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interview « Notre vision, faire de notre secteur de la santé tunisien une locomotive pour le continent »

La Tunisie se positionne comme une plateforme de référence en matière d’exportation des services liés à la santé en Afrique. Quelle est sa valeur ajoutée ? Imed Hammami, Ministre de la santé tunisien présente, en excluvité pour ANA, les spécificités du modèle tunisien.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed à Tunis

Quelles sont les spécificités du modèle de santé tunisien ?

Le modèle Tunisien a des particularités qui pourront jouer un rôle de modèle pour notre continent, l’Afrique. C’est un modèle complet. C’est-à-dire, au niveau des infrastructures, du capital humain, de l’industrie pharmaceutique, des services, de la présence dans plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne, du Maghreb notamment… Un système complémentaire même si on tient compte des entreprises sous tutelles du ministère, la Pharmacie centrale, un modèle unique au monde d’une entreprise qui assure la régulation des médicaments pour tout le pays. Que ce soit pour les médicaments de fabrications locales ou importés, de même pour les vaccins, etc. Nous avons également l’Office de la famille et de régulation, pour tout ce qui relatif à la santé de la femme et de l’enfant et de  la reproduction. Nous avons également le thermalisme, un secteur à part. Il faut également mentionner cette complémentarité entre le secteur public et privé. Avec un secteur privé exemplaire sur le continent qui assure une activité de services, d’exportation et, plus important, d’investissements en Afrique. En Tunisie, il y a un engagement politique, marqué par les déplacements du chef du gouvernement, de jouer un rôle plus important en Afrique. Ce qui est ancré dans notre histoire, depuis notre leader Habib Bourguiba, l’Afrique a toujours été au cœur de notre diplomatique, dans une logique de développement intégré. Aujourd’hui, notre vision, c’est de faire de notre secteur de la santé, une locomotive pour le continent. Être une plateforme pour l’évacuation et l’exportation, depuis la Tunisie, des services de santé, avec une présence également sur le continent.

Dans cette ambition, et dans une dynamique de coopération sud-sud, qu’est la Tunisie peut apporter à l’Afrique?

C’est une stratégie multi-sectoriel. Une coopération intra-africaine devra être intégrée. Qu’il s’agisse d’une approche bilatérale ou triangulaire, avec des destinations qui représentes des hub, par exemple la Côte d’Ivoire. Dans le secteur de la santé, toutes les dimensions sont là. Aujourd’hui, en Tunisie, on est prêt à partager notre savoir-faire. Dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, un secteur qui connait 5% de taux de croissance par an sur le marché local, avec des champions qui apparaissent, ont le potentiel et le savoir-faire et sont entrés dans un processus de duplication d’unités industrielles sur le continent. Le capital humain, c’est notre grande richesse. Les services. Les stations thermales. A ce niveau, nous sommes compétitifs et nous présentons même des avantages par rapport  à l’Europe en matière de rapport qualité-prix. Nous sommes déjà une destination pour les Européens, nos amis et frères des pays du Golfe. On vient en Tunisie pour le bien-être, le thermalisme, se soigner, et ce en quelques jours seulement. Alors qu’il faut six mois pour obtenir un RDV chez un spécialiste à Paris, Londres, où Berlin, ici tous les soins sont livrés en quelques jours, y compris dans des spécialités très pointues, avec un prix 10% en dessous des tarifs européens, et en prime un agréable séjour en Tunisie. On est en train de démontrer notre capacité à jouer un rôle leader en la matière.

Quels sont les axes de cette coopération qui ont déjà été posés ?

Nous avons aujourd’hui, un premier axe, celui de l’industrie pharmaceutique, qui est prêt.  Nous avons déjà des champions nationaux qui exportent dans 20 pays africains, pas uniquement francophones. Et ce malgré les difficultés logistiques. Il est également nécessaire d’aboutir à la mise en place de cette Agence africaine du médicament qui pourra siéger à Tunis. Il y a aussi, deuxième axe prêt, la destination Tunisie pour tout ce qui est relatif au tourisme sanitaire. Il ne faut pas oublier l’aspect culturel qui doit être renforcé. La coopération doit aussi concerner la formation, en Tunisie par exemple, et dans les autres destinations africaines. Que ce soit la formation continue, les études académiques en médecine, on peut faire des échanges de stage. Il s’agit également de développer ensemble tout ce qui est recherche scientifique et innovation. Une coordination et un rapprochement,des textes et de la législation, avec la reconnaissance mutuelle des diplômes. En termes d’ engagement politique, aujour’dhui plus que jamais, il y a une conviction , que nous Africains avons un destin commun, des opportunités extraordinaires. Les enjeux du XXIe siècle se joueront au sein de notre continent et nous sommes amenés à jouer notre part. Avec le secteur de la santé comme locomotive pour notre continent. La feuille de route est claire. Reste à passer à l’action.


 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed à Tunis

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