Actualité

Interview Hicham Rahil « Un président ne devrait pas dire ça… »

Une interview du président algérien Abdelmadjid Tebboune, publiée le 2 juin dans le média français le Point, a suscité colère et émoi au Maroc. En cause, l’éternelle question du Sahara et le soutien algérien au Polisario qui continue d’empoisonner les relations entre les deux pays. Explications avec Hicham Rahil.

Propos recueillis par Bilkiss Mentari

Une interview du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, publiée le 2 juin dans le média français Le Point, a suscité la colère des Marocains. Pourquoi ? 

La population marocaine s’est sentie agressée et blessée par les propos du président algérien, un président en exercice par ailleurs. Un pays frère. Le peuple marocain et le peuple algérien partagent la même histoire, la même langue, la même culture, … Le roi, Mohamed VI, a effectué plusieurs signes d’ouverture en direction de l’Algérie. Il est par conséquent inadmissible de voir le président algérien tenir de tels propos, dans un média français en outre. D’où la colère des Marocains. Non pas à l’encontre des Algériens, qui à travers le Hirak expriment eux même leur désaveu vis-à-vis d’un pouvoir qui ne les représentent absolument pas.  

Reste la question du Sahara et du soutien algérien au Polisario qui continue d’empoisonner les relations entre ces « deux pays frères » comme vous le dites. Le président algérien accuse le Maroc d’être l’ « agresseur »…

Le Président algérien a utilisé malheureusement un discours haineux en attaquant le Maroc et ses institutions à travers la falsification des réalités politiques et historiques. Cette déclaration populiste est destinée, à mon avis, aux femmes et hommes du Hirak pour détourner leur attention et leur volonté d’un changement radical du régime. 

Je laisse le président Tebboune la liberté de comparer entre son régime_ dans lequel, faut-t-il le rappeler, aucun président n’a pu achever son mandat présidentiel_, et le Maroc, un pays stable depuis 14 siècles à travers sa monarchie qui unit les marocains du Nord au Sud, par un pacte religieux, traditionnel (allégeance) et un système moderne (l’État, constitution moderne, institutions indépendantes). Sans citer les dernières réformes entreprises par le roi Mohamed VI pour protéger les libertés individuelles, les femmes, et en faveur du développement, à travers le processus de décentralisation notamment, dans l’ensemble du territoire marocain. 

Il reproche par ailleurs aux États-Unis leur parti pris, en faveur du Maroc. Un « cadeau » selon lui …

Est-il raisonnable, pour un chef d’État en exercice qui plus est, de tenir un tel discours ? Est-ce que les relations internationales sont basées sur des cadeaux ?

Si c’est le cas, un régime comme celui d’Alger, riche en gaz naturel et en pétrole aurait pu s’offrir des cadeaux sous forme de territoires et de populations.

La réalité est que l’administration américaine est convaincue que le Maroc est un partenaire moderne, et que les sahraouis sont des marocains à travers l’histoire et que le Sahara est marocain. Et ce n’est pas une poignée de gens armés, en l’occurrence le Polisario, soutenue par deux régimes espagnol et algérien qui va changer cette réalité.

En attendant, le président algérien campe sur ses positions et refuse toute ouverture de la frontière entre vos deux pays. Quel message lui adressez-vous ? 

Il ne fallait pas insulter le passé, c’est cette même monarchie qui a fourni des hommes et des armes et a participé à l’indépendance de l’Algérie.

Le Roi du Maroc a toujours demandé l’ouverture des frontières pour que nos deux peuples vivent ensemble, mais le régime algérien refuse pour des raisons sans fondements et privent nos frères algériens de connaître le même développement du Maroc par peur du Hirak. 

Hicham Rahil est membre du Centre des Études Stratégiques et Sécuritaires. 

Ce message est également disponible en : Anglais