Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
A la uneالأخبار

Interview «L’Afrique devrait de nouveau attirer les investissements étrangers»

Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne sont en difficulté financière à cause de la
pandémie. Impact de la crise sur le secteur financier, approches pour inverser la
tendance, secteurs prioritaires après Covid 19….Réponses avec Alain Le Noir, directeur
général de Finances Sans Frontières, membre du conseil d’administration de plusieurs
banques et fin analyste du secteur financier.

Propos recueillis par Blamé Ekoué

Comment se comporte le secteur des finances en Afrique subsaharienne en cette période
de pandémie mondiale ?

Les activités financières sont fortement perturbées comme les autres. Les institutions
monétaires et financières ont pris des mesures pour continuer à assurer une partie de leurs
activités en suivant les recommandations des banques centrales et celles des autorités
sanitaires. Elles ont instauré la rotation des effectifs et mis en place des dispositifs d’accueil
des clients garantissant le respect des gestes barrières. Concernant les affaires, elles ont
enregistré des impayés qui ont dégradé la qualité de leur portefeuille.

Malgré cette situation, elles ont augmenté des lignes de financement de trésorerie, accordé des
moratoires sur l’amortissement des crédits et gelé les actions de recouvrement. Suivant la
répartition de leur portefeuille, elles ont des impacts variés sur leur niveau de ressources.
Celles d’entre elles qui financent les secteurs du BTP, de l’import-export ou du tourisme
enregistrent un repli de leur collecte alors même qu’elles doivent faire face à une
augmentation des sollicitations par leurs clients. La contribution des Institutions de Micro
Finance (IMF) est déterminante dans les réponses à la crise. Pour cette raison, dans la plupart
des zones monétaires de la région, la Banque centrale et les Etats apportent leur soutien au
secteur des finances par des prêts et des garanties.

Jusqu’à quel degré l’économie de l’Afrique subsaharienne est touchée par les effets de la
crise?

La Banque mondiale estime que l’activité économique en Afrique subsaharienne pourrait
enregistrer une contraction de 2,8% en 2020, ce qui représenterait alors une récession sans
précédent. Les projections d’autres organismes vont dans le même sens : selon l’Organisation
Internationale du Travail (OIT), le revenu des travailleurs informels, a chuté de 60% entre le
début de la crise et fin avril. Or, l’économie en Afrique subsaharienne est dominée par
l’informel. On peut imaginer les ravages de la crise dans cette partie du monde.

Au-delà de cet aspect, tous les pays de la zone accusent le coup de la crise sanitaire, même si
c’est à des degrés divers. Les pays exportateurs du pétrole notamment en zone CEMAC,
subissent en plus des conséquences de la crise sanitaire, l’impact de l’effondrement des cours
du pétrole. Il en est de même des pays dépendant de l’exportation des produits agricoles
comme la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et le Kenya ou des matières premières industrielles
comme le Ghana et la RDC. Les grandes destinations touristiques aussi sont durement
frappées : le Cap Vert, l’Éthiopie, l’île Maurice et les Seychelles. Et d’une manière générale,
le renforcement de l’aversion au risque entraine une sortie importante des capitaux rendant de
fait, les perspectives d’après crise un peu plus sombres encore.

Au regard de cela, comment les économies de la zone pourront entrevoir la période post-
covid-19 ?

Elles doivent agir pour enrayer l’insécurité alimentaire qui risque de se renforcer ; elles
doivent également trouver une solution au chômage qui a augmenté et qui continuera
d’augmenter avec un impact sur le niveau des revenus. Enfin, il faudra de nouveau attirer les
investissements étrangers pour faire repartir l’ensemble du secteur productif. Elles doivent
faire tout cela, tout en surveillant de près la situation sanitaire. Il faut souligner que la
prédominance de l’informel ne facilitera pas la mise en œuvre des mesures post-covid dans
cette zone.

Quels sont les secteurs qu’il faudra soutenir dans les pays en Afrique subsaharienne
après cette crise ?

Tous les secteurs auront besoin d’un soutien massif. Les prioritaires, suivant le profil de
chaque pays, devraient être parmi l’agroalimentaire, l’import-export, le tourisme, l’hôtellerie-
restauration et les BTP. C’est sans doute l’occasion pour les gouvernants de mettre en route
des plans ambitieux sur plusieurs décennies, visant à mieux adapter leurs économies aux
chocs de diverses natures, à travers le renforcement de la productivité et la diversification.

Ce message est également disponible en : الإنجليزية الفرنسية