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Interview Leïla Ben Hassen « L’économie bleue est une réalité incontournable pour l’Afrique! »

Après une première édition à Londres, le Forum sur l’Économie bleue en Afrique (ABEF) se tiendra les 25 et 26 juin 2019 à Tunis, ville historique du commerce maritime, à la croisée de l’Europe et de l’Afrique. Explications avec Leila Ben Hassen, fondatrice et PDG de Blue Jay Communication, organisatrice de l’ABEF.

Propos recueillis par DBM

Vous organisez à Tunis en juin prochain la 2ème édition du Forum sur l’Economie Bleue en Afrique (ABEF). Quel est le concept ?

Quand on sait que l’Afrique compte 38 États côtiers et insulaires et que l’industrie maritime africaine représente environ 1 000 milliards de dollars par an, avec 90 % des exportations et importations africaines se faisant par le biais de la mer, on réalise l’importance de l’économie bleue pour le continent. En outre, l’économie bleue est intimement liée à la sécurité alimentaire, par l’apport vital de poisson pour plus de 200 millions d’Africains.

Le Forum sur l’Économie bleue en Afrique (ABEF) est né de ce constat que l’économie bleue est une réalité incontournable pour l’Afrique. Suite au succès de la première édition qui a eu lieu en juin 2018 à Londres, nous avons décidé de faire de l’ABEF un événement annuel, une plateforme unique, où les différents acteurs engagés en faveur des océans, viennent partager leurs idées sur la réalisation de l’Objectif de Développement Durable 14 et présenter de nouvelles opportunités d’investissement dans les industries océaniques.

Cette année, pour la seconde édition, l’événement réunira de hauts responsables gouvernementaux, chefs d’entreprise et représentants de la société civile, ainsi que des investisseurs internationaux et experts du secteur océanique venus du monde entier, pour deux jours d’échange visant à mettre en avant les opportunités qu’offre l’économie bleue. 

Pourquoi avoir choisi Tunis pour la seconde édition ? 

Avec ses 1400 kms de côte, à la croisée de l’Europe et de l’Afrique la Tunisie est un pays dont l’histoire est intimement liée à celle de la Méditerranée et du commerce maritime. La Tunisie, qui a récemment rejoint le Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COMESA), témoigne de sa volonté de consolider ses relations avec le continent africain, principalement par le biais d’un renforcement des investissements et des partenariats. 

L’économie bleue a beaucoup de potentiel en Tunisie mais reste encore très peu exploitée. Par ailleurs, il faut savoir que la Méditerranée est la mer la plus surexploitée au monde.  Il est à prévoir que l’état de la biodiversité se dégrade davantage avec le changement climatique, si des mesures ne sont pas mises en place rapidement. 

L’économie bleu figure à l’agenda de l’Union africaine, de l’OIF, mais rares sont les pays à l’avoir inscrits dans leur plan de développement, le potentiel du continent est pourtant très important. Comment expliquer cette absence de prise de conscience ? 

Quelques pays seulement ont commencé à intégrer l’économie bleue dans leurs plans de développement. Parmi lesquels, on compte l’île Maurice et les Seychelles, véritables champions de l’économie bleue en Afrique. Cette absence de conscience s’explique par de nombreux facteurs. Un manque de concertation et de coopération à l’échelle nationale et régionale en matière d’économie bleue. Un besoin de financement innovant pour commencer à développer l’économie bleue en Afrique à une plus grande échelle. Un manque de données et recherches pertinentes qui permettraient de mettre au point des politiques, en particulier en ce qui concerne le changement climatique. Et enfin une faible éducation des jeunes sur la thématique.

Le continent africain doit travailler de concert à un niveau régional et national pour mettre en œuvre des plans stratégiques afin que leurs populations puissent réellement bénéficier du potentiel qu’offre l’économie bleue.

Dans quelle mesure l’ABEF participe à cette prise de conscience ? 

Alors que la première édition de l’ABEF avait principalement pour objectif de faire prendre conscience sur les enjeux et l’importance de l’économie bleue en Afrique, cette deuxième édition va plus loin en tentant d’amener le secteur privé à s’y intéresser davantage et à explorer la manière dont les entreprises et les gouvernements peuvent travailler ensemble.

ABEF2019 aura pour objectifs de mettre l’accent sur la collaboration entre les entreprises et les gouvernements et mettre en lumière les opportunités et les innovations dans les secteurs émergents et traditionnels de l’économie bleue. Ceci tout en protégeant la santé des océans afin de garantir une croissance inclusive et durable en Afrique. Par ailleurs, le Forum vise également à mettre en avant le rôle des femmes dans l’industrie maritime en Afrique, dont la contribution est souvent négligée ou sous-évaluée. 

Des initiatives sont-elles nées de la 1ère édition ?

Lors de la préparation du 1erForum, nous faisions face à de nombreux challenges. La majorité des gens n’ont jamais entendu par le concept de l’Economie Bleue. Nous avons alors décidé que cette première édition serait une destinée à la sensibilisation sur ce concept et son importance pour un développement durable en Afrique.

Nous avons produit un rapport de synthèse avec des recommandations que nous avons largement distribué à de nombreux décideurs des secteurs public et privé afin qu’ils comprennent ce que c’est l’Economie Bleue , qui sont les secteurs concernés, son importance et pourquoi il est impératif de contribuer à la réalisation des Objectifs de Développement Durables(ODD) en particulier celui relatif à la mer (ODD 14).

Pour conclure, que nous réserve cette 2e édition ?

Tout en s’appuyant sur les recommandations clés de l’édition précédente, ABEF 2019 s’est fixé un agenda encore plus ambitieux en mettant l’accent sur les opportunités d’investissement pour un développement durable en Afrique.  

Des panels supplémentaires sur  l’énergie des océans,  la pollution et la  gestion des déchets et un sur l’importance de l’engagement et l’autonomisation des femmes dans les chaines de valeurs de l’économie bleue sont au programme. 6 ministre africains ont d’ores et déjà confirmés leur présence ainsi que des experts internationaux venant ’Australie, d’Europe et des Etats Unis. C’est en définitive le RDV incontournable sur l’Economie Blue en Afrique .

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