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Interview « Notre ambition à Maroc-Export : voir toute l’Afrique connectée par le train. »

En marge de Rail Industry Summit Casablanca, forum organisé dans la capitale chérifienne du 25 au 27 octobre afin de révéler le potentiel de l’industrie ferroviaire marocaine, Zahra Maafiri, Directrice Générale de Maroc Export, le Centre Marocain de Promotion des Exportations, livre à ANA la stratégie mise en place pour structurer et valoriser un secteur naissant et à travers lui le label « Made in Morocco ».

A quel titre Maroc Export organise ce forum qui vise à la promotion de l’industrie ferroviaire marocaine ?

 

Il s’agit de l’activité ferroviaire tournée vers l’export, vers l’exportation de tout ce qu’on  fait au Maroc. Tout ce que fait Alstom, au Maroc, est destiné à l’exportation. Les produits et les services dans un premier temps qui existent depuis plus d’un siècle, à travers l’ONCF (NDLR : Office national des chemins de fer),  et  maintenant c’est le modèle marocain en matière de développement de l’industrie ferroviaire et de toute la connectivité ferroviaire, d’après une expérience inédite sur le continent et dans la région. Maroc export en tant qu’agence nationale de promotion des exportations, est au coeur de son métier pour accompagner cette industrie naissante, ce secteur à partager avec d’autres partenaires du Maroc, de la région, et de l’Afrique. L’histoire du secteur ferroviaire au Maroc est certes plus que centenaire… Néanmoins, cette rencontre marque sans nul doute, l’avènement d’une nouvelle ère pour cette industrie ! (Lire Maroc L’industrie ferroviaire sur les rails)

 

Donc aujourd’hui, au cœur de la politique industrielle nationale, après l’aéronautique, l’automobile, le pharmaceutique… c’est le ferroviaire ?

 

En effet, nous assistons aujourd’hui à l’émergence d’un nouvel écosystème dédié aux acteurs et industriels du rail…dans le droit fil de ce qui est entrepris depuis plus de deux ans, dans le cadre du Plan d’Accélération Industrielle, lancé par le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’économie numérique. Ce travail qui a abouti jusqu’à présent à la mise en place d’une cinquantaine d’écosystèmes industriels aussi divers que complémentaires… et porteurs de très fortes ambitions pour l’économie nationale.  Le ferroviaire en fait partie ! Un secteur porteur d’innovations, d’opportunités à l’international… et de synergies avec plusieurs autres secteurs tels que l’électrique et l’électronique ; les industries métalliques et métallurgiques ; le textile à usage technique et bien d’autres… En effet, grâce aux multiples chantiers structurants engagés par le Royaume durant la dernière décennie : notamment la ligne grande vitesse Casa-Tanger et les multiples lignes du tramway dans plusieurs villes, etc., l’industrie du rail a un bel avenir au Maroc. Portée par de grands opérateurs tant nationaux qu’internationaux : l’ONCF, la SCIF, le Groupe Bombardier, Alstom et un vivier de PME diverses et dynamiques.

 

Avec une ambition, positionner le Maroc comme le hub de l’industrie ferroviaire en Afrique. Encore un secteur où le Maroc vise le leadership régional ?

 

Exactement. Parce qu’il y a déjà un tissu qui existe, des entreprises avec un savoir-faire qui veulent aujourd’hui travailler ensemble dans la région. Le ferroviaire, c’est une logistique qui intègre à la fois le transport des personnes et le transport des marchandises, le fret. Ce qui induit plusieurs aspects qui vont rejoindre l’émergence de cette industrie. Le développement touristique, la compétitivité régionale, les échanges commerciaux, avec pour conséquence l’installation de toute la logistique industrielle ferroviaire. Notre région a un grand retard à rattraper à ce niveau. Aussi, après avoir traité d’autres thématiques, comme l’agriculture et les infrastructures interrégionales pendant le forum Africa Développement organisé en partenariat avec Attijariwafa Bank, l’industrie ferroviaire doit être envisagée comme une priorité pour notre continent. Elle porte une véritable émergence africaine qui peut aller au-delà des 5% de croissance annuelle enregistrée ces dernières années.  Tant par les mutations économiques que démographiques en cours dans le continent africain, l’industrie ferroviaire est aussi promise à un bel essor en Afrique. Le rail est un moyen de transport de masse qui assure confort et qualité de service auxquels aspirent les populations de plus en plus jeunes et mobiles dans notre continent. A ce niveau, le Maroc, de par son avance en matière d’industries et d’infrastructures ferroviaires offre aujourd’hui la plateforme idoine pour créer un hub industriel porté à la fois par les commandes publiques des grands donneurs d’ordre nationaux…  que par le potentiel de demande internationale, notamment de notre voisinage sub-saharien.

 

Et le modèle, pour l’émergence de cette industrie ferroviaire au Maroc, c’est l’automobile où un écosystème intégré a été installé ? Avec des leaders internationaux, implantés au Maroc, et mis à contribution, en l’occurrence Alstom et Bombardier afin de poser les bases de cette filière industrielle ferroviaire. Sur le volet transfert de compétence et formation notamment…

 

Une leçon acquise dans d’autres secteurs, en particulier l’automobile. Parmi les principales problématiques rencontrées par les entreprises, la présence et la disponibilité d’ingénieurs et de techniciens qualifiés.  C’est dans ce cadre que par exemple, pour accompagner l’implantation de Renault, nous avons créé un institut de formation juste à coté de son usine de Tanger et qui forme spécifiquement les ressources humaines dont ils ont besoin. Nous avons également mis en place l’Institut des Métiers de l’Aéronautique (IMA), près du Technopole de Nouaceur, un joyau qui délivre des formations à la carte. Ce qui fait que de nombreux constructeurs dans l’aéronautique font le choix de s’installer au Maroc. Et nous dupliquons ce modèle, mise en place avec le Gimas (NDLR : Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales), dans le secteur de l’industrie ferroviaire, avec le Gifer (Groupement des industries ferroviaires). J’ajoute que, dans notre plan d’accompagnement de cette industrie, nous avons un objectif d’emploi. On doit répondre à cette demande sociale. Or l’une des premières questions que j’ai posée quand j’ai rencontré les acteurs du secteur concernait l’emploi. Justement, le secteur ferroviaire, qui est très peu robotisé car chaque pièce a besoin d’une action spécifique et donc manuelle, est un très fort pourvoyeur d’emploi.

 

Concrètement quelles sont les ambitions que vous portez pour cette filière ?

 

La stratégie de l’ONCF est très ambitieuse. Il s’agit d’accompagner la mobilité des biens et personnes à travers le doublement du rail, la modernisation des équipements, l’amélioration du service, etc. Avec également un volet formation, en partenariat avec le ministère de l’éducation pour la création d’écoles d’ingénieurs. Ce qui va bénéficier aux sociétés internationales présentes sur notre territoire mais également aux PME nationales qui vont graviter autour. D’où cette première édition du Rail Industry Summit Casablanca. Ce sommet, c’est un bébé. Nous n’avons pas voulu le faire tout seul. C’est pourquoi nous avons choisi pour partenaire la société ABE qui est un spécialiste du secteur.

 

Vous avez également convié des délégations du continent…

 

Oui, car nous avons voulu l’inscrire dans une dynamique régionale. Avec des délégations sénégalaises, ivoiriennes, maliennes, …  Notre ambition à Maroc-Export c’est de voir toute l’Afrique connectée par le train. Pour cela, on cible des pays inscrits dans des dynamiques régionales, par exemple la Côte d’Ivoire pour la région UEMOA, le Cameroun pour la CEMAC, etc. En vue de pouvoir boucler la boucle.

 

Ce sommet marque également une nouvelle orientation de Maroc-Export, avec plus d’actions à caractères promotionnels organisés localement…

 

Maroc export accompagne aujourd’hui 20 secteurs, dont l’industrie, les services, et la culture. Nous sommes très actifs, pour l’émergence de nouveaux secteurs comme l’industrie ferroviaire, et on espère avec ce sommet lui donner un bel élan. Mais nous faisons  beaucoup d’autres choses. En 2015, nous avons réalisé 136 actions promotionnelles internationales. Et en effet, nous avons introduit de nouveaux concepts. Dont la formation de deux jours continus. On a formé ainsi 120 entreprises aux techniques d’exportation. Des rencontres be to be « made in Morocco » afin de créer des synergies entre les sociétés marocaines pour une meilleure compétitivité à l’export. On réfléchi, sur ce sujet, sur la stratégie de l’ensemble de la marque « Maroc » avec toutes  les forces vives du pays. Un rapport sera livré d’ici la fin de l’année. Et, vous l’avez souligné, si 97% de nos activités se font à l’étranger, aujourd’hui l’effort est porté en direction d’évènements internationaux mais organisés au Maroc, pour montrer notre savoir-faire, ici, dans le pays. Ce qui est plus cohérent. Tout cela, sans augmenter nos coûts. Au contraire, chaque année nous réduisons notre budget de 20% tout en augmentant les actions. On rationalise. Ce que l’on doit notamment à une équipe performante, de 114 personnes, composée à 60% de femmes !


 

 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed