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Interview Ny Fanja Rakotomalala « Nous avançons sur le chemin d’une mine durable »

QMM, coentreprise entre Rio Tinto (80%) et le gouvernement de Madagascar (20%),  située près de Fort-Dauphin, s’est engagée à produire de l’énergie propre. Ouvrant ainsi la voie à une industrie minière durable. Explications avec Ny Fanja Rakotomalala, Président de QIT Madagascar Minerals (QMM) 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

Rio Tinto a signé un accord d’achat d’électricité avec CrossBoundary Energy pour une nouvelle centrale d’énergie renouvelable, solaire et éolienne à Fort-Dauphin, dans le sud de Madagascar. Dans quelle mesure ce projet opère une rupture dans l’industrie minière à Madagascar, plus largement sur le continent ? 

Ce projet est en effet novateur et ce à plus d’un titre. Premièrement, il s’agit de continuer à intégrer la mine à l’intérieur d’un plan de développement de notre communauté hôte pour s’assurer que nous ayons une bonne synergie entre les priorités de la région, de l’État et de QMM, ce qui est très important afin de maximiser les retombées positives de nos actions. Si l’on prend les ENR, comment cela va-t-il se traduire concrètement ? En contribuant aux ambitions du pays de réduire de 14% les émissions de gaz à effet de serre.

Deuxième point, lui aussi très important, nous avançons sur le chemin d’une mine durable, nécessaire si l’on veut progresser sur le long terme. Notre objectif, laisser un héritage tangible, durable, bâti d’une manière indépendante par rapport à la mine. Petit à petit. Un objectif très important. Comment va-t-il se traduire ? Par la réduction de notre empreinte environnementale, par des programmes permettant de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, par le choix des énergies renouvelables (ENR), par une gestion maitrisée de l’eau, par la séquestration et le stockage du carbone via une gestion durable des aires protégées. Dans ce programme de séquestration et stockage du carbone, il y a trois aires protégées avec environ 4 millions d’arbres en  forêt littorale. 

Une mine durable doit contribuer au développement économique. Comment allez-vous réaliser ce projet ? 

Grace à un partenariat entre l’État, les investisseurs privés, le secteur privé, les organisations internationales mais aussi les ONG. Sur les aires protégées, nous allons travailler avec les communautés locales, la société civile, les ONG qui peuvent nous aider  à trouver un bon équilibre entre conservation et production.  Il est de la responsabilité de tous de définir ensemble les solutions qui permettent de faire face à cet impératif social, économique, environnemental et financier. Il s’agit de trouver des solutions financières rentables et économique durable. D’où l’importance de ce partenariat. 

Notre vision, c’est de lutter ensemble efficacement contre le réchauffement climatique et ses effets délétères sur les communautés locales. La famine que nous connaissons actuellement à Madagascar est, selon les experts, une conséquence du réchauffement climatique. Donc notre action s’inscrit sur le long terme. C’est un très bon début. Maintenant il va falloir construire, à un coût compétitif. Il y aura des défis techniques, parce qu’il s’agit d’une production avec une source encore hybride. 

Justement, vous évoquez des défis techniques. A quelle technologie allez-vous faire appel pour les relever ? 

Nous faisons confiance à CrossBoundary Energy (CBE), au regard de leur expertise dans des contextes similaires en Afrique. Le modèle de développement en Afrique est particulier, CBE a une très bonne expertise en ce sens. Rio Tinto et QMM sont également ouverts au concours d’experts externes. C’est avec cet état d’esprit que nous allons faire face à ces défis. Nous voulons atteindre notre objectif de neutralité carbone d’ici 2023 avec ce programme, tout comme notre engagement à réduire nos émissions de 25 millions de kilogramme de CO2 par an. Ces objectifs sont ambitieux et nous comptons les relever grâce à nos partenaires. 

Concernant les communautés locales, au-delà de l’aspect environnement, quel sera l’impact sur elles, sur le plan socio-économique. Elles vont disposer d’une énergie de bonne qualité, à moindre coût, comme le souhaitent les autorités malgaches ? 

Pour l’instant, nous fournissons l’électricité pour Fort Dauphin que nous revendons à l’opérateur public (la JIRAMA)  qui vend ensuite à la population locale. Et avec cette initiative, ce sont près de 80 000 personnes dans la région qui vont avoir accès à une énergie propre, à un coût compétitif. Des discussions sont encore en cours bien sûr mais il est acquis que l’énergie fournie sera plus propre et à un meilleur coût que le fuel. Bien sûr, quand on parle de populations locales, la priorité étant les populations voisines de nos installations. 

Avez-vous d’autres projets à fort potentiel d’impact social et économique ? 

Sur le plan économique, nous accompagnons les autorités dans leur effort pour attirer des investisseurs nationaux et internationaux, autour d’une zone économique dédiée, le Parc d’Ehoala. Les opportunités uniques sur cette zone économique spéciale, ce sont autant de retombées pour la population locale en termes de création d’emplois directs et indirects. Nous travaillons dans un premier temps sur une zone pilote de 15 ha ;des accords de principe ont déjà été signés avec des investisseurs, pour de l’agroforesterie, l’exportation de fruits, de vanille, etc. Nous nous sommes engagés à la promotion du Parc d’Ehoala, d’une superficie totale de 440 ha, à travers cette première zone pilote.

Comment le projet a été élaboré avec elles, les communautés locales, la société civile, les ONG que vous évoquez ? Il y a eu des consultations ? 

Il y a d’abord eu des études d’impact, puis un dialogue permanent que nous avons avec l’ensemble des partenaires cités. Ce n’est pas une première en ce sens. Nous avons été dans le passé, dans le groupe d’intervenants qui a soutenu le processus d’alliance pour le développement. C’est ce type d’alliance que nous allons mettre en place. Avec des partenariats actuels mais à renforcer, nous allons également solliciter des partenariats sur la valorisation de ces ressources naturelles. Comment stocker le carbone ? Il ne s’agit pas seulement de planter des arbres. Il s’agit de ne pas exploiter n’importe comment les ressources.  Des partenariats sont déjà en place, d’autres vont se faire.

Ce n’est pas nouveau, depuis le début du projet nous fonctionnons ainsi donc nous sommes convaincus que pourrons  avancer dans la même logique. 

Pour conclure, ce projet sera-t-il dupliqué ailleurs sur le continent ? 

Rio Tinto est engagé dans la mise en place des accords de Paris. Pas seulement avec QMM. Sur les questions de bonne gouvernance en matière sociale et environnement, Madagascar fait ainsi partie de la stratégie globale du groupe.

QIT Madagascar Minerals (QMM) est une coentreprise entre Rio Tinto (80 %) et le gouvernement de Madagascar (20 %). Elle est située près de Fort Dauphin dans la région d’Anosy au sud-est de Madagascar, et produit principalement de l’ilménite qui est une source majeure de dioxyde de titane, principalement utilisé comme pigment blanc dans des produits tels que les peintures et le papier.

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