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Interview « Former des jeunes africains au même niveau que les universités internationales »

Première université privée en Tunisie, membre d’Honoris United Universities, premier réseau panafricain d’enseignement supérieur privé regroupant  8 institutions en Afrique, l’Université centrale de Tunis propose un nouveau modèle d’éducation axé sur les réalités et les besoins des sociétés, ayant pour vocation de former des citoyens mais aussi les futurs leaders africains. Interview de Houbeb Ajmi, directrice générale du groupe Université centrale.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

Avant d’évoquer la rentrée 2018-2019, rappelez-nous l’histoire de l’Université centrale, première université privée en Tunisie…

Notre histoire a commencé il y a près de 25 ans. Un couple, Slah et Chedia Ben Turkia, a créé un Institut de formation professionnelle à Tunis, l’IMSET. Après quelques années, ils se sont penchés sur l’enseignement supérieur et ont créé l’Université centrale, en 2001. Par la suite le régulateur s’est intéressé au secteur, qui commençait à voir de nouveaux établissements se créer. Il a mis en place des règles, et commencé à organiser le secteur, en 2010, notamment en introduisant la spécialisation des établissements par filières. C’est ainsi qu’aujourd’hui l’Université centrale compte 6 écoles, dont l’Ecole Centrale Polytechnique Privée de Tunis, l’Ecole Centrale Privée de Droit et de Gestion, l’Ecole Centrale Privée des Lettres, des Arts et des Sciences de la Communication et, l’Ecole Centrale Privée des Sciences Paramédicales et de la Santé, la plus grande avec une dizaine de spécialités et plus de  7000 étudiants. Entre temps, la formation professionnelle a continué à se développer. Pour cette rentrée, nous compterons 8 établissements, parmi lesquels l’Académie d’art de Carthage qui fête ses dix ans. Nous avons également créé il ya deux ans un troisième pôle, en plus du pôle universitaire et professionnel, le Pôle de Formation Exécutive de l’Université Centrale qui a pour mission de développer les compétences techniques et managériales des professionnels afin de répondre aux besoins des entreprises et des marchés.

Finalement, vous avez développé des filières qui répondent, voir anticipent les évolutions de l’économie et les besoins du marché ?

Effectivement, parmi les axes sur lesquels on travaille, figurent le rapprochement avec les réalités économiques et le marché de l’emploi afin de préparer les ressources humaines nécessaires pour les évolutions prochaines du pays. A ce titre, et dans un souci de proximité, nous sommes présents dans 5 villes du territoire national où nous avons  déterminé les spécialisés des différents instituts selon la demande régionale, en l’occurrence  le tourisme à Nabeul, l’industrie à Sousse, l’énergie à Gabes, la logistique à Bizerte… On invite également de plus en plus les professionnels à venir enseigner, partager leur expérience, donner des conseils… Nous développons, de même, la recherche et nous nous efforçons de l’orienter vers les cas pratiques, d’où le lancement prochain du premier laboratoire de recherche en intelligence artificielle. Ce laboratoire sera dirigé par un professionnel reconnu, le Professeur Khaled Ghedira, Recteur de l’Université Centrale et ancien directeur général de l’Agence nationale pour la promotion de la recherche. On envisage également de créer un centre d’excellence dans le secteur des télécoms, avec un opérateur connu. Enfin, en perpétuelle quête d’une dimension internationale, nous avons rejoint HONORIS United Universities, le premier réseau panafricain d’enseignement supérieur privé.

Concrètement comment fonctionne ce réseau ?

Honoris United Universities est le 1er réseau panafricain d’enseignement supérieur privé qui compte 8 institutions d’enseignement supérieur, leaders en Afrique du Nord et en Afrique du Sud. C’est une plate-forme unique offrant une éducation aux standards internationaux à travers le continent. Les institutions tunisiennes sont les membres fondateurs du réseau Honoris puisque c’est là que l’histoire a commencé en 2015. Par la suite, le fondateur de l’Université Centrale a accompagné les responsables d’Actis au Maroc, puis en Afrique du Sud pour convaincre d’autres établissements. Le groupe représente aujourd’hui un réseau de 30 000 étudiants, 48 campus dans 30 villes différentes et 9 pays. Nous effectuons entre nous des échanges de programmes. Par exemple, l’Université centrale a aidé l’Université Mundiapolis au Maroc à développer un programme paramédical. Nous avons proposé à nos étudiants le MBA panafricain de l’Afrique du Sud en partenariat avec REGENT Business School. Des programmes d’échanges d’étudiants vont être renforcés. Les échanges incluent le corps enseignant; des enseignants Sud-Africains sont venus enseigner chez nous et vice versa.

La vision fondatrice du réseau était de fusionner les savoirs et les pratiques d’institutions pionnières dans leurs pays pour former un nouveau profil de lauréats panafricains capables d’accompagner la transformation du continent. Nous partageons la même conviction, à savoir que l’intelligence collaborative, la mobilité et l’agilité qui unissent nos institutions, nous permettront d’avoir un impact positif sur les communautés, sur nos étudiants et leurs familles.

Votre approche, le partenariat sud-sud, aussi bien au sein de l’Université centrale que du réseau Honoris, représente une des réponses aux défis de l’éducation en Afrique, selon vous ?

Evidemment, c’est LA SOLUTION! C’est un investissement pour améliorer la qualité du contenu et des contenants ainsi que celle des infrastructures. Il ne faut pas occulter que pour se développer, on a toujours besoin de nouer des partenariats, de se rapprocher des universités les plus prestigieuses d’Europe et dans le monde et des standards internationaux en vigueur. Et avec le poids de ce réseau, nous avons plus de chance d’obtenir ensemble une accréditation qu’en étant une seule petite université de Tunis ou de Ouagadougou…

Pionnière en Tunisie et en Afrique, l’Université centrale propose finalement un nouveau modèle d’éducation qui repose sur une constante : la  quête d’innovations afin d’anticiper sur les besoins à venir en matière de ressources humaines…

C’est, en effet, au cœur de la stratégie du groupe. On essaie de développer des modèles d’enseignement innovants à l’instar de la certification en langues (français & anglais), gratuite, qui fait partie du package d’enseignement livré introduite depuis la dernière année scolaire. On a initié le projet d’incubateur pour développer l’initiation à l’entreprenariat. Je vous ai parlé de la recherche, un axe que nous développons. Nous avons également introduit pour toutes les filières une matière « développement personnel et coaching ». On travaille beaucoup plus sur l’épanouissement de l’étudiant, l’empowerment de l’étudiant. C’est aussi dans cette optique que nous renforçons la mobilité de nos étudiants en lui allouant un budget dédié, ainsi que l’innovation académique au sein de l’université à travers l’invitation d’experts qui viennent leur parler des métiers de demain. Ceci leur donne l’occasion de côtoyer des professionnels, d’avoir accès à des expériences, des expertises de renommée.

On est sur la voie de l’université 4.0 : produire et former, plus que des spécialistes de métier, parce que le contenu théorique on le trouve sur internet désormais, ce qui fait la différence ce sont ces compétences là, la créativité, les capacités d’adaptation…

Nous partageons avec Honoris la même approche; placer l’étudiant au cœur de nos préoccupations pour une unique finalité ; former les futurs leaders africains. L’Afrique est devenue la destination de plusieurs investisseurs internationaux contraints de choisir entre deux options. La première, faire appel à des expatriés, ce qui en plus de représenter des coûts élevés, posent des problèmes d’intégration, ces personnes, aussi compétentes soient-elles dans leur pays, ignorent les réalités locales. La seconde, faire appel à des Africains en investissant énormément dans leur formation parce qu’ils ne sont pas au niveau des standards internationaux. Dans les deux cas, c’est un frein à l’investissement.

On s’est donc investi de la mission de résoudre la problématique de ces investisseurs en formant des jeunes au même niveau que dans les universités internationales et avec une parfaite maitrise de l’environnement africain.

Vous avez récemment annoncé la mise en place d’un incubateur dédié aux jeunes startuppeurs… De nombreux experts déplorent l’inadéquation entre les besoins du marché du travail et les modèles d’éducation en vigueur. Elle est là l’alternative : intégrer la formation professionnelle, y compris l’initiation à l’entreprenariat, dans les programmes universitaires ?

On veut promouvoir l’entreprenariat. On n’est pas obligé d’attendre un emploi, on peut aussi en être le créateur. C’est cette culture de l’entreprenariat  que l’on veut inculquer à nos étudiants. Certains jeunes l’ont déjà dans leur ADN. Il nous revient de les incuber. Notre spécificité est de couvrir toutes les spécialités. La diversité des compétences culturelles va aider nos étudiants à créer des start up qui vont avoir une dimension globale. Parce qu’aujourd’hui, la majorité des start up n’a plus de frontières. On ne crée plus une start up pour un marché. Il suffit de voir l’exemple d’Uber. Les entreprises ont déjà une dimension globale et nous, en ayant cette dimension panafricaine, on va pouvoir le faire. C’est cela notre modèle : créer cette connexion. On connecte le monde de l’université à celui de l’entreprise pour produire les ressources nécessaires qui vont répondre aux demandes de différents pays et par conséquent de tout le continent.

Pour conclure, comment voyez-vous, ou plutôt comment rêvez-vous, l’école africaine de demain ?

Une école qui forme des ressources humaines collaboratives, agiles et mobiles, capables de comprendre les enjeux locaux, tout en ayant une approche conforme aux standards internationaux.  Une école qui forme des compétences répondant aux besoins de l’économie de demain et même d’après demain. Une école qui anticipe et contribue au développement du continent africain. Puisque, il est désormais commun de le dire, le développement passe par l’éducation.


 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

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