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Interview Guy Gweth Interview Guy Gweth  «Avant la ZLECAf, les investisseurs approchaient déjà l’Afrique par blocs sous-régionaux»

Fondateur du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique (CAVIE), présent dans 38 pays et notamment en Afrique, Guy Gweth forme aux subtilités des marchés africains et fournit aux entreprises et investisseurs des enquêtes «de terrain». Dans cet entretien, il évalue l’attractivité du continent africain dans un contexte de crise à la pandémie de Covid-19, mais également d’entrée en activité de la ZLECAf.

 

 

Propos recueillis par DBM

Guy Gweth, on vous présente comme le spécialiste de l’intelligence économique en Afrique. Une expertise que vous avez mise au service du continent, à travers le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique (CAVIE). Dites-nous-en un peu plus sur cette structure et ses activités ?

Le CAVIE incarne les yeux et les oreilles, le glaive et le bouclier, des acteurs économiques désireux d’être ultra compétitifs sur des marchés africains, travaillés par l’âpreté de la concurrence, la corruption, les lourdeurs administratives et l’insécurité judiciaire, entre autres. Comme tel, le CAVIE est l’interlocuteur privilégié́ des entreprises désireuses de sanctuariser leur patrimoine, d’aller à la conquête des marchés extérieurs et d’influencer la décision publique. C’est l’institution panafricaine de référence dans la formation et la certification en veille et intelligence économique en Afrique. Au moment où je vous parle, le Centre est représenté́ dans 38 pays.

Depuis sa création, le CAVIE propose des conférences et formations spécialisées, la création des cellules de veille clé en main, la mise en place de dispositifs d’intelligence économique adaptés aux États, aux entreprises, aux ONG et aux grandes écoles du continent. Ce faisant, le Centre promeut les bonnes pratiques de veille et d’intelligence économique en Afrique et leurs implications dans la compétitivité de la région. À leur demande, le CAVIE accompagne également les États dans la définition de leur diplomatie économique, notamment dans la création des marques-pays. Il aide par ailleurs les sociétés africaines à développer une diplomatie d’entreprise permettant concrètement d’affirmer leur identité, d’accroitre leur compétitivité et de défendre efficacement leurs intérêts auprès des pouvoirs publics et des élus.

Depuis le 1er Janvier 2021, vous êtes également le représentant de la fédération des PME allemandes (BVMW) au Bénin, Cameroun, Togo et Gabon. En quoi consiste votre mission ?

Ma mission consiste, d’une part, à rendre son leadership au «Made in Germany» en Afrique et d’autre part à accroître la présence des opérateurs économiques africains en Allemagne. Réalisé selon les valeurs allemandes de rigueur et de performance, ce travail est adossé à de solides partenariats à nouer entre des acteurs ayant fait l’objet d’investigations pointues et ayant une juste connaissance des marchés visés.

C’est le lieu de rappeler que BVMW, la plus grande association fédérale allemande de PME, que je représente, a été fondée il y a 45 ans. Elle regroupe plus de 900 000 membres via l’Alliance du Mittelstand, 300 représentants locaux dans toute l’Allemagne, 60 bureaux dans le monde et plus de 2000 événements régionaux par an. En plus du lobbying, la BVMW offre une plateforme de réseautage qualifiée.

J’ai accepté de représenter le German Mittelstand en Afrique parce qu’il porte en lui l’efficacité des circuits décisionnels courts et des processus de décision rapides dans un environnement marqué par la vitesse. Parce que les PME allemandes ont une capacité de résilience et d’anticipation, telles qu’elles ont tout pour devenir championnes sur les marchés africains dans les 10 à 20 prochaines années. Parce que portées sur le long terme, leur enracinement dans les régions où elles sont établies ne pourra que contribuer durablement à l’émergence tant attendue de l’Afrique.

Vous participez ainsi à rendre les marchés africains plus accessibles et à en démystifier les risques. Quelle est la tendance justement, dans ce contexte de crise Covid-19, mais également d’entrée en activité de la ZLECAf. Les investisseurs internationaux se positionnent-t-ils d’ores et déjà sur ce marché continental ouvert ?

Nous faisons plus que croiser les doigts. Nous agissons pour que l’avènement de la ZLECAf impulse un mouvement d’une ampleur inégalée en faveur des investissements vers l’Afrique. Cela passe notamment par notre capacité à établir méthodiquement le distinguo entre risques perçus et risques réels car l’essentiel des investisseurs internationaux ont compris que l’Afrique est la nouvelle frontière de la croissance mondiale et ils ont besoin d’assurance pour venir sur les marchés tropicaux. Nous avons le devoir d’être transparents et générateurs de solutions face aux contraintes.

Il est intéressant de noter qu’avant l’avènement de la ZLECAf, certains investisseurs étrangers avaient déjà commencé à rêver et à approcher les marchés africains sous l’angle des blocs sous-régionaux. A titre d’exemples, quand on les accompagnait au Cameroun, ils se projetaient en Afrique centrale. Idem, pour le Nigéria, où ils avaient, en arrière-plan, toute l’Afrique de l’Ouest. Certains ont donc pensé la ZLECAf, avant son entrée en vigueur, et tous les signaux juridiques montrent que cette dynamique va s’accélérer grâce aux nouvelles passerelles ouvertes depuis le 1er janvier 2021.

C’est vous dire qu’il est de notre impérieuse responsabilité d’œuvrer à rendre l’Afrique première bénéficiaire de son propre marché, autrement que par les bons vœux… Et ce n’est pas gagné ! Car il y a encore des résurgences nationalistes, voire populistes, une bureaucratie corruptrice aux postes frontières et douaniers, des formes pernicieuses de protectionnisme à traiter ici et là. Ce sera un processus long, avec un gros travail à faire pour transformer les mentalités, afin que les Africains consentent à gagner ensemble et unis, dans la durée, en Afrique et sur les marchés internationaux.

 

 

 

 

 

 

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