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Industries « Le développement de l’Afrique passera par l’industrialisation du continent »

Selon l’étude « Industrialisation en Afrique : réaliser durablement le potentiel du continent » conduite par Strategy&, l’entité de conseil en stratégie du cabinet PwC, le secteur industriel en Afrique ne contribue encore que de façon marginale à la croissance de l’économie et ce malgré un potentiel considérable. Un « changement de cap » est nécessaire.

Par Bilkiss Mentari

Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement, Nepad, OCDE, … Tous les partenaires au développement du continent le martèle : le développement de l’Afrique ne se fera pas sans son industrialisation. Le président de la BAD lançait à ce titre, en mai dernier en marge des Assemblées annuelles de l’Institution, « à industrialiser l’Afrique, un appel à « transformer nos matières premières dans le continent pour créer de la valeur ajoutée et créer des emplois,». Seule option selon lui pour sortir le continent de la pauvreté. « Nous avons la conviction que toute création de valeur ajoutée pour les économies africaines passe par l’industrialisation, affirme alors Akinwumi Adesina. Sur le plan agricole, par exemple, nous pouvons arriver à la création de zones de transformation des matières premières agricoles. Pour l’Afrique, l’industrialisation n’est pas une option, c’est une impérieuse nécessité ». Inscrit dans les 5 priorités de la BAD qui doit investir 35 milliards de dollars Us sur les dix prochaines années pour accompagner l’industrialisation de l’Afrique, l’industrialisation du continent nécessite quelques préalables : « Il n’y a pas d’industrialisation sans leadership politique clair et assumé. Il n’y a pas d’industrialisation non plus sans un investissement massif dans les infrastructures. Enfin, il n’y a pas d’industrialisation sans renforcement des ressources humaines, notamment des investissements dans les sciences, les nouvelles technologies et les innovations ».

L‘Afrique a la plus faible contribution à la Valeur Ajoutée Manufacturière mondiale (6%)

Un constat qui rejoint les conclusions de l’étude « Industrialisation en Afrique : réaliser durablement le potentiel du continent » conduite par Strategy&, l’entité de conseil en stratégie du cabinet PwC, récemment publiée. Selon celle-ci, «  Les pays africains font, dans leur ensemble, face à une dialectique complexe : capacités industrielles limitées et forte dépendance aux matières premières. Cette situation est non seulement source de vulnérabilité économique mais pèse également sur leur niveau de productivité industrielle, mettant sous tension la compétitivité des économies. » En somme « le secteur industriel en Afrique ne contribue encore que de façon marginale à la croissance de l’économie et ce malgré un potentiel considérable ». Et de s’appuyer sur une série de chiffres : l’Afrique a la plus faible contribution à la Valeur Ajoutée Manufacturière mondiale (VAM), soit environ 1,6 % ; 800 millions d’Africains vivent dans des pays dont la VAM est inférieure à 100 USD/habitant ; 80 % de la VAM africaine est liée soit aux ressources naturelles, soit aux activités traditionnelles « low-tech », qui présentent, en règle générale, des niveaux de productivité limités ; les matières premières représentent entre 70% et 90 % des exportations de marchandises en Afrique, d’où la persistance d’une forte volatilité des économies. De là, les rapportent en appelle à « un changement de cap » significatif. « Loin d’être irréversible, cette situation requiert cependant un changement de cap qui passe notamment par des choix de politiques industrielles audacieux. Les leviers traditionnels d’intervention de l’Etat doivent être repensés au profit d’approches polymorphes afin d’enclencher un cercle vertueux. »

Dans le viseur des analystes,  « la dépendance persistante aux matières premières {laquelle} entretient une certaine vulnérabilité économique du fait de la volatilité des prix. » Et de développer ainsi : «  En 2015, les matières premières représentaient 71% des exportations de marchandises en Afrique. Les économies africaines représentent à cet égard plus de la moitié des pays en développement tributaires des produits de base (PDTPB). Au-delà du constant de la situation actuelle, c’est avant tout l’accroissement de cette dépendance aux matières premières dans le temps qui est préoccupante. En effet, dans les années 1970, l’Afrique n’était, en proportion, pas plus dépendante aux matières premières que les autres pays en développement. Mais si l’Asie a su réduire cette dépendance, passée de plus de 70 % à 20 % depuis les années 1980, l’Afrique a suivi une trajectoire inverse. »

4 leviers stratégiques pour enclencher le rattrapage industriel

Au delà du constat, l’étude propose une série de recommandations, dont «  4 leviers stratégiques pour enclencher le rattrapage industriel ». A savoir,  capitaliser sur les ressources naturelles héritées pour créer de nouvelles activités à plus forte valeur ajoutée ; miser sur des partenariats stratégiques afin de favoriser le partage de valeur et le transfert de technologie ; s’appuyer sur les technologies de la révolution industrielle 4.0 pour dégager des gains de productivité, améliorer le niveau de compétitivité et mieux s’intégrer sur la chaîne de valeur notamment en contournant les problèmes d’infrastructures ; enfin, créer les conditions nécessaires à l’amélioration du climat des affaires en proposant un environnement attractif pour les investisseurs étrangers et en minimisant le poids de la bureaucratie et des autres freins à l’investissement. Et Jonathan Le Henry, directeur Strategy& en charge de l’étude, de conclure : «   Le potentiel du continent africain n’est plus à démontrer : sept des dix pays qui connaissent la plus forte croissance économique du monde sont en Afrique. Cependant le défi d’un développement durable et inclusif reste à relever. Ceci ne pourra avoir lieu qu’avec la mise en place de politiques industrielles innovantes, non dogmatiques et coordonnées entre les Etats ».