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Dr Bertha Ayi, experte CDC Africa-DR
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Interview « Nous pourrons éradiquer la pandémie Covid 19 dans les six prochains mois si nous continuons à imposer des changements de comportement »

Le Centre africain de contrôle des maladies (CDC Africa), coordonne depuis le début de la crise de COVID 19, les actions pour limiter et éradiquer la pandémie. Objectif du CDC, Etat des lieux de l’évolution de la pandémie, évaluation des traitements expérimentaux en cours,avec Dr Bertha AYI, experte au sein du CDC Afrique.

 

Propos recueillis par DBM

 

Rappelez-nous l’histoire et la vocation du Centre de contrôle des maladies(CDC) de l’Union africaine…

 

Le Centre de contrôle des maladies(CDC) de l’Union africaine a été créé, il y a quatre ans. En janvier 2017, il a été inauguré en tant qu’institution technique spécialisée de l’Union africaine pour soutenir les initiatives de santé publique des États membres et renforcer la capacité de leurs institutions de santé publique à détecter, prévenir, contrôler et répondre rapidement et efficacement aux menaces de maladies. Il est dirigé par Dr John Nkengasong, qui supervise les différentes sections qui sont la Préparation et la réponse aux situations d’urgence, la Surveillance des maladies, la Communication des risques, la Gestion des cas et la prévention des infections.

 

Vous êtes Experte auprès du CDC de l’UA, quelle est votre mission ?

 

Ma mission, en tant que membre du groupe de travail technique sur la gestion des cas, est de fournir une expertise au groupe dans la formulation de directives de traitement pour les États membres, mais aussi d’examiner rapidement les nouvelles informations de recherches cliniques dès qu’elles sont disponibles et d’évaluer comment elles peuvent être appliquées à la situation clinique des États membres.

 

Quel rôle le CDC joue-t-il dans la lutte contre la pandémie de COVID-19 en Afrique ?

 

Le Centre de contrôle des maladies joue un rôle très important dans la lutte contre la COVID-19 en Afrique en renforçant les capacités de test, d’éducation et de mobilisation des ressources physiques. Le groupe de travail technique sur la gestion des cas évalue toute nouvelle thérapie et publie des directives à l’intention des médecins. La dernière directive en date est celle qui privilégie l’utilisation de la position couchée chez les patients souffrant d’insuffisance respiratoire.

Pour les tests COVID, le CDC a récemment lancé un pacte pour une stratégie de tests COVID-19 accélérés (PACT) visant à fournir 10 millions de tests COVID-19 en quatre mois. Nous avons déjà passé le cap des 4 millions.

 

En matière de prévention des infections, l’aile Prévention des infections du CDC intervient. Elle accomplit ce rôle en offrant une formation continue au personnel de santé sur la prévention des infections. Dans ce sens, la troisième session de la série de webinaires du CDC sur la prévention des infections a porté sur le  » Contrôle et Prévention des Infections(IPC) dans la communauté » et l’expérience COVID-19 du Kenya. Ce webinaire s’est tenu en anglais et en français le 17 juin 2020. 621 personnes y ont participé.

 

Concernant les activités de laboratoire et d’essais, le CDC a réalisé un total de 4,2 millions de tests PCR pour COVID-19 avec un taux de positivité global de 7,3 %. Il s’agit d’une augmentation de 22 % par rapport à la semaine dernière.  Le Centre de contrôle des maladies de l’Union Africaine a distribué 625 000 tests à 51 États membres et en distribuera 315 000 autres dans les prochaines semaines. Le Centre continuera à soutenir les États membres afin d’assurer un approvisionnement ininterrompu en kits de tests, réactifs et autres fournitures essentielles pour les tests.

 

Concernant son rôle de surveillance de la pandémie, le CDC Afrique travaille avec l’Organisation Mondiale de la Santé(OMS) et les différents départements de santé pour suivre la progression de la maladie à travers l’Afrique. Le groupe de travail technique sur la surveillance travaille avec différentes parties prenantes, dont l’OMS, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), les Communautés économiques régionales (CER) telles que la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le secteur privé, afin d’élaborer conjointement une recommandation globale de santé publique visant à soutenir la reprise des voyages sur le continent en utilisant les transports terrestres, maritimes et aériens. Cette recommandation abordera quatre points essentiels. Il s’agit dans un premier temps de la mise en place de critères minimum harmonisés d’autorisation préalable au voyage pour les voyageurs, le maintien d’un corridor de santé publique sûr dans les différents modes de transport, puis de la mise en place d’un protocole technologique pour guider les fonctions minimum et la sécurité des données pour toute plate-forme électronique utilisée pour traiter les informations des voyageurs afin d’en assurer la fiabilité. Le document évoquera également la mise en place d’un cadre de partage transfrontalier des données pour permettre l’échange d’informations sur les voyageurs entre les États membres de l’Union africaine.

 

S’agissant du rôle d’éducation, le CDC Afrique dispose d’un institut de développement de la main-d’œuvre qui organise chaque semaine des webinaires pour la Communauté des praticiens cliniques, principalement pour fournir des informations de pointe aux médecins et autres professionnels de la santé. Des réunions bihebdomadaires ont également lieu les mercredis et samedis à 12 h (heure de l’Afrique de l’Est) pour permettre aux médecins de discuter des problèmes cliniques et de la meilleure façon de les gérer.

 

Quant à la communication sur les risques, le CDC Afrique partage chaque semaine, des informations en temps réel sur sa page Facebook qui atteignent 131 563 utilisateurs du réseau social en Afrique. Tous les jeudis, le Directeur du CDC Afrique tient un point de presse avec les journalistes à 11h pour les informer de la situation de la maladie.

 

Le CDC Afrique, en collaboration avec la fondation Jack Ma, a distribué 300 respirateurs aux États membres.

 

Comment la pandémie évolue-t-elle en Afrique ?

 

Au 3 juillet 2020, le nombre total de patients touchés était de 414 011 et 10 260 décès, avec un taux de létalité de 2,7 %. Les cas africains représentent 3,6 % des cas mondiaux. Plus de 20 % d’entre eux ont été diagnostiqués en une semaine (63 544). Cela suggère que nous entrons dans une phase de propagation communautaire croissante. 45 % de ces cas proviennent de la partie sud de l’Afrique. Dix pays représentent 86 % des nouveaux cas COVID-19 signalés depuis la dernière note de synthèse : Afrique du Sud (44%), Égypte (17%), Nigeria (7%), Côte d’Ivoire (4%), Ghana (3%), Cameroun (3%), Éthiopie (2%), Kenya (2%), Maroc (2%) et Soudan (2%). Djibouti (465), Sao Tomé-et-Principe (320), le Gabon (213), l’Afrique du Sud (171) et le Cap-Vert (170) sont les pays d’Afrique qui signalent le plus grand nombre de cas COVID19 cumulés pour 100 000 habitants. Sept pays signalent des taux de létalité comparables ou supérieurs au taux mondial de létalité de 5,3 %. Il s’agit des pays suivants: Tchad (8,6 %), Algérie (7,1 %), Niger (6,4 %), Soudan (6,1 %), Burkina Faso (5,8 %), Mali (5,7 %) et Angola (5,4 %).

 

Comment expliquez-vous que l’Afrique soit moins touchée que les autres continents ?

 

Le virus a été importé tardivement en raison d’un trafic international moins important. C’est pourquoi les cas africains représentent moins de 4 % de la charge de morbidité mondiale. En outre, je soupçonne qu’il existe une forme d’immunité croisée contre un autre agent pathogène non identifié qui donne lieu à un taux élevé de patients asymptomatiques. La semaine dernière, des données en provenance d’Espagne et d’Italie ont également suggéré que les différences de système de groupe sanguin ABO peuvent dicter la gravité de la maladie avec le groupe sanguin OB.

 

Plusieurs pays sont entrés en phase de déconfinement, est-il trop tôt pour vous ? (exemple du Ghana, qui a connu une augmentation du nombre de cas depuis le déconfinement)

 

Oui. La plupart des pays qui ont supprimé trop tôt les restrictions à la circulation, y compris le Ghana, ont connu une augmentation du nombre de cas.

 

En attendant, plusieurs pays testent leurs propres vaccins. Comment le CDC considère-t-il ces traitements ?

 

Les 24 et 25 juin, le Centre de contrôle des maladies de l’Union Africaine a organisé une conférence virtuelle sur les vaccins au tour du thème « le rôle de leader de l’Afrique dans le développement du vaccin COVID-19 et son accessibilité ». Cette conférence a été présidée par le président de l’Union Africaine, Son Excellence le Président Cyril Ramaphosa, Président de la République d’Afrique du Sud. Parmi les autres participants figuraient le Directeur de l’OMS, Dr Tedros Ghebreyesus, et Dr John Nkengasong, Directeur du CDC pour l’Afrique. L’Afrique explore les moyens de produire ses propres vaccins.

http://www.youtube.com/watch?v=lym_6f5s-FQ

 

Pourquoi y a-t-il tant de controverses sur la question du traitement contre la COVID 19 (voir le débat sur la chloroquine) ?

 

Cela est dû en partie au fait que les scientifiques n’ont pas découvert un agent efficace qui attaque réellement le virus et l’empêche de se multiplier.

 

Quelles perspectives pour l’avenir ? Les États-Unis travaillent sur un vaccin, la Chine annonce un traitement … Sommes-nous sur le point d’éradiquer la COVID 19 ?

 

Cela pourrait être possible dans les six prochains mois si nous continuons à imposer des changements de comportement comme la distanciation sociale et le port de masques. Les vaccins sont prometteurs, mais il faudra encore au moins huit mois à un an avant qu’ils ne soient commercialisés et prêts à être utilisés. J’ai plaidé en faveur d’un plan très simple, que je n’ai pas encore vu exécuter. Les dirigeants mondiaux auraient dû se réunir et se mettre d’accord sur un verrouillage coordonné de six à douze semaines d’absence de voyage, des dépistages intensifs des cas, de recherche des contacts et de gestion des cas confirmés. Cela aurait permis de réduire la durée de la pandémie et d’éviter les pics de contamination qui se produisent actuellement en Chine, en Corée du Sud et aux États-Unis. Comme les actions ne sont pas coordonnées et sont principalement axées sur les pays, il y aura un risque de résurgences locales, car plusieurs pays d’Europe ouvrent leurs frontières.

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