ActualitéArchives

Interview « La Tunisie a un rôle important à jouer en Afrique »

Omar Behi, Ministre du commerce tunisien, a livré, en exclusivité pour ANA, les clés de la stratégie africaine de la Tunisie.

Vous êtes à l’origine du Forum Economique Africain de Tunis organisé les 24 et 25 avril à Tunis. La Tunisie renoue avec son « africanité »?

Nous voulions organiser une rencontre pour mettre en contact les acteurs privés tunisiens avec les acteurs du secteur privé africain. C’est pourquoi le gouvernement, le ministère du commerce en l’ocurrence, a travaillé en étroite collaboration avec le secteur privé national. 80% des personnes qui ont participé à cet évènement viennent du privé. Ce travail en commun a permis dans des temps relativement courts de réussir de façon honorable ce forum. Notre pari, celui de mettre en relation les acteurs tunisiens avec les décideurs africains, a en effet été tenu. Nous avons montré que la Tunisie est là, elle est de retour, et elle est en train de nouer de nouvelles relations avec les pays africains, basées sur un partenariat win-win, sur des intérêts mutuels, et j’insiste sur ce point. Globalement, avec 150 participants Africains et plus de 500 Tunisiens, on peut considérer cette première rencontre comme une réussite.  De qualité notamment. La présence de Poulina et Cevital, les deux mastodontes de l’agro-business en Afrique, est en ce sens révélatrice.

Le forum a ciblé un certain nombre de thématiques pour lesquelles la Tunisie a une expertise à exporter. Elle est là la stratégie africaine de la Tunisie : un échange de savoir-faire ?

La Tunisie est consciente de son potentiel et de ses limites. En termes de services, dans l’agro-business, le BTP, la santé… la Tunisie a des compétences à offrir. Un savoir-faire tunisien conséquent qui vont ensuite ouvrir vers d’autres métiers. La Tunisie ne va pas seulement exporter vers ces pays mais elle va également importer,  faire du transfert de compétence, de la formation, de l’assistance technique… La Tunisie a une panoplie importante à offrir à condition d’assoir cette relation sur des  intérêts mutuels.

Si la Tunisie a un rôle économique à jouer sur le continent, n’a-t-elle pas également un rôle diplomatique à jouer,compte tenu de sa tradition diplomatique_ la Tunisie n’a que des alliés pas d’ennemis_ alors que le Maghreb, divisé, freine l’intégration africaine ?

Certainement. Et la Tunisie veut faire partie de ces grands ensembles régionaux. C’est pourquoi elle va rejoindre la Comesa en juin prochain. Car la Tunisie est consciente de ses limites et par conséquent de l’intérêt pour elle de rejoindre ces groupes régionaux et de parler d’une seule voix. Par exemple, lors du Sommet de l’OMC à Buenos Aires, c’est la voix de l’Union africaine qui s’est exprimée. L’Union Africaine était une force. Tout en sachant raison gardée bien entendu, l’UA reste une force qui permet, collectivement, de peser sur la scène internationale. Ce qu’aujourd’hui, aucun pays ne peut faire seul. Il est donc pertinent pour la Tunisie qui, comme vous l’avez rappelé a toujours basé ses relations diplomatiques sur le respect des autres pays et l’intégration, de jouer un rôle au sein de l’Union Maghrébine et de l’Union Africaine. Avec la zone de libre-échange également que la Tunisie a ratifié et qui va entrer en vigueur. Je pense donc que nous avons plusieurs cartes à jouer. Que l’intégration de la Tunisie dans son espace africain est nécessaire. Sur le plan économique mais pas seulement. Sur le plan culturel ég alement. La Tunisie jouit d’une très bonne image en Afrique. Beaucoup de leaders africains ont fait leurs études en Tunisie. Nous n’avons pas toujours su rentabiliser sur ce capital sympathie. Il est plus que temps que nous de retrouver notre africanité.  A travers des relations basées sur le respect et les intérêts mutuels. Et je pense que c’est ainsi que la Tunisie, mais également les pays africains, vont pouvoir travailler ensemble à la construction d’un avenir meilleur pour nos populations.


 

 

Ce message est également disponible en : Anglais