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Le dossier du mois

Interview « La Tunisie dispose de nombreux atouts autour desquels peut se développer un tourisme novateur »

Interview « La Tunisie dispose de nombreux atouts autour desquels peut se développer un tourisme novateur »

 

Les activités de son complexe hôtelier étaient en nette progression en début d’année avant la crise sanitaire due à la pandémie de Covid 19. Mohamed Amouri, président du groupe Hasdrubal Thalassa Hotels estime toutefois que la pandémie est une opportunité pour entamer des réformes et développer une nouvelle vision du tourisme, en accord avec les exigences du 21ème siècle.

 

Propos recueillis par DBM

 

Vous êtes un acteur reconnu du secteur du tourisme thalasso en Tunisie. Comment avez-vous vécu cette période bouleversée par la pandémie Covid 19 ?

 

En tant qu’hôtelier, nous avons été directement et durement affectés par la pandémie COVID 19, qui nous a plongés dans une grande incertitude.  Pour nous, les évènements liés au COVID 19 sont inédits. Nous avons pourtant abordé les mois de janvier, février,  ainsi que la première quinzaine de mars 2020 avec optimisme. Nos réalisations étaient en effet en progression par rapport à l’année précédente. Cependant, cet élan va s’achever brutalement. L’apparition du premier cas  de COVID 19 en Tunisie,  le 2 mars,  ainsi que l’accélération de la propagation de la maladie en Europe, et notamment en Italie, va conduire les autorités Tunisiennes à progressivement fermer les frontières aériennes, maritimes, et terrestres  du pays, à compter du 13 mars, décréter un couvre-feu le 18 mars, et  imposer  un confinement général dès le 20 mars. C’est ainsi que nous avons été contraints à fermer nos établissements, et à assister nos clients en vue de leur rapatriement dans leur pays respectif.  Nos activités ont été du jour au lendemain réduites à zéro. Le pays était pratiquement à l’arrêt, et nos hôpitaux entièrement mobilisés à affronter cette crise sanitaire. La question qui préoccupait les Tunisiens était : quand surviendra  le pic ? En fait, le pic n’aura pas lieu.

 

La Tunisie, un pays qui figure parmi les premiers à avoir adopté des mesures pour faire face à la crise, s’en sort plutôt bien, du moins comparé à ces voisins et aux pays européens. Comment s’annonce la saison estivale ? Pour la Tunisie, pour vous plus particulièrement? 

En effet, la Tunisie a adopté très tôt, des mesures en vue de faire face à la crise sanitaire qui s’annonçait, et ceci dès le 3 février,  après un rapatriement des Tunisiens qui résidaient à Wuhan, en Chine. Toutes les mesures prises par la suite, ont eu pour effet de contenir toute propagation du virus et de maitriser cette crise. A ce jour, nous déplorons 50 décès, pour 1132 cas confirmés et 1023 guérisons. La situation est donc sous contrôle, et force est de reconnaître que la gestion de cette première phase par le gouvernement tunisien fut  un succès.  En tant qu’opérateur touristique, ce succès constitue un acquis positif, sur lequel nous pouvons bâtir une stratégie d’avenir.

A présent, la Tunisie aborde une deuxième phase, assez délicate. Les Hôtels, cafés et restaurants ont reçu l’autorisation de réouverture dès le 04 juin. C’est ainsi que nous avons rouvert deux de nos établissements afin d’accueillir notre clientèle locale.  C’est pour nous un premier pas qui nous permet de restaurer petit à petit la confiance. Cependant de nombreux hôtels en Tunisie demeurent encore fermés, et hésitent encore  à rouvrir. Toute reprise réelle du tourisme est essentiellement liée à l’ouverture des frontières, notamment aériennes. La bonne nouvelle, c’est que la Tunisie a décidé de rouvrir ses frontières aériennes et maritimes à compter du 27 juin.   A cet effet, le ministère de la santé, a classé les pays, ayant ouvert leurs frontières, en trois catégories : vert, orange, et autres. Les résidents des pays labélisés vert sont autorisés à se rendre en Tunisie sans contraintes. C’est le cas, entre autre, de l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, l’Autriche, la Croatie. Ces pays sont nos partenaires traditionnels. Toutefois, cette mesure n’aura pas automatiquement un impact tangible pour les mois de juillet et août. Il faut escompter un début de reprise pour le mois de septembre. Ce qui est certain, c’est que les mois à venir,   vont être extrêmement difficiles. Mais pour surmonter les crises, il nous appartient d’être résilient.

Le risque étant, en accueillant les touristes européens, d’importer à nouveau le virus. Quelles sont les précautions recommandées par les autorités ? Les mesures que vous-mêmes mettez en place ? 

Le ministère du tourisme a élaboré un protocole sanitaire anti-covid 19, qui est un manuel de procédure détaillant toutes  les précautions et mesures d’hygiène à respecter lors de l’accueil, transport, et hébergement de nos clients.   Parmi les mesures les plus drastiques est l’imposition aux hôtels de respecter une capacité d’occupation maximale de 50%.  Pour nos établissements, cela signifie que nous ne dépasserons pas les 200 clients. Nos hôtels étant généreux en termes d’espace, il n’y pas de risques d’encombrement. Nous avons des établissements à taille humaine, et ceci tend à rassurer nos clients.  Par ailleurs, avant la réouverture de nos établissements, nos collaborateurs ont bénéficié d’une formation afin  de prendre connaissance des mesures anti-covid 19 à respecter. Tous nos employés sont soumis au port obligatoire d’un masque de protection. Des gels hydroalcooliques sont à la disposition de nos clients dans tous les espaces communs. Nos chambres sont désinfectées selon un protocole très précis. A l’arrivée, un agent contrôle la température de chaque client. De même, à la piscine, ou à la plage, un transat et un parasol, sont exclusivement réservés pour chaque client durant tous son séjour.  Nous avons réduit la capacité de nos restaurants en vue de respecter les règles de distanciations entre les tables. En outre, il y a lieu de souligner, que nos établissements, bénéficient des services à plein temps d’un médecin et d’un hygiéniste qui s’assurent du respect des règles hygiènes. La sécurité de nos clients et nos collaborateurs, ainsi que la  qualité de service, constituent  notre préoccupation majeure.

 

C’est l’approche adoptée par les autorités tunisiennes, pour sauver la saison, mettre en avant le « tourisme sanitaire ». La Tunisie a en effet une expérience dans ce domaine ? 

 

Les autorités tunisiennes sont conscientes que la reprise du tourisme est subordonnée à une maitrise équilibrée de cette crise sanitaire. Il est important de concilier l’impératif économique sans mettre en péril la sécurité sanitaire. Pour cela, les autorités tunisiennes sont en train de fournir de grands efforts afin d’imposer la Tunisie en tant que destination Covid Safe.  C’est pourquoi, le ministère du tourisme a imposé aux hôtels le respect d’un protocole assez strictes. Mais le respect de mesures sanitaires n’est pas nouveau pour nos hôtels. Depuis longtemps, nos hôtels ont été soumis au respect du protocole HACCP concernant la sécurité alimentaire. Des normes ont été établies afin de réduire les risques de contagions par la légionellose. Des analyses régulières de la qualité de l’eau de nos piscines sont obligatoires. Les hôtels disposant de centres de centre de thalassothérapie, sont coutumiers des contrôles effectués par le ministère de la santé en vue de s’assurer du respect des mesures d’hygiènes. Cette expérience, nous permet de nous adapter plus facilement aux contraintes et exigences prescrites par les mesures de précautions  anti-covid 19.

Cette crise est également une opportunité de se renouveler. Pour conclure, comment pensez-vous que le tourisme va évoluer dans les mois, les années qui viennent? 

Sans aucun doute, la crise sanitaire actuelle va avoir un  impact lourd de conséquence sur le tourisme tunisien. En réalité, il importe de souligner  que le tourisme tunisien est confronté depuis des années à des problèmes structurels.  Depuis les années 80, notre tourisme s’est articulé autour du produit balnéaire et visait à attirer une grande masse de touristes. Malheureusement, toutes les tentatives de réformes n’ont pas abouti, faute de volonté.  Aujourd’hui, ce modèle est clairement remis en cause par cette crise sanitaire. A l’instar des compagnies aériennes qui ont réduit leur flotte d’airbus A380, accueillir plus de  mille clients dans des grands complexes touristiques est susceptibles de  susciter certaines réticences en matière de sécurité sanitaire. En parallèle, continuer à rester  essentiellement dépendant d’un seul produit touristique, en l’occurrence le produit balnéaire, met désormais en danger notre secteur.  La pandémie Covid 19 est en train de pousser tous les acteurs du secteur à entamer des réformes et développer une nouvelle vision du tourisme, en accord avec les exigences du 21ème siècle. La Tunisie a de nombreux atouts : un riche patrimoine archéologique mettant en évidence florissante histoire carthaginoise, romaine, byzantine, et arabo-islamique. Des paysages variés allant des montagnes vertes de l’Atlas aux magnifiques étendues du Sahara. De nombreuses sources thermales  autour desquelles peut se développer un tourisme, en parallèle avec la thalassothérapie, déjà bien présente dans notre pays.  Bref, la destination Tunisie dispose de nombreux atouts, tout en bénéficiant du fait qu’elle se situe en moyenne à deux heures d’avion des principales villes européennes. Cette proximité avec l’Europe est un atout fondamental qu’il faut mettre en avant.  A nous donc de transformer cette crise en opportunité.

 

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