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Interview « On est en train d’aller d’aller vers une réglementation régionale et même continentale avec l’Agence africaine du médicament »

Pour Charles BOGUIFO, Président de l’Ordre National des Pharmaciens de Côte d’Ivoire, compte tenu de la demande et du nouvel écosystème qui se met en place dans l’espace CEDEAO, l’heure est propice à investir dans le secteur pharmaceutique en Côte d’Ivoire comme ailleurs dans la sous-région.

La Côte d’Ivoire a mis  en place une politique de santé ambitieuse, avec l’instauration de la CMU, la modernisation du parc hospitalier, … Et en termes de production pharmaceutique ?

La Côte d’Ivoire a voulu faire un bond important dans le domaine de la santé. Vous savez que l’on sort d’une guerre importante qui a détruit notre patrimoine sanitaire. Il a fallu mettre les bouchées doubles. Des bonds ont été faits, et des partenariats signés. Les choses avancent bien. Mais le maillon faible reste l’industrie pharmaceutique. Si en Afrique on ne produit que  3% de ses besoins en médicaments, en Côte d’Ivoire à peine 36%. Ceci dit, les autorités ont en pris conscientes. Pour développer le secteur, il fallait comprendre comment il était organisé. C’est pourquoi l’État a commencé par un audit. Il a ensuite modifier les lois. Il faut savoir que dans le passé pur pouvoir ouvrir une industrie phamaceutique, 51% de participation devait être locale. La disposition a été levée depuis la loi de 2015. Parallèlement, l’État a revu son code d’investissement pour accorder des facilitations à ceux qui souhaitent investir en Côte d’Ivoire. On a également mis en place le Cepici, Centre de promotion des investissements, qui a installé un guichet unique qui permet en moins de 48 heures de créer une société et vous accompagnez dans vos démarches administratives, également dans le cadre de l’obtention d’exonération. La Côte d’Ivoire a également mis en place une zone franche. Tous ces aspects ont permis d’améliorer l’environnement et de favoriser l’implantation d’industries pharmaceutiques. Depuis, 7 agréments ont été pré-délivrés.

Parmi lesquels une société tunisienne. L’expertise tunisienne dans le domaine est reconnue en Côte d’Ivoire?

Les sociétés tunisiennes ont saisi l’intérêt d’investir dans le secteur en Côte d’Ivoire. Nous avons un challenge que nous pouvons relever ensemble. Le système sanitaire dans la zone subsaharienne est dans une nouvelle dynamique. Les pouvoirs politiques, les institutions internationales, le secteur privé, tous sont unanimes pour relever le niveau de soins dans nos pays. Des actions d’harmonisation des procédures sont en cours, la libre circulation et la libre installation des professionnels de la santé sont effectives, la facilitation des investissements dans le secteur est réelle ; la nécessité de permettre au plus grand nombre de bénéficier de soin de santé est admise par tous avec la mise en place à divers degré de la Couverture Sanitaire Universelle.  Mais la réalité pour ces 15 pays de la CEDEAO dont la population est supérieure à 365 millions d’habitants avec un marché du médicament estimé à plus de 4 Milliards de Dollars US, à l’exception du Nigéria et du Ghana,  90 et 94 % des médicaments sont importés. Les médicaments anti-retro viraux estimés à plus de 900 millions de Dollars sont quasi totalement importés.

Les besoins en installations, en équipements médicaux, en formation de personnels qualifiés sont énormes. De nombreuses solutions peuvent être trouvées à travers une  collaboration Sud-Sud qui nécessitera une bonne coordination, une bonne planification à travers des partenariats gagnants. Tel est le challenge que nous devons relever pour un continent africain que nous voulons émergent.

Vous appelez donc à se positionner sur le marché selon une approche régionale. Encore faut-il que le cadre institutionnel, la réglementation, le permette ?

C’est la volonté mise en place par la plupart des chefs d’État. Il faut reconnaitre que cela met du temps mais ça prend. Ne serait-ce que dans l’espace UEMOA, 8 pays ont ratifiés les textes, pour la libre circulation des professionnels de la santé. Un pharmacien, chirurgien, dentiste peut s’installer dans un des 8 pays. Une réglementation qui permet aussi l’homologation des médicaments. Un produit homologué dans un des pays de la zone l’est également dans les 7 autres.  Ce qui est une avancée importante. L’harmonisation aussi en termes de législation, des textes qui régulent le secteur pharmaceutique. Il faut également penser à la CEDEAO. Quand on parle de marché, la Côte d’Ivoire c’est 500 millions de dollars US de médicaments. A l’échelle de l’UEMOA on passe à 1 milliard 750 millions, de la CEDEAO plus de 4 milliards. Le marché devient beaucoup plus intéressant. À ce niveau, au sein de la CEDEAO les choses évoluent. Avec la mise en place d’un plan régional pharmaceutique dans les 15 pays pour développer des industries pharmaceutiques, renforcer la législation, le contrôle qualité, un des problèmes dans nos pays … On est en train d’aller vers une réglementation régionale et même continentale avec l’Agence africaine du médicament qui s’inscrit dans un esprit d’harmonisation. Le marché devient important. C’est donc le moment d’investir dans nos pays.


 

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