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Intégration régionale & crise Covid 19 « La ZLECAf peut apporter des réponses concrètes »

En juillet prochain, la Zone économique de libre-échange continentale (ZLECAf) doit entrer en vigueur. Or si la crise Covid 19 change la done à court terme, sur le long terme elle rappelle l’urgence de l’intégration. Analyse.

  

Par Bilkiss Mentari

 

Signature de l’accord pour l’adoption de la Zlecaf le 21 mars 2018 à Kigali-DR

 

Adoptée à Kigali le 21 mars 2018, lancée lors du dernier Sommet de l’UA, qui a eu lieu en juillet 2019 à Niamey au Niger, la ZLECAf n’entrera pleinement en vigueur qu’avec le lancement du démantèlement tarifaire le 1er juillet 2020. D’ici là, tout le monde se prépare à saisir les opportunités qu’offrira ce marché de plus de 1,2 milliard de personnes, soit le plus grand marché au monde, avec un PIB de 2500 milliards de dollars US, qui devrait se traduire, selon les projections de l’Union africaine, par l’augmentation de plus de 60% du niveau de commerce intra-africain d’ici à 2022.

 

« Le coronavirus (COVID-19) a renforcé les arguments en faveur des chaînes de valeur et du commerce régionaux intra-africains »

 

Certes, entre-temps, la crise Covid 19 qui se traduit sur le continent par la fermeture des frontières et la baisse des échanges commerciaux, bouleverse l’agenda du processus de mise en place de la ZLECAf. Sans pour autant en réduire l’importance. « Le coronavirus (COVID-19) a renforcé les arguments en faveur des chaînes de valeur et du commerce régionaux intra-africains », observe la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Et de fait accélérer la reprise économique post-crise. D’ici là, la CEA exhorte les pays africains à accélérer le processus d’opérationnalisation de la ZLECAf d’ici le mois de juillet pour lutter contre les effets pervers du coronavirus. En favorisant l’export des produits pharmaceutiques à l’intérieur du continent notamment.  « Le marché intra-africain peut aider à atténuer certains des effets négatifs du COVID-19 en limitant la dépendance à l’égard de partenaires extérieurs, en particulier dans les produits pharmaceutiques et les aliments de base » a récemment souligné le Directeur de la Division de l’intégration régionale et du commerce, Stephen Karingi, lors d’une conférence de presse à Addis-Abeba.

 

« Il y a de fait un manque de coordination, notamment sur le plan économique, faute de chef d’orchestre »

 

Reste à accélérer un processus mis à mal par la crise Covid 19. « Je crois que jamais l’Afrique n’a été aussi diagnostiquée dans une période aussi courte que celle de cette crise du coronavirus. Cependant, beaucoup de ces diagnostics ont été conduits à travers des paramètres qui datent d’avant le Covid. Ce qui fait que l’on n’a pas pris la dimension de la crise comme elle se présente » observe Paulo Gomes, économisteet ancien directeur exécutif de la Banque mondiale pour l’Afrique subsaharienne. Or, selon lui, l’Afrique ne devra pas faire face à une mais à plusieurs crises qui menacent de freiner la croissance que connaissait le continent. « Je pense que c’est une crise qui va donner naissance à plusieurs crises en cascade et pour lesquelles les paramètres ne sont pas encore dessinés. Avec sans doute la première récession depuis 25 ans en Afrique. Mais toute crise vient, comme les deux faces d’une monnaie, avec des sources d’inquiétudes et des opportunités… »

 

Paulo Gomes, co-président d’AfroChampions-DR

Aussi, si pour ce dernier l’allègement de la dette des pays africains ne résout pas le problème, seule une réponse globale peut permettre au continent de traverser cette crise. « Il y a de fait un manque de coordination, notamment sur le plan économique, faute de chef d’orchestre. »

 

«  Pour gagner la bataille, utilisons la ZLECA ! »

 

En attendant, pour l’Initiative AfroChampions, un mouvement lancé fin 2016 qui rassemble des institutions et des groupes privées panafricains animés par la volonté d’accélérer l’intégration économique du continent, pas question de reporter la mise en place de la ZLECAf. «  Pour gagner la bataille, utilisons la ZLECA ! »  exhorte l’Initiative dans un appel officiel rendu public le 22 avril invitant à l’organisation d’un sommet virtuel des ministres du Commerce africains sous l’égide de l’Union africaine pour maintenir le calendrier de mise en œuvre de la ZLECAf. Dans son appel, l’Initiative propose d’associer à cet échange des décideurs économiques, des patrons de multinationales africaines ainsi que des représentants des grandes institutions financières du continent, autour d’un agenda resserré et tourné vers l’action.

 

« Le COVID-19 est une occasion d’accélérer la ZLECAf, et non de la ralentir »

 

« Certains observateurs pensent que la ZLECAf est vouée à l’échec car les infrastructures requises ne sont pas en place, observe Paulo Gomes, par ailleurs Vice-président de l’Initiative AfroChampions.  Le COVID-19 est une occasion d’accélérer la ZLECAf, et non de la ralentir. En situation d’urgence, on est obligé d’avancer. Avec la crise actuelle, nous pouvons mettre en place des mesures intéressants le secteur de la santé, pour accompagner la production locale d’équipements et de traitements, privilégier les commandes de produits pharmaceutiques ‘made in Africa’, optimiser les coûts de transports et de logistique, et faciliter les livraisons d’un point à un autre en dépit des restrictions de déplacements. Sur tous ces points, la ZLECAf peut apporter des réponses concrètes. A partir de ce test grandeur nature sur le secteur de la santé, nous pourrons tirer des enseignements utiles pour d’autres secteurs ».

 

President Obasanjo – DR

 

« Dans cette période délicate, l’Afrique a pu recevoir de la part d’autre régions du monde des aides et de soutiens financiers appréciables. Il ne faut être naïf cependant : la crise économique qui va suivre la crise sanitaire sera durable, et nous devons nous assurer que nos économies soient à la fois résistantes et plus autonomes », souligne à son tour Obasanjo, parrain de l’Initiative AfroChampions et ancien président de la République fédérale du Nigéria.

 

« La crise imminente est économique et la ZLECA est un outil important pour aider à stimuler l’investissement et à créer des chaînes de valeur africaines »

 

Et en préambule à la réunion ministérielle de l’UA qui doit se tenir les 5 et 6 mai, un certain nombre de chefs d’entreprise ont signé une lettre, portée par l’Initiative Afrochampions, appelant à respecter le délai du 1er juillet pour l’entrée en vigueur de l’accord. Les signataires affirment qu’il n’y a aucune raison légitime de reporter la ZLECAf même s’ils comprennent qu’une approche échelonnée peut être utilisée compte tenu des circonstances actuelles. Même s’ils reconnaissent la nécessité d’apporter une première réponse sanitaire à la crise, les signataires rappellent : « la crise imminente est économique et la ZLECA est un outil important pour aider à stimuler l’investissement et à créer des chaînes de valeur africaines. »