoir plus : www.kenyafrancebusinessclub.com