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Hydrocarbures : La Côte d’Ivoire confirme sa montée en puissance dans la filière

Annoncée début septembre, l’importante découverte de pétrole et de gaz naturel faite par l’italien ENI dans l’offshore ivoirien récompense la politique active de développement de la filière par les autorités ivoiriennes. Un essai qui doit désormais être transformé. 

Par Issiaka Nguessan, à Abidjan

La Côte d’Ivoire se remet à rêver d’or noir !  Après l’annonce le 1er septembre de la découverte par le groupe italien ENI d’un gisement pétrolier prometteur (réserves estimées entre 1,5 et 2 milliards de barils de brut) dans l’offshore proche de la frontière ghanéenne, c’est le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Thomas Camara, qui s’est précipité sur le plateau de la télévision publique RTI 1 pour affirmer que cette nouvelle découverte permettra de « fortement accroître les réserves prouvées de la Côte d’Ivoire ainsi que sa production pétrolière et gazière dans les années à venir ». Alassane Ouattara, le Président ivoirien, s’est également réjoui de « cette importante découverte […]», gage « de belles perspectives […] dans les années à venir ». 

Plus largement, cette nouvelle annonce conforte la politique active de développement du secteur extractif initiée par les autorités ivoiriennes, qui multiplient depuis de nombreuses années les initiatives pour attirer les compagnies du secteur (promotion des blocs, révision du code pétrolier en 2015). Avec un objectif clair : augmenter significativement la production actuelle- environ 34 000 barils/jour, provenant de quatre blocs gérés par la Société nationale des opérations pétrolières (Petroci), Canadian Natural Resources et Foxtrot International-, qui reste modeste en comparaison du voisin ghanéen (110 000 barils/jour) ou du géant nigérian (2,2 millions de barils/jour). 

« Il est donc possible de voir les recettes de la Côte d’Ivoire quadrupler »

L’annonce de la découverte par ENI intervient en tous les cas dans un contexte porteur de reprise post-Covid, avec un cours du pétrole avoisinant les 80 dollars, en forte hausse depuis ses plus bas de juin 2020 (autour de 35 dollars). Et confirme, si besoin en était, le changement profond du secteur sur le continent ces dernières années, avec l’apparition de nouvelles zones productrices ou en développement (Sénégal, Ghana, Côte d’Ivoire, Tanzanie, Kenya, Ouganda, Mozambique), désormais en concurrence avec les traditionnels États pétroliers africains (Libye, Algérie, Nigeria, Angola, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale…). 

Stéphane Dan, expert ivoirien en Énergie et Ressources, voit pour sa part nombre de conséquences bénéfiques pour la Côte d’Ivoire avec cette prochaine entrée en exploitation attendue. Sur le plan financier notamment. « Avec une production nationale actuelle estimée à 35 000 barils de pétrole brut et 220 millions de pied cube de gaz par jour, l’État de Côte d’Ivoire a des recettes qui se situent entre 20 et 40 milliards de francs CFA par an (entre 30 et 60 millions d’euros). Or, en phase d’exploitation, cette découverte occasionnerait une augmentation de la production journalière de plus 100 000 barils de pétrole brut. Il est donc possible de voir les recettes de la Côte d’Ivoire quadrupler », pronostique le spécialiste. 

Impact sur l’emploi

Autre retombée positive escomptée, « les incidences sur le recrutement des travailleurs dans le secteur », comme semble le montrer l’exemple du Sénégal. Le pays de la Teranga, nouvel entrant dans l’arène pétrolière africaine- a vu ses instituts de formation locaux (INPG, IST, écoles polytechniques de Dakar et de Thiès…)  se multiplier au cours des dernières années pour former une main-d’œuvre qualifiée, de plus en plus demandée par les opérateurs de la filière. Un familier du dossier rappelle toutefois, sous couvert d’anonymat, qu’il pourrait y avoir, au contraire, « une réduction de l’emploi si l’implantation de l’entreprise extractive détruit des emplois aux alentours du site d’implantation ». Sans parler de « la dégradation de l’environnement qui pourrait produire des intoxications alimentaires, de la pollution des eaux et de l’air, des conséquences négatives sur les ressources halieutiques et de la dégradation de la biodiversité marine et sous-marine avec son corollaire de maux sur l’équilibre marin », soutient cette source.

Pas de quoi néanmoins refroidir l’optimisme de Stéphane Dan, qui affirme que cette montée en puissance du secteur des hydrocarbures ivoirien « aura un impact positif sur le Produit Intérieur Brut, [car] les acteurs de la chaine de valeur, notamment les entreprises de support technique aux opérations, les entreprises de placement de personnel et les sociétés de restauration en mer [bénéficieront] d’une croissance de leurs activités ». 

« Pouvoir négocier de meilleurs contrats et accroitre sa part dans les revenus »

Le pays devrait par ailleurs « pouvoir négocier de meilleurs contrats et accroitre sa part dans les revenus », estime le spécialiste, qui cite l’exemple du Nigeria, où « l’État dispose de meilleurs leviers, ce qui lui permet de négocier des contrats avec des parts autour de 50%. La récente découverte en Côte d’Ivoire porte à croire que les prochains contrats verront la part qui revient à l’État croître », conclut Stéphane Dan, qui rappelle par ailleurs que « la Côte d’Ivoire est membre actif de l’initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) et [qu’elle] communique régulièrement sur les revenus des activités extractives ». La clé de répartition en vigueur accorde 90% des parts à l’entreprise d’exploration qui conduit les recherches et 10% à la Côte d’Ivoire, à travers sa société nationale Petroci Holding. 

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