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Interview Omar Daair « Le Commonwealth devient de plus en plus important et le CHOGM 2022 va le démontrer »

A l’occasion du CHOGM 2022, qui se tient du 20 au 26 juin, à Kigali, ANA a rencontré,  Omar Daair, Haut-Commissaire au sein du Haut-Commissariat Britannique au Rwanda, pour évaluer les relations entre la Grande-Bretagne et l’Afrique, l’avenir du Commonwealth sur le continent, et les enjeux du CHOGM 2022. Interview exclusive.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed à Kigali

Quel est le rôle du Haut-Commissaire britannique au Rwanda ? Quels types de projets menez-vous au Rwanda ? 

Le Haut-Commissariat travaille avec nos partenaires au Rwanda sur un grand nombre de sujets, qu’il s’agisse du développement, de la promotion du commerce, du soutien à la bonne gouvernance et de la création de liens culturels entre nos deux pays. 

La nouvelle stratégie de développement international que nous avons annoncée comporte quatre grands axes s’appliquent tous au Rwanda. Le premier concerne la création de partenariats d’investissement. Nous travaillons avec les entreprises britanniques pour les encourager à investir au Rwanda. Nous en voyons déjà de bons exemples, notamment dans les technologies vertes. Nous avons quelques entreprises qui travaillent dans ce domaine. 

Le deuxième domaine concerne plus particulièrement les femmes et les jeunes filles. Pour nous, au Rwanda, cela signifie que notre programme d’éducation est de plus en plus axé sur les résultats d’apprentissage des filles, car nous pensons que la réussite des filles aide l’économie et le développement du pays. Et bien sûr, nous voyons au Rwanda beaucoup de très bons exemples de femmes leaders. Nous aimerions donc encourager la prochaine génération de ces femmes. 

Le troisième domaine est l’aide humanitaire, qui est une grande priorité pour le Royaume-Uni, en Afrique et dans le monde. Nous n’avons pas de crises humanitaires au Rwanda, mais ce qui s’applique ici est notre soutien à l’aide sociale. Nous finançons les personnes qui se trouvent tout en bas de l’échelle des revenus et qui ont besoin d’aide pour sortir de l’extrême pauvreté.

Enfin, le dernier domaine consiste à travailler sur certains des grands défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés en ce moment. Deux de ces défis sont essentiels : le climat, pour lequel nous sommes des partenaires très forts. Et dans le sillage de la COP 26, que nous avons accueillie à Glasgow, nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère de l’environnement sur des projets environnementaux, sur la protection de la nature, et aussi pour faire face à d’autres questions relatives à la santé. Ainsi, dans le cadre de la crise COVID, nous avons établi un partenariat dans le cadre duquel nous avons fait don de vaccins et d’équipements de protection. 

Nous essayons de promouvoir ces partenariats. 

« Le partenariat du Royaume-Uni avec l’Afrique est très fort, et depuis très longtemps »

Plus largement, comment évolue les relations entre Royaume-Uni avec l’Afrique ? Notamment dans ce contexte post-Brexit où le Royaume-Uni cherche à nouer de nouveaux partenariats…

Je dirais que le partenariat du Royaume-Uni avec l’Afrique est très fort, et depuis très longtemps.  Ce n’est donc pas seulement dans cette période post-Brexit. Je pense que ce que vous avez vu après le Brexit, c’est que le gouvernement britannique réfléchit en particulier à la manière dont nous pouvons établir de nouveaux partenariats commerciaux avec nos partenaires africains. Nous y travaillons actuellement avec la communauté d’Afrique de l’Est, mais nous réfléchissons également au rôle que les pays africains peuvent jouer en tant qu’acteurs réellement importants sur la scène mondiale. Je veux dire, par exemple, quand vous regardez la réponse à l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie, les discussions à l’ONU et dans d’autres instances dépendent des votes et des voix des pays d’Afrique et d’ailleurs à travers le monde. 

Il y a par ailleurs un lien historique entre le Royaume-Uni et beaucoup de nos partenaires en Afrique. Nous avons beaucoup de liens en matière d’éducation, les jeunes viennent étudier au Royaume-Uni ou travailler et vivre. Et nous voulons encourager ce type d’échange lorsqu’il s’agit de construire des partenariats économiques, mais aussi en termes de liens culturels. 

Le CHOGM 2022, accueilli pour la seconde fois en Afrique, à Kigali plus précisément, doit confirmer cette relation entre le Royaume-Uni et l’Afrique…

Nous constatons que le Commonwealth devient de plus en plus important. L’événement qui se tiendra à Kigali en juin soulignera l’importance de l’organisation, car le Commonwealth est une famille de 54 pays membres qui représente environ un tiers de la population mondiale. C’est donc une très grande organisation et nous pensons qu’elle peut jouer un rôle très important pour relever certains des grands défis dont j’ai parlé, qu’il s’agisse de savoir comment travailler ensemble pour promouvoir le commerce intra-Commonwealth, nous sommes d’ores et déjà très désireux de voir le niveau des échanges entre les pays du Commonwealth augmenter. 

Il s’agit également de promouvoir nos valeurs communes. L’une des choses dans lesquelles le Commonwealth excelle est de promouvoir les valeurs auxquelles nous croyons tous et pour lesquelles nous nous engageons. Nous nous engageons tous à respecter les droits de l’homme, à promouvoir l’État de droit et la bonne gouvernance. Et le Commonwealth peut faire beaucoup dans ce sens, pour développer des programmes qui permettent d’aller de l’avant dans tous les pays membres du Commonwealth.

C’est également une formidable opportunité pour le Rwanda… 

«  C’est l’occasion de montrer à quel point le Rwanda est ambitieux, non seulement pour son propre développement, mais aussi pour le rôle qu’il peut jouer dans la résolution de certains problèmes mondiaux »

Pour Kigali et pour le Rwanda, ce sera un moment très important car c’est l’opportunité de se faire remarquer sur la scène mondiale. Nous savons que le Rwanda est tout à fait en mesure d’accueillir ces événements internationaux. Nous venons d’assister à la conférence « Énergie durable pour tous », suivie par la Conférence mondiale de développement des télécommunications de l’UIT (CMDT​). Nous savons donc que le Rwanda peut le faire, mais cet événement sera le plus important de tous. Nous attendons de nombreux chefs de gouvernement, dont le mien, qui viendront ici. Nous attendons également la présence du Prince Charles en tant que chef par intérim du Commonwealth, en remplacement de la Reine. Les yeux du monde entier seront donc tournés vers le Rwanda. Et je pense que c’est l’occasion de montrer à quel point le Rwanda est ambitieux, non seulement pour son propre développement, mais aussi pour le rôle qu’il peut jouer dans la résolution de certains problèmes mondiaux. Qu’il s’agisse de développer de nouvelles technologies vertes, de défendre les droits des femmes et des jeunes filles, de soutenir l’entreprenariat féminin, etc. 

« Il s’agit de réfléchir à la manière dont nous pouvons utiliser l’énergie et le potentiel des jeunes du Commonwealth pour favoriser le progrès et le développement de tous nos membres »

La réunion prévoit également le Commonwealth Youth Forum (CYF), réunissant les jeunes des 54 États membres de l’organisation. C’est l’orientation prise par le Commonwealth : place à la jeunesse ?

L’accent sera en effet mis sur la jeunesse, car le Commonwealth est une communauté très jeune. Environ 30 % ou plus de la population a moins de 18 ans. Il s’agit donc de réfléchir à la manière dont nous pouvons utiliser l’énergie et le potentiel des jeunes du Commonwealth pour favoriser le progrès et le développement de tous nos membres.

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