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Interview « Avec plus de 5000 milliards de m3 d’eau dans ses nappes phréatiques, plus de 320 millions d’habitants n’ont pas d’accès à l’eau potable en Afrique »

La Coordination pour l’Afrique de Demain (CADE) est un club économique, de cadres dirigeants africains et européens, dont l’objectif est de faire la promotion des politiques publiques et des initiatives du secteur privé, qui valorisent et transforment les potentiels humains, économiques de l’Afrique, en véritable création de richesses. Le 11 février, dans le cadre des Rencontres économiques de la Cade, c’est la question de l’eau et des nouveaux modèles de partenariat public-privé qui sera débattue. Explications avec Roland Portella, président de la Cade.

Quelle est la vocation de la CADE ?

La Coordination pour l’Afrique de Demain (CADE) est un club économique, de cadres dirigeants africains et européens, dont l’objectif est de faire la promotion des politiques publiques et des initiatives du secteur privé, qui valorisent et transforment les potentiels humains, économiques de l’Afrique, en véritable création de richesses. Pour cela nous créons des outils d’aide à la décision en direction des États, du secteur privé et des collectivités territoriales. A titre d’exemple, nous nous sommes engagés dans les politiques industrielles de l’Afrique en établissant des modèles d’organisation des filières industrielles et de création d’écosystèmes de production ; en partenariat avec ENDA nous avons établi un diagnostic et des modèles de structuration des organismes qui accompagnent le retour par l’investissement des diasporas (africaines, asiatiques et sud-américaines) vers leurs pays d’origine. Nous opérons ainsi un travail de coordination des synergies constructives entre centres de réflexion-prospectives et acteurs de terrains (entreprises, entrepreneures, ONG) dans le but de créer des politiques et stratégies de développement efficientes.

En quoi consiste les Rencontres économiques de la CADE ?

Nous avons plusieurs formats d’évènements, des rencontres-débats, des Grandes rencontres et des forums. Ces évènements ont vocation à mettre en lumière des problématiques de développement, de faire intervenir des organismes de développement, des entreprises, entrepreneurs et innovateurs pour qu’ils puissent nous exposer de manière concrète les solutions qu’ils apportent face à ces problématiques. Nous évitons la théorie et la propagande politique. Nos rencontres sont des espaces de débat constructif et non de propagandes politiques ou idéologiques. Depuis cinq ans, nous avons traité de sujets relatifs à l’économie verte, l’entrepreneuriat, l’innovation technologique, le développement du capital humain… Chaque rencontre fait l’objet de recommandations pratiques adressées à des décideurs. Parmi nos livres de recommandations qui ont été très appréciées, ceux sur les politiques et véhicules d’accompagnement de l’entrepreneuriat féminin en Méditerranée et Afrique ; sur l’organisation des filières agroalimentaires en Afrique ; les modèles de réorientation des relations économiques Europe-Afrique…

Vous organisez à ce titre une rencontre le 11 février. Sur une question au cœur des défis du continent …

En effet dans le cadre de notre cycle de travaux sur les filières environnement, nous allons traiter de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement qui sont pour nous au cœur de tout processus de développement. D’après les chiffres que nous avons collectés et recensés environs 2.2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable, et au moins 5 milliards n’ont pas d’accès à un assainissement correct, 3,5 milliards de populations boivent tous les jours de l’eau dite dangereuse et de qualité douteuse, 2, 4 milliards ne disposent pas de toilette décente. Alors que l’Afrique disposerait de plus de 5000 milliards de m3 d’eau dans ses nappes phréatiques, sur 1.2 milliards d’habitants plus de 320 millions d’habitants n’ont pas d’accès à l’eau potable. La CADE, en partenariat avec EAU VIVE INTERNATIONALE, une ONG internationale qui travaille sur le terrain à apporter des solutions d’accès à l’eau et à l’assainissement, interrogera les entreprises, pouvoirs publics agences de développement, pour savoir quelles sont les politiques publiques novatrices et solutions concrètes d’investissement qu’ils mettent en œuvre pour améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement en Afrique et en Méditerranée. On prolongera la question pour savoir s’il y a des filières et métiers d’avenir dans ce secteur.

L’une des solutions prônées pendant la conférence, c’est le partenariat public-privé… 

Les États en Afrique et en Méditerranée peuvent-ils investir seuls dans l’eau et l’assainissement ? Assurément non, par manque de moyens pérennes suffisants. Depuis des dizaines d’années le secteur privé participe aux investissements d’infrastructures et distribution de l’eau. L’eau et l’assainissement sont- ils des biens publics ou des biens uniquement marchands ? Le débat est vif et certains accusent la marchandisation d’un bien ou d’un droit qui devrait être fondamental et humain. Faut-il considérer les populations bénéficiaires du service de l’eau et de l’assainissement comme des usagers ou comme des consommateurs ? Lors de notre Rencontre économique du 11 février Il faudra ainsi exposer les cas de défaillance des partenariats publics et privés, pourquoi dans certains pays cela ne marche pas, citer des exemples de réussite, mais surtout voir quels sont les modèles de répartition des investissements à réaliser entre les différentes parties prenantes de l’eau et de l’assainissement : États, collectivités territoriales, entreprises, ONG de terrain. Quels types d’acteurs sont les plus efficaces dans les infrastructures, l’approvisionnement, le traitement, la fabrication des usines, les systèmes de distribution, de dépollution, de l’eau ? Qui en supporte les financements et les charges aujourd’hui et demain ? De plus la question du dérèglement climatique qui touche de plein fouet certains pays de la Méditerranée et d’Afrique vient perturber la disponibilité et les volumes de ressources hydriques. Comment équilibrer la répartition entre l’usager consommateur, l’activité agricole, les activités industrielles, la production des énergies hydrauliques, etc. ?

C’est votre crédo, la diaspora africaine peut jouer un rôle sur les questions qui concernent l’Afrique ?

Bien plus qu’un crédo pour la CADE, les diasporas africaines devraient jouer un rôle de levier du développement économique et humain de l’Afrique. Nous travaillons depuis plus de 10 ans sur le sujet, nous avons avec certains de nos partenaires des statistiques fiables et connaissons de manière endogène leurs potentiels et difficultés. Nous en sommes aujourd’hui à l’élaboration de programmes et véhicules structurels qui permettrons à un « petit » nombre d’entre eux de pouvoir transformer leurs potentiels en …création de richesses.