Le dossier du mois

Interview Omar Behi “La Tunisie a un rôle important à jouer en Afrique”

Omar Behi, Ministre du commerce tunisien, a livré, en exclusivité pour ANA, les clés de la stratégie africaine de la Tunisie. 

La Tunisie hésite encore à s’orienter vers l’Afrique…

Tout le monde regarde vers l’Afrique alors que, il est vrai, nous ne la regardons pas assez ou comme il le faudrait. Les entreprises étrangères se bousculent sur le continent et nous ?  Nous devons changer notre façon de travailler. Les entreprises du monde entier quand elles viennent travailler en Tunisie ou en Afrique, se mettent en consortium avec des sociétés locales. Nous n’avons pas encore l’habitude de travailler ensemble. Pour ce faire, on doit apprendre à se faire confiance, confiance en nos compétences, nos entreprises, nos bureaux d’études… Et nous, le politique, nous devons soutenir nos entreprises pour que les règles de passation de marché public soient respectées. Et construire l’Afrique de demain de nos mains.

La Tunisie a pourtant une expertise à exporter. Elle est là la « carte » africaine de la Tunisie : un échange de savoir-faire ? 

La Tunisie est consciente de son potentiel et de ses limites. En termes de services, dans l’agro-business, le BTP, la santé… la Tunisie a des compétences à offrir. Un savoir-faire tunisien conséquent qui va ensuite ouvrir vers d’autres métiers. La Tunisie ne va pas seulement exporter vers ces pays mais elle va également importer, faire du transfert de compétence, de la formation, de l’assistance technique… La Tunisie a une panoplie importante à offrir à condition d’assoir cette relation sur des intérêts mutuels.

Si la Tunisie a un rôle économique à jouer sur le continent, n’a-t-elle pas également un rôle diplomatique à jouer, compte tenu de sa tradition diplomatique_ la Tunisie n’a que des alliés et pas d’ennemis_ alors que le Maghreb, divisé, freine l’intégration africaine ? 

Certainement. Et la Tunisie veut faire partie de ces grands ensembles régionaux. C’est pourquoi elle a rejoint la Comesa en juin dernier. Car la Tunisie est consciente de ses limites et par conséquent de l’intérêt pour elle de rejoindre ces groupes régionaux et de parler d’une seule voix. Par exemple, lors du Sommet de l’OMC à Buenos Aires, c’est la voix de l’Union africaine qui s’est exprimée. L’Union Africaine était une force. Tout en sachant raison gardée bien entendu, l’UA reste une force qui permet, collectivement, de peser sur la scène internationale. Ce qu’aujourd’hui, aucun pays ne peut faire seul. Il est donc pertinent pour la Tunisie qui, comme vous l’avez rappelé a toujours basé ses relations diplomatiques sur le respect des autres pays et l’intégration, de jouer un rôle au sein de l’Union Maghrébine et de l’Union Africaine. Avec la zone de libre-échange également que la Tunisie a ratifié et qui va entrer en vigueur. Je pense donc que nous avons plusieurs cartes à jouer. Que l’intégration de la Tunisie dans son espace africain est nécessaire. Sur le plan économique mais pas seulement. Sur le plan culturel également. La Tunisie jouit d’une très bonne image en Afrique. Beaucoup de leaders africains ont fait leurs études en Tunisie. Nous n’avons pas toujours su rentabiliser sur ce capital sympathie. Il est plus que temps pour nous de retrouver notre africanité.  A travers des relations basées sur le respect et les intérêts mutuels. Et je pense que c’est ainsi que la Tunisie, mais également les pays africains, vont pouvoir travailler ensemble à la construction d’un avenir meilleur pour nos populations.

Ce message est également disponible en : Anglais Arabe