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Interview Edith Bruder « Il n’y a certainement pas que deux façons d’être juif »

Edith Bruder, historienne, anthropologue et chercheuse associée au département du Proche et Moyen-Orient de la School of Oriental and African Studies de l’Université de Londres, s’intéresse dans son dernier ouvrage Juifs d’ailleurs, diasporas oubliées identités singulières, aux parcours des différentes communautés juives en Afrique et à travers le monde. Oubliées, redécouvertes, et chaque jour plus nombreuses, ces communautés rappellent selon l’auteur, le caractère multiple du judaïsme, trop souvent réduit à ses courants principaux.

 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

 

Edith Bruder-DR

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

 

Il n’existe que peu voire aucun ouvrage, et notamment en langue française, restituant dans une histoire globale les chroniques des diasporas juives des régions lointaines de l’Orient, de l’Asie et de l’Afrique. Avec ce livre je souhaitais raconter cette histoire.

 

L’histoire des communautés juives d’Afrique reste méconnue. Pourtant elles ont joué un rôle important dans l’histoire du continent…

 

On connaît bien aujourd’hui l’histoire des juifs d’Afrique du Nord, les Séfarades, celles des Falachas. Mais en effet l’existence des communautés judaïsantes d’Afrique subsaharienne a été insoupçonnée jusqu’au XXe siècle, et ce n’est que dans les années 1980 que ces communautés ont proclamé être les descendantes de communautés juives installées en Afrique depuis des temps anciens. Je leur ai consacré mes recherches depuis l’an 2000 et deux ouvrages, l’un publié aux Etats-Unis et l’autre en France.

 

Reste-t-il des traces tangibles de cette présence historique du judaïsme en Afrique ?

 

Les communautés juives d’Afrique subsaharienne font remonter leur origine aux Tribus Perdues d’Israël dont elles seraient des descendantes. C’est donc vers la Bible qu’il faut se tourner. Lorsque Isaïe prophétise qu’à la suite de leur dispersion, les Tribus se sont exilées au pays de Koush, c’est-à-dire l’Afrique. En dehors de la prophétie d’Isaïe, d’autres passages bibliques mentionnent une présence juive en Afrique. Ces passages résonnent avec les traditions orales des communautés juives africaines.

 

Loin de s’arrêter, cette histoire perdure et évolue avec de nouvelles communautés juives autoproclamées entre autres ?

 

En fait, à l’exception des Falashas d’Ethiopie, qui ont été officiellement reconnus par le Grand-rabbinat d’Israël, les communautés africaines sont autoproclamées. Ce qui n’empêche pas leur accueil favorable par de nombreuses instances religieuses, en Israël comme aux Etats- Unis qui prennent en charge leur formation religieuse.

 

Qu’est que cette présence juive en Afrique nous apprend sur ce que vous appelez être juif « autre part et autrement » ?

 

Cela nous apprend qu’il n’y a certainement pas que deux façons d’être juif, c’est-à-dire ashkénaze ou sépharade. Outre les communautés juives d’Afrique, ce livre présente également des communautés juives, d’Inde, de Chine, des identités juives hybrides et bien d’autres…

 

 

Les relations entre Israël et l’Afrique ont également évolué : quasi-inexistantes du temps des guerres israélo-arabes et alors que la plupart des Etats adoptent une position pro-palestinienne, elles sont désormais plus nombreuses, plus ouvertes, plus diversifiées avec par exemple la tournée africaine de Benyamin Netanyahou. Quelle incidence sur les juifs d’Afrique ?

 

Les juifs d’Afrique expriment spontanément un attachement spirituel très fort envers l’Etat d’Israël, ses succès et l’esprit pionnier de ses débuts, sans trop porter de jugement sur la politique envers les Palestiniens. Ils se préoccupent davantage d’être acceptés en tant que juifs, même si tous n’envisagent pas de faire leur aliyah.

 

 

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