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Le dossier du mois

Interview Aziz Senni Les diasporas « un bataillon d’entrepreneurs du made by France »

Entrepreneur et homme politique français, Aziz Senni s’implique particulièrement auprès des banlieues, notamment grâce à Business Angels des Cités, le premier fonds d’investissement dédié au développement économique des banlieues dont il est le président du conseil de surveillance. Membre du Medef et entrepreneur des deux côtés de la Méditerranée, il déplore le manque d’appui de l’Etat pour les nombreux entrepreneurs souhaitant investir en Afrique.

 

Avant de commencer, parlez-nous de vous, votre parcours et ce qui vous a amené à l’entreprenariat ?

 

J’ai 44 ans et je suis entrepreneur depuis plus de vingt ans, je n’ai travaillé que deux ans dans le privé au cours de ma vie. J’ai commencé à 23 ans dans mon quartier du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, à une époque où l’entreprenariat n’était pas encore vulgarisé. C’était une activité de taxi collectif, que l’on connaît bien en Afrique mais qui, à l’époque, n’était pas populaire en France. C’était un peu l’ancêtre d’Uber, et nous avions notre slogan « plus rapide qu’un bus, moins cher qu’un taxi ». J’ai présidé et dirigé cette entreprise, ATA France, pendant 17 ans, avec 14 franchises en France.

 

Une activité par la suite développée en Afrique. Dès le départ, il s’agissait d’entreprendre à la fois en France et en Afrique ?

 

Ceux qui arrivent à faire des plans sur vingt ans… Après avoir fait un certain nombre de choses, dont un fonds d’investissement dédié aux entrepreneurs de banlieue, écrit trois livres, fondé un parti politique avec Jean-Louis Borloo, je voulais sortir de ma zone de confort. Je me suis retrouvé au Sénégal et je suis tombé amoureux de ce pays. On regarde toujours les choses à travers le prisme de sa propre expérience. Il s’agissait alors de former des entrepreneurs taxi et des taxis écologiques. Le fil conducteur de tout ce que j’ai fait, l’impact social et environnemental.

 

Un fil conducteur que vous défendez au sein du Medef… Comment cette aventure a démarré ?

 

J’étais engagé au Medef dans les Yvelines. J’avais adhéré parce que je ne voulais pas rester seul. Le meilleur endroit pour défendre les entreprises, c’est le syndicat, et autant aller dans le plus gros ! On m’a confié des responsabilités dont la présidence d’une commission fiscale, pour le département. Du niveau départemental je suis passé au niveau national avec un poste de vice-président de Pierre Gattaz. J’ai ensuite accompagné Geoffroy Roux de Bézieuxlors de sa campagne et lorsqu’il a été élu, il m’a nommé à la coprésidence d’une des 14 commissions nationales.

 

Vous illustrez cette génération d’entrepreneurs de la diaspora ou entrepreneurs binationaux, le terme vous convient ?

 

Pas vraiment. Zinedine Zidane jouait pour France, et son cœur battait pour la Kabylie, ce qui n’est pas incompatible. Je suis un entrepreneur français, avec une attache très forte à la terre de mes ancêtres.

 

En attendant, vous faites partie de ceux qui entreprennent à la fois en France et en Afrique, avec une certaine capacité d’adaptation, de résilience… Une chance pour la France, en perte de vitesse sur le continent ?

 

Forcément, c’est une chance pour la France ! Je considère, comme André Malraux, comme Africain tous ceux qui veulent la grandeur de l’Afrique. Pour moi la diaspora, commence par là. Cette diaspora, si elle est bien canalisée, est une chance alors que la France affiche une diplomatie économique un peu veillotte et qui demande à être dépoussiérée. Quand un Franco-Marocain s’installe au Sénégal, il y va tout seul, il n’y a rien pour l’accompagner, le conseiller. Si vous comparez avec d’autres pays, comme les ambassades et services économiques américains… Ce sont des machines de guerre, et nous, on est tout seul ! Alors oui, il y a le potentiel humain, la volonté, des bataillons d’entrepreneurs, 300 000 petits ambassadeurs économiques du made by France, avec un savoir-faire, une expérience, une expertise, porteur du drapeau français, mais ni Bercy ni le Quai d’Orsay ne s’en servent. Cela aujourd’hui demande une nouvelle approche. Je l’ai vu au Sénégal, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Maroc. Face aux machines chinoise, turque, indienne, on ne fait pas long feu…

 

Cette question vous la portez au niveau du Medef ?

 

Mon combat au sein du Medef porte essentiellement sur des questions nationales, les Gilets jaunes, l’impact social, environnemental, le phénomène religieux, tout ce qui touche à la structuration des entreprises. En revanche cette question j’essaie de la faire avancer au niveau du conseil présidentiel pour l’Afrique avec lequel j’ai participé à des échanges à Bordeaux et prochainement à Lyon. Le sujet est clairement posé : est-ce que la France veut accompagner ce bataillon d’entrepreneurs ? Pourquoi bataillon ? Parce qu’il s’agit d’une guerre économique !

 

 

 

 

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