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Interview Algérie, le Hirak, un an après ? « La peur a changé de camp »

Le 22 février, la population algérienne se soulevait contre le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Un an après, un nouveau président a été élu, contesté par la rue, et le Hirak continue de réclamer un changement complet de système. Explications avec un des acteurs du mouvement, Riadh Touat, Directeur du projet Wesh Derna ?

 

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

 

Vous êtes un acteur de la première heure du Hirak. Pourquoi avoir rejoint ce mouvement et à travers quelle contribution ?


Si je participe au Hirak, c’est parce que mon envie de changement est profonde, parce que l’Algérie a un potentiel inexploité, parce que nous devons faire face à nos responsabilités historique.  L’Algérie mérite un état de droit et des libertés individuelles, elle mérite de célébrer sa richesse, ses compétences, ses différences et a tous les requis nécessaires à son accomplissement. Le Hirak, j’y participe d’abord en tant que citoyen, en occupant la rue chaque Vendredi avec mes compatriotes. Je le pratique également dans mon quotidien, en essayant d’apporter ma contribution au changement dans mon environnement familial, personnel ou professionnel. Et je le pratique par les images que je montre et les interviews que je réalise à travers mon média, « Wesh Derna ? »

 

Un an après, quel bilan dressez-vous de ce mouvement : vos acquis, vos challenges ? 


La révolution du 22 Février nous a libérés, la peur a changé de camp. La révolution du 22 Février nous a décomplexés de la politique et nous a permis de prendre conscience que nous devons nous organiser. Le Hirak nous a permis de nous connaître, de briser les tabous, de distinguer les pro-système des anti-système. Le Hirak nous a permis de nous réconcilier avec l’espace public et le combat continue.

 

En attendant, un président a été « élu » et les manifestations se poursuivent… Le dialogue entre le système et la rue semble bloqué ? 

 

Ce que je revendique, c’est un changement radical de système, et un changement de système ne peut avoir lieu sans changement total et de fond de la constitution.
Dans la mesure où les élections présidentielles ont été imposées de force, il n’y a pas lieu de parler de dialogue, mais plutôt de négociation du départ de système, par le biais d’une période de transition et l’organisation d’une assemblée constituante.

 

Quelles sont les revendications exprimées par la rue ?

 

Il suffit d’écouter les slogans qui reviennent le plus souvent et qui expriment une volonté d’un état civil et non militaire (dawla madaniya machi aaskaria), indépendance de la justice, état de droit et des libertés, séparation des pouvoirs, libération des médias, changement radical du système où la souveraineté revient réellement au peuple.

 

Parlez- nous de Wesh Derna, qui incarne une des initiatives portées par la jeunesse algérienne pour changer les choses par elle-même …

 

« Wesh Derna ? » est un média alternatif et citoyen qui donne la parole à la jeunesse algérienne active et compétente, souhaitant construire une Algérie basée sur le travail et la méritocratie. Le format utilisé est celui de la vidéo, par le biais d’interviews ou de couverture d’événements. « Wesh Derna ? » a également pris part au Hirak et veut être témoin de son temps. Je refuse que les archives de demain soient constitués uniquement d’images des médias de propagande. Il est important que nous fassions dans la sensibilisation au présent, et surtout, de montrer aux générations futures que nous avons fait notre part, si toutefois le système tenterait de falsifier l’Histoire. Aujourd’hui, 145 000 followers suivent « Wesh Derna ? » sur Facebook à ce jour et j’aspire à le faire grandir avec le temps. Il s’agit d’un média indépendant, lancé le 12 janvier 2017, qui ne dépend d’aucun financement et qui fonctionne avec uniquement une caméra et un micro.

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