ActualitéArchives

Interview Alex Moussa Sawadogo : « Afrikaméra est une plateforme de promotion des cinémas d’Afrique à Berlin »

La nouvelle édition du Festival des films contemporains d’Afrique se tient dans la capitale allemande du 13 au 18 novembre. Le thème central de ce rendez-vous incontournable des amateurs de cinéma du Sud, est la Corne de l’Afrique. Explications et détails avec Alex Moussa Sawadogo, directeur du festival. 

Propos recueillis par M.A

Pouvez-vous présenter le festival Afrikamera ?

Crée en 2007, Afrikamera, le festival des films contemporains d’Afrique de Berlin a pour ambition d’être une plateforme  de visibilité, de promotion des cinémas d’Afrique, un espace de rencontre des réalisateurs du Sud et des spectateurs et des professionnels  du cinéma  du Nord dans la capitale allemande.

Depuis sa création, Afrikamera est devenue l’unique plaque tournante de découvertes des nouvelles productions africaines où de distributeurs viennent faire leurs « marché ».  

Quelles sont les particularités pour cette nouvelle édition ? 

Afin de donner l’opportunité au public berlinois qui n’a pas la chance de voir assez de films d’Afrique et de mieux comprendre les différentes problématiques des films d’Afrique, nous avons chaque année une  thématique. Cette année, la majorité de la programmation du festival se basera sur la corne de l’Afrique. Cette région est surtout connue pour ses conflits armés et ses crises politiques, sociales et humanitaires, et non pour sa culture cinématographique. Le cinéma de la région a pourtant une longue tradition. La ville Addis-Abeba rappelle fièrement que l’Éthiopie a été le premier pays africain à introduire le cinéma. L’empereur Ménélik II a importé un projecteur en 1897 pour regarder un film sur les miracles de Jésus. Seulement un an plus tard, a ouvert en Ethiopie, le premier cinéma près de l’Hôtel de France, appelé par les Ethiopiens « saytan bet » (Maison du diable).

« AFRIKAMERA 2018: Horn of Africa » 

Au cours des décennies suivantes, les productions cinématographiques locales sont restées moins importantes par rapport aux pays francophones du continent, par exemple. Une  nouvelle scène cinématographique est récemment apparue dans la Corne de l’Afrique. Même si, malgré l’arrivée très tôt de la culture du cinéma en Éthiopie.

AFRIKAMERA 2018: Horn of Africa présente une sélection de longs métrages et de documentaires sur la région et sur des pays limitrophes d’Afrique de l’est tels que le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda, traitant de l’actualité de la région et de la vie quotidienne de personnes de cultures diverses considérée comme une région instable.

Selon vous, comment la place du cinéma d’Afrique évolue-t-elle dans les festivals en Europe ? L’intérêt du public non averti semble grandir… 

Depuis plus d’une décennie, nombreux sont les festivals de films d’Afrique qui naissent un peu partout en Europe. Presque chaque grande métropole  dispose d’un festival de films d’Afrique. Ces festivals deviennent une véritable vitrine, à la place des salles de cinéma qui programment rarement  ou pas ces films. Le seul souci, est que la majorité de ces festivals malgré leur bonne intention, volonté et avec le peu de moyens qu’ils ont ne disposent pas de vrais « directeurs artistiques » ni de curateurs et ne copient que les programmes d’autres festivals sans pouvoir prendre le risque d’aller chercher ces « pépites » qui n’ont pas eu la chance d’être vus dans un Festival de Classe A ou même B. Cela ramène à voir presque les mêmes films dans tous les festivals en Europe au détriment d’autres films.  

Comment montrer l’Afrique telle qu’elle est réellement sur grand écran, évitant les clichés souvent relayés ?

Je le répète, il est temps que de véritables directeurs artistiques voire curateurs africains s’imposent dans les grands festivals de films d’Afrique sur le continent afin de faciliter la découverte des films, des réalisateurs, qui parlent aussi bien à l’Afrique qu’au reste du monde et tout cela dans une construction cinématographique bien aboutie.  

Où en est le financement du cinéma africain ? Comment les artistes arrivent-ils à trouver des fonds sans passer par les organismes du nord ? 

Si quelques pays africains comme le Sénégal, le Maroc, l’Afrique du Sud entre autre disposent des politiques et des fonds capables de financer complètement des productions de leurs pays, dont les résultats sont très visibles, nombreux sont encore les autres pays qui sont à la traîne. Il est donc logique pour ces réalisateurs et producteurs d’aller vers les pays du nord. Heureusement que ces fonds du Nord existent, sinon avec quels moyens les films africains seraient-ils financés?

En attendant, sur le continent, le cinéma est omniprésent mais pas assez professionnalisé…

Malgré les difficultés de financement que connaissent les cinémas du continent, l’Afrique est fière de ces créateurs. Elle dispose de réalisateurs de talents qui arrivent malgré tout à créer des œuvres sublimes. De la Tunisie à l’Afrique du Sud, en passant par le Cameroun ou le Kenya, toutes les générations confondues, ces réalisateurs africains disposent d’histoires fortes et de capacités à se confronter à leurs homologues du Nord. Mais ces derniers rencontrent des difficultés sur tous les maillons de la fabrication des films dans leurs pays respectifs. De l’écriture, au développement en passant de la production et postproduction et bien sûr à la distribution, tous ces éléments devront être bien développés autour des structures – écoles de cinéma, résidence, laboratoires etc.- avec  des personnes compétentes, qui connaissent vraiment leur travail afin d’avoir une industrie cinématographie forte et professionnelle.

A cela, il faut une véritable conjugaison des efforts entre les initiatives privées et celles de l’état afin d’accélérer les productions qui peinent à voir le jour.  

Pour en savoir plus : www.afrikamera.de

Propos recueillis par M.A