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Interview Algérie « Cette crise ne fait que renforcer les facteurs de la révolution »

Si le Hirak a dû mettre ses actions en stand-by du fait de la propagation du coronavirus en Algérie, parmi les pays les plus touchés, selon ses membres le mouvement n’en sortira pas affaibli, bien au contraire : l’urgence de revoir le système de santé et plus largement les services publics algériens figurent parmi ses principales revendications. Explications avec Leïla Akli, CEO de PI-RELATIONS.

 

 

Propos recueillis par DBM

 

Votre entreprise, qui opère dans l’évènementiel et la communication digitale, a très tôt invité ses partenaires à se mobiliser pour limiter l’impact de la crise sanitaire. Comme d’autres en Algérie. Vous avez précédé les autorités…  

 

Au niveau de notre entreprise, on a lancé il y a quelques semaines, des messages de prévention à nos partenaires pour les inviter à pendre soins d’eux. On sein même de l’entreprise, on a désinfecté tous les bureaux il y a près d’un mois, en disposant des gels partout, puis, il y a deux semaines, on est passé au télétravail et on a annulé tous les rassemblements, même les conférences de presse. Tout en proposant à nos clients des solutions alternatives telles que des vidéo conférences, pour exposer le moins possibles les gens autour de nous. Autour de moi, les autres chefs d’entreprise ont fait pareil. Beaucoup se sont très tôt mobilisés pour envoyer des masques et gels aux hôpitaux. Comme on est un peu peuple très inventif, de nombres initiatives se sont mises en place pour pallier aux manquements. On a par exemples des étudiants en médecin qui fabriquent des gels qu’ils livrent aux hôpitaux, il y a des appels à collecter du tissus pour fabriquer et faire des dons de masques pour les établissements de santé, d’autres organisent le flux vers les hôpitaux pour éviter la saturation…

Tout cela parce qu’on est conscient des failles de notre pays, on a très vite compris que cela n’allait pas se faire, que nos hôpitaux n’auraient pas les moyens de soigner les populations,

notre système de santé ne pourra jamais absorber le nombre de malade qu’on risque de voir arriver, donc les gens ont très vite pris leur responsabilité et chacun apporte sa contribution, comme il peut. Et tente à tout prix d’éviter de se retrouver obligé d’aller à l’hôpital.

 

De même pour le hirak : après avoir maintenu les manifestations, le mouvement a décidé de se mettre en veille le temps de la crise. Ce qui risque de l’affaiblir…  

 

 

On ne voit pas les choses comme cela. C’est une trêve, pour la sécurité de tous, mais qui à l’issue de la crise se retournera au profit du hirak. Car cette crise met en exergue tout ce qui n’a pas été fait depuis des années. Cette crise rappelle la mauvaise gestion du pays. Ce qui va par conséquent renforcer la force du hirak. Dès que la crise sera derrière nous, le mouvement reprendra, encore plus fort, parce ce que, ce que l’on vit en ce moment, cette crise sanitaire mais aussi économique, c’est exactement ce que l’on dénonce. Depuis le début, on dénonce le fait que le budget alloué à la santé est dérisoire tandis que les membres du système vont se faire soigner à l’étranger. Cette fois, ils sont obligés de rester en Algérie parce qu’ils ne peuvent plus voyager. Plus largement, il y a des économies irrationnelles, des budgets alloués aux mauvais endroits, une mauvaise gestion publique. Tout ce qu’on dit se confirme aujourd’hui. Cette crise qu’on est en train de vivre ne fait que renforcer les facteurs de la révolution.

 

 

D’autant qu’avec la crise sanitaire, la chute des recettes pétrolières va entraîner une crise économique…

 

Dès le début de l’épidémie, les prix ont flambée dans les marchés, on a des pénuries de tout et n’importe quoi, des entreprises vont fermer…. Si la crise dure, cela va devenir une crise sociale. On attendait que des décisions fortes soient prises, ce qui n’a pas été le cas. C’est pour cela qu’on a décidé de se prendre en main.