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Hicham Rahil : « Le retour du Maroc dans l’UA ne fera que rassembler les pays divisés »

La volonté du Maroc de retourner au sein de l’UA après plus de trente ans d’absence laisse certains perplexes, alors que d’autres, à l’image d’Hicham Rahil, membre du Bureau National du Mouvement Populaire, continuent de penser que ce retour renforcera les liens entre les pays membres. Entretien

L’offensive diplomatique du Maroc ces dernières années laissait-elle présager sa volonté de retrouver sa place au sein de l’UA ?

Premièrement, il faut savoir que le Maroc était omniprésent sur la scène africaine, il ne l’a jamais quitté. La suspension de son adhésion au sein de l’UA ne l’a jamais empêché de coordonner et de travailler avec beaucoup de pays amis africains. Ce qu’il faut savoir, c’est que le Royaume du Maroc a suspendu son adhésion politiquement et institutionnellement, il n’a jamais arrêté ses relations diplomatiques, économiques avec un grand nombre d’États africains qui font partie de l’UA. En ce qui concerne la nouvelle vision diplomatique du Royaume, politique offensive qui ne laisse pas de place vide, elle contre-attaque les ennemis de l’intégrité du territoire marocain, afin de bloquer toute mauvais initiative et mauvaise gestion de notre dossier par les ennemis du Maroc. Il faut savoir, historiquement et géographiquement, que le Maroc fait partie de l’Afrique et que l’Afrique regroupe des pays comme le Maroc. L’histoire témoigne que le Maroc était parmi les pays fondateurs de cette organisation et que Feu Hassan II a toujours défendu l’indépendance des pays africains et a conservé leur intégrité territoriale notamment par des opérations militaires dans certains pays africains pour assurer la stabilité et la sécurité de leurs peuples. Le conflit a commencé entre le Maroc et l’UA en 1982 quand certains dirigeants de certains Etats ont été malmenés par la mauvaise stratégie des généraux algériens afin qu’ils reconnaissent la République virtuelle sahraouie. Le peuple marocain a réagi contre cette trahison et a demandé au gouvernement de suspendre son adhésion.

Ce nouvel épisode semble ouvrir une nouvelle page dans l’histoire du Maroc et de l’UA, après trois décennies durant lesquelles le Royaume avait pris ses distances ?

Pendant ces 30 années, le Royaume du Maroc a démarré les grands chantiers internes dans tous les domaines, notamment la démocratisation des institutions, ce qui a donné une percée démocratique, économique, devenue une référence dans la région contrairement à beaucoup de voisins africains, surtout avec le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui a pu ramener de grands projets d’investissement et bien évidemment le plan d’autonomie du Sahara Marocain applaudi par la scène internationale. Le retour officiel du Maroc à l’UA n’est venu qu’après le renforcement économique, politique et diplomatique avec la majorité des pays africains, ce qui déplaît certainement aux ennemis du Maroc, car le Maroc d’aujourd’hui est prêt à présenter son modèle de développement économique et politique et surtout la lutte contre le terrorisme. Je crois que le retour du Maroc ne fera que rassembler les pays divisés, comme il l’a toujours fait d’une manière institutionnelle, et convaincre les ennemis de l’intégrité territoriale du Royaume que le Polisario c’est quelque chose de virtuel qui a été créé à la base pour diviser les Africains. Aussi, le Maroc se présentera en tant que partenaire crédible en matière de développement économique et politique.

 

À long terme, le sujet sahraoui continuera-t-il de créer des tensions entre Alger et Rabat ?

Malheureusement, l’Algérie vit encore à l’époque de la guerre froide. Elle n’a pas changé son état-major, contrairement au Maroc qui gouverne avec une nouvelle élite qui n’a pas connu la guerre froide, mais a connu la mondialisation, les intérêts économiques et politiques, c’est un état de droit. Pour cela, il y a une différence de vision entre les deux générations qui diffèrent intellectuellement et culturellement. En revanche, une nouvelle et jeune génération connaîtra le jour et travaillera, main dans la main, avec le pays frère, le Maroc. Cela engendrera une grande coopération entre les deux pays sur tous les niveaux. Le Maroc a toujours participé à la sécurité des pays africains militairement et avec les aides humanitaires par la voie des Nations Unies. Il n’est revenu à l’UA qu’après avoir obtenu de grands partenaires comme la Chine, la Russie et les pays du Golfe et seulement après avoir aussi prêté main-forte à beaucoup de pays africains, notamment la Libye.

 

28 pays sont favorables à la suppression de la RASD, que pensez-vous que cela puisse engendrer ?

Le travail avec ces 28 pays qui ont demandé la suppression de la RASD ne date pas d’hier. C’est un travail de longue date avec le Royaume, malgré son absence des structures de l’UA. Ces pays se sont aperçus que l’absence du Maroc était une grande perte pour l’Afrique, notamment dans cette période marquée par le terrorisme et les grands défis économiques. Il faut savoir que la diplomatie marocaine a entamé des partenariats et des discussions qui ramèneront d’autres pays à s’ajouter à la liste des 28.

 

Peut-on considérer que ce retour dans l’UA contribuera à renforcer la sécurité des pays africains notamment en matière de lutte anti-terroriste ?

Le Maroc est un pays connu à l’échelle internationale avec sa politique de sécurité. Le Maroc est prêt à renforcer la sécurité des pays africains avec ses outils et son expérience. Il est aussi prêt à investir sur le plan spirituel et religieux en formant, par exemple, des imams, selon des programmes scientifiques spécifiques. Le pays détient un grand potentiel et est reconnu à l’échelle internationale dans le domaine.


 

Par Darine Habchi

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