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Interview Camélia Ntoutoume Leclercq « Nous avons l’ambition de démystifier les filières technologiques »

Camélia Ntoutoume LECLERCQ, ministre déléguée auprès du ministre de l’Enseignement supérieur du Gabon et ambassadrice du JFD Club Libreville, nourrit l’ambition de faire du numérique un outil d’autonomisation et d’émancipation des femmes et filles africaines. Grâce à l’entreprenariat féminin.

 

 

Camélia, avec votre double casquette, en tant que ministre déléguée auprès du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique, du Transfert de technologies et ambassadrice du JFD Club Libreville, quel regard portez-vous sur l’année qui s’est écoulée : plus que jamais l’Afrique a fait preuve de résilience et d’innovation face à cette pandémie qui a bouleversé le monde entier…

 

 

Je tiens tout d’abord à vous remercier pour l’honneur que vous me faites. L’année écoulée a été marquée par plusieurs événements, notamment la mise en place du siège du JFD Club Libreville, ma promotion en qualité de membre du gouvernement et par la nomination d’une femme, Rose Christiane OSSOUKA RAPONDA, au poste de Premier ministre, chef du gouvernement par Ali BONGO ONDIMBA, président de la République, et, malheureusement, par l’apparition de la Covid-19 au GABON en mars 2020.

 

Cette pandémie nous a contraint à revisiter notre quotidien, ce qui a fortement impacté plusieurs activités économiques. Notons que nous ne nous attendions pas à ce bouleversement socio-économique, nonobstant le fait que plusieurs femmes et jeunes filles se soient lancées dans des activités génératrices de revenus, grâce aux mécanismes que certains États ont su développer.

 

Pour votre information, d’après les conclusions de l’enquête du rapport WOMEN IN AFRICA de 2019,les femmes africaines sont championnes du monde dans l’entreprenariat féminin avec 27% des activités liées au digital.

 

Et les femmes ont été au premier plan de cette mobilisation. Plus que jamais l’entreprenariat se conjugue au féminin en Afrique. Quelles opportunités leur offre le numérique ?

 

Effectivement, le numérique est un véritable levier pour l’entreprenariat féminin. Notre combat en qualité de femmes leaders doit être, entre autres, notre capacité à démystifier les filières de technologies et rendre le numérique plus accessible.

 

D’ailleurs, le potentiel du numérique, en tant qu’instrument de partage du savoir, peut apporter une contribution majeure au développement, notamment en transformant et en émancipant la femme.

 

De plus, en participant à l’autonomisation de la femme et au recul de la pauvreté, le numérique crée des opportunités économiques génératrices de revenus.

 

Mais il reste des défis de taille, en termes de formation et d’accès au financement notamment. Comment mieux les soutenir ?

 

C’est conscient des difficultés que traversent plusieurs femmes africaines que plusieurs mécanismes ont été mis en place, au nombre desquels les formations de masse dans les métiers du digital, les accompagnements étatiques à travers des incubateurs numériques, les soutiens des partenaires nationaux et internationaux, que nous entendons relever ce défi multiforme. Tout ceci, afin de vulgariser le numérique, rendre les femmes indépendantes, promouvoir l’entreprenariat féminin.

 

C’est l’objectif de la JFD. Comment évolue son premier Club africain, le JFD Club Libreville ?

 

Depuis sa mise en place en octobre 2019, le JFD Club Libreville se veut être un réseau exclusif de femmes, actrices de la promotion de l’entreprenariat, de l’intrapreneuriat et de l’innovation au féminin.

 

Nous avons organisé ou participé à plusieurs événements au Gabon, mais aussi ailleurs en Afrique et en Europe. Notre siège ouvrira ses portes le 12 mars prochain. Nous comptons organiser, chaque mois, des événements pour dynamiser, renforcer, accélérer les opportunités de croissance de femmes entrepreneures locales.

 

« Nous avons l’ambition de démystifier les filières technologiques et les métiers du numérique »

 

Cette année, nous avons participé activement à la 1ère édition du Prix les Margaret Junior. Notre vœu est de sensibiliser également les filles sur les dérives du numérique avec la dépravation des mœurs.Cette édition est inédite car elle s’adresse aux jeunes filles européennes et africaines de 7 à 18 ans qui innovent ou ont l’esprit d’entreprendre… la future génération qui changera le monde.

 

En Afrique, on a coutume de dire que ce sont les jeunes pousses qui préservent la forêt. Nous avons l’ambition de démystifier les filières technologiques et les métiers du numérique, rendre accessible l’innovation à un plus grand nombre, c’est-à-dire faire émerger une nouvelle génération de femmes leaders.

 

En tant qu’ambassadrice, quelle est votre mission, votre feuille de route, vos ambitions…

 

Mon ambition cadre avec les valeurs de la JFD, c’est-à-dire mettre en lumière des rôles modèles et faire en sorte que ces femmes inspirantes partagent leur expérience avec les plus jeunes. Former les filles et faciliter leur accès au digital surtout pour celles en zone rurale, en leur montrant que ruralité n’est pas synonyme de fatalité.

 

Ma génération a l’obligation de former une nouvelle génération de wonder women car, comme le disait MANDELA, aucun de nous seul ne peut atteindre le succès.

 

Ensuite, il y a le coaching et le mentoring des femmes qui s’engagent en politique et qui ont besoin de travailler leur e-réputation. C’est fondamental que les femmes qui sont à des niveaux de décision comprennent et utilisent la puissance du digital pour faire avancer et mieux faire connaître leur travail.

 

Avec un réseau de femmes puissantes en Europe et en Afrique, il faut parvenir à lever des fonds pour soutenir les femmes entrepreneures africaines car elles ont des idées et la volonté mais la dure réalité de l’accès aux finances brise parfois leur rêve. Alors mon vœu est de créer une longue et forte chaîne de solidarité aux projets innovants.

 

Pour conclure, la digitalisation du continent se poursuit, s’accélère même, comment rendre ce processus plus inclusif, en matière de genre notamment… ?

 

Effectivement, il faut une prise de conscience de la gente féminine. Les femmes doivent davantage s’intéresser à la digitalisation. La transformation numérique vers laquelle le continent africain s’oriente est signe d’ouverture internationale et d’accroissement économique. L’environnement numérique constitue une plateforme harmonieuse pour la croissance des activités génératrices de revenus.

 

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