REF2022-2eme Jour
Le dossier du mois

Interview Geoffroy Roux de Bézieux “La francophonie économique, un des piliers de la croissance de nos pays”

Si la Francophonie a entrepris son virage économique, les actions entreprises dans ce sens tardent à voir le jour. Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef et des Alliances des patronats francophones, entend accélérer le processus. 

Propos recueillis par Mérième Alaoui 

Vous avez participé au sommet de la Francophonie à Djerba, en tant que président de l’Alliance des patronats francophones. Quelles étaient vos attentes ? 

Le cadre de l’OIF traditionnellement structuré autour des objectifs linguistiques et culturels aborde pour la deuxième fois le volet économique de l’espace francophone.  En tant que président de l’Alliance des patronats francophones, il est important d’assurer notre présence au sommet de l’OIF pour renforcer les liens qui nous unissent, du point de vue économique. Ce sujet de la francophonie économique a été le grand absent des échanges passés, alors qu’il est un des piliers de la croissance de nos pays. C’est ce que les pays anglo-saxons ont compris à travers la création du Commonwealth. Lors de cette rencontre de Djerba, nous souhaitons avant tout présenter les premiers résultats de la réunion d’Abidjan : comment faciliter la libre circulation des hommes d’affaires avec l’instauration d’un visa d’affaires francophone ; former la jeunesse aux compétences numériques et techniques, garantes de son employabilité et de notre compétitivité. L’idée serait par exemple d’introduire un système de certifications reconnues au sein de cet espace.  Il s’agit aussi de soutenir les start-ups et nos champions nationaux, vecteurs de croissance partagée.

Comment et pourquoi est née l’Alliance des patronats francophones ? 

L’Alliance des patronats francophones est née au lendemain de la REF 2020 (NDLR : La Rencontre des Entrepreneurs Francophones) du Medef qui se tenait à Paris. Elle fait suite à l’interrogation du Président Sénégalais Macky Sall s’étonnant de l’absence des Français en Afrique.  Unis par une langue et un droit commun, constituant la base des relations d’affaires, ces atouts sont restés lettre morte. 

“A l’heure du grand découplage des économies américaine et chinoise, nous espérons faire de la francophonie un levier de développement multilatéral puissant”

La volonté du MEDEF de créer cette Alliance repose sur un constat : la francophonie économique a un potentiel formidable qui n’a pas jamais été exploité. Nous avons à notre portée un levier d’influence puissant axé sur nos intérêts communs, notre agenda francophone. Cette nouvelle structure a vocation à placer les préoccupations des entreprises au cœur de ces échanges, autour d’un agenda façonné par les entreprises des pays francophones. Il permet ainsi de structurer nos échanges et flux économiques par des actions concrètes et opérationnelles.

Vous êtes le premier président de ce groupement, quel est votre rôle, quelle est votre ambition pour ce mandat de deux ans ? 

La mission que je souhaite porter, en tant que Président de l’Alliance, c’est le renforcement de notre coopération économique pour développer des flux d’affaires entre les pays du nord et du sud, et entre pays du sud de l’Alliance, chacun sur un pied d’égalité. Étant unis par la même langue ainsi que par des systèmes juridiques convergents, notre force réside dans ces leviers d’influence. Ils constituent des facteurs de stabilité pour les investissements et les partenariats, nous apportant un avantage compétitif. De nombreux chantiers nous attendent, en particulier les grands projets d’infrastructures, la libre circulation des personnes, la transition écologique et le développement du numérique, pour ne citer que les plus urgents…

Vous militez pour un « Commonwealth à la française ». Comment l’Alliance des patronats francophones, donc le secteur privé peut y concourir ? 

Dans un monde de plus en plus polarisé, où les logiques de blocs régionaux s’accroissent, il est particulièrement opportun de trouver des passerelles pour resserrer nos liens et intensifier notre compétitivité. A l’heure du grand découplage des économies américaine et chinoise, nous espérons faire de la francophonie un levier de développement multilatéral puissant. Il s’agit notamment de sensibiliser les gouvernements concernés au développement économique de cet espace pour faciliter les échanges.

Rappelons le potentiel considérable de cet espace : la francophonie c’est 10 millions d’entreprises, un marché de plus de 500 millions de personnes qui pèse 16 % du PIB mondial, 14 % des ressources minières et énergétiques et qui fournit 20 % du commerce mondial. Ensemble nous avons tout à construire !

Pour cela n’y a-t-il pas tout un narratif à changer autour de la francophonie, notamment en Afrique ? 

Si la francophonie a toujours été considérée sous l’angle culturel et diplomatique, l’Alliance des patronats, créée dans le but de dynamiser les flux économiques de l’espace francophone, va changer notre approche. Notre organisation doit devenir le bras armé des entreprises francophones. Face aux enjeux climatique, numérique, énergétique, le continent africain a un rôle important à jouer au sein de ce partenariat. Il faut changer de logiciel et encourager les PME à investir massivement en Afrique, augmenter les échanges et faciliter l’accès de grands groupes africains en France. Ensemble, nous devons faire face aux défis communs et bâtir un agenda d’actions ciblées. Cela assurera une nouvelle visibilité aux intérêts économiques francophones. 

Fin octobre, s’est tenue à Abidjan la deuxième rencontre des entrepreneurs francophones, quel est le bilan de cette édition ? 

La Rencontre des Entrepreneurs Francophones à Abidjan a permis de porter des sujets majeurs à l’ordre du jour. A l’issue du sommet, la déclaration commune souligne trois points urgents à mettre en œuvre. Le premier, nous devons faciliter la circulation des personnes au sein de l’espace francophone. Par conséquent, la délivrance d’un visa d’affaires francophone apparaît indispensable pour maximiser les relations entre nos pays. Le deuxième, former la jeunesse. Ce qui s’avère incontournable dans ce futur cadre. L’avenir de la francophonie en dépend. En effet, le transfert de compétences rendrait les entreprises locales plus compétitives et durables. Enfin, dans une perspective de croissance, nous devons favoriser l’émergence de start-ups dans les filières à forte valeur ajoutée.

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