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Interview Patricia Zoundi « Le mobile banking est l’alternative quand il s’agit d’inclusion financière »

Créé en 2010, QuickCash répond à ce qui demeure un défi en Afrique : amener la banque au plus près des usagers, et notamment en zone rurale. Un projet qui n’est sans doute pas le fruit du hasard : Patricia Zoundi, sa créatrice, n’est pas une enfant de la ville. C’est à Soubré, une région aujourd’hui célèbre pour son barrage, qu’elle a grandi. Interview.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

QuickCash étend aujourd’hui ses ramifications au-delà de la Côte d’Ivoire. Un succès qui confirme qu’il répond à un besoin, celui de l’inclusion financière ?

QuickCash a été créé suite à un constat : la population rurale n’avait pas accès au service de transfert d’argent. Pour un paysan qui voulait avoir accès à un tel service, il lui fallait quitter son village pour la ville au prix d’un voyage épuisant. Le villageois perd en moyenne 3 jours pour faire une transaction.

En effet, QuickCash aujourd’hui est présent en plus de la Côte d’Ivoire au Burkina Faso au Mali et au Niger. De nouveau corridor devrait ouvrir d’ici la fin de cette année pour le Togo et d’autres pays.

Face aux limites du secteur bancaire traditionnel, l’alternative est là, dans le mobile banking ?

Le mobile banking est l’alternative idéale quand il s’agit d’inclusion financière car il faut le dire, les grosses compagnies de transfert d’argent fonctionnent avec la connexion internet qui en zone rurale est trop faible pour leur permettre de travailler. Il faut alors se tourner vers le mobile banking pour permettre aux populations rurales d’avoir accès aux service bancaire et autres.

Un projet qui est né de vos souvenirs d’enfance, au village…

Toute jeune, j’aidais ma mère à vendre au marché quand je n’avais pas classe. J’ai forgé mes premiers pas dans l’entrepreneuriat à ses côtés. J’ai vendu des sachets de jus de fruits, des seaux en plastiques, des vêtements pour enfants, des fournitures scolaires, même des recharges téléphoniques et beaucoup d’autres choses. En 1999, après, avec ma maîtrise de droit en poche et face à la rareté de l’emploi, j’ai effectué deux tentatives de demande de stage qui n’ont pas marché et je ne suis pas allée plus loin. Ma mère m’a alors cédé son magasin que j’ai exploité pendant trois ans avant que mon oncle fasse appel à moi pour l’aider à développer son activité de transfert d’argent. Cela consistait en l’exploitation et la gestion de quatre agences sous la franchise Western Union en partenariat avec Ecobank. A 24 ans, j’avais déjà créé ma propre entreprise, je gérais une dizaine de personnes. Nous étions en 2006. Mais cette dernière expérience n’a pas été un franc succès. Ma dernière expérience m’a permis de tirer des leçons, de comprendre l’environnement concurrentiel du marché afin de mieux rebondir sur mes échecs. J’avais donc constaté qu’il y avait un besoin à apporter aux clients du monde rural. Ils mettaient pratiquement trois jours pour effectuer une opération. Je me suis dit : pourquoi ne pas créer un produit qui va permettre à ces personnes de rester dans leur village pour faire la transaction ? Avec moins de 100 000 FCFA (soit 152 euros) et deux collaborateurs, nous avons décidé de faire quelque chose : Voici comment est né QuickCash.

Quels sont vos projets, ambitions futures ?

Actuellement nous avons Canaan Land qui est une plateforme de mise en relation entre les petites agricultrices du monde rural et un lot de service leur permettant de mieux produire et surtout de vivre de l’agriculture qu’elle pratique. Quand nous savons que 80% de ce que nous consommons chaque jour provient du travail de ces petites agricultrices, il est important de s’intéresser à leur condition de vie et de travail, de s’assurer qu’elles puissent puissent vivre décemment du fruit de leur travail.

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