Guinée : Le Conakry Terminal a résisté à la crise
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Guinée : Le Conakry Terminal a résisté à la crise

Inauguré en novembre 2014, le nouveau terminal à conteneurs de la capitale guinéenne a permis au pays d’atténuer l’impact des crises successives. Mais le chemin à parcourir demeure très long pour le voir rivaliser avec les autres ports de la sous-région.

L’économie guinéenne se relève à peine de l’épidémie Ebola. Entre 2012 et 2014, la croissance est passée de 3,9% à un maigre 0,6%. Et pour 2015, les perspectives restent fluettes : 0,9%. Pourtant, le port de Conakry a semblé le seul lieu insensible au désastre. Tout le port de Conakry ? Pas tout à fait… Depuis 2011 et le lancement de la construction du tout nouveau terminal à conteneurs, ce que l’on appelle désormais le Conakry Terminal a connu une progression d’une régularité insouciante : +5% par an. Un développement dont ne peuvent se targuer ni le port pétrolier, ni le port conventionnel, encore moins le port minéralier…

Cette réussite, le maître d’ouvrage, l’entreprise française Bolloré, n’en est pas peu fière. « Nous sommes passés de 140 000 à 180 000 conteneurs traités depuis que les travaux ont démarré « , se félicite Jean Delahaye, directeur général du Conakry Terminal. Et ce, malgré Ebola et la baisse des prix des minerais de fer et d’aluminium, essentiels à l’économie guinéenne ». Denrées, ciment, conserves,… chaque jour, tout y passe. Et c’est sans compter les véhicules qui constituent une grande part du grand chambardement journalier que connaît le port. Car, ce ne sont pas moins de 400 000 véhicules par an qui sont importés via le terminal. Signe d’une économie encore rudimentaire, 99% sont des véhicules d’occasion.

Objectif : concurrencer le port d’Abidjan

Mais ces bons chiffres restent très éloignés des standards internationaux et africains. Le port d’Abidjan voit défiler par exemple pas moins de 750 000 conteneurs par an. C’est dire que le chemin est encore long. Mais Jean Delahaye reste confiant : « Le terminal a une capacité de 1 200 000 conteneurs. Notre objectif, à terme, est donc d’atteindre les un million de conteneurs. Bien sûr, tout ne dépend pas de nous, loin de là. Pour y arriver, il faudra que la Guinée réussisse à développer ses secteurs à l’exportation, qui restent très faibles. Et nous fondons également beaucoup d’espoir dans la construction d’un corridor qui relierait Conakry à Bamako ». En effet, pour le moment, au départ de la capitale malienne, les camions se dirigent plutôt vers Dakar ou Abidjan. Pourtant, c’est bien avec le port de Conakry que la distance est la plus faible. Un avantage comparatif que le port pourra exploiter si et seulement si les infrastructures nécessaires sortent de terre.

En l’Etat, le port reste donc surdimensionné par rapport au trafic. Mais Bolloré fait tout pour y remédier. « Nous misons sur notre qualité de service et notre rapidité pour attirer les clients », se veut rassurant Jean Delahaye. A 80 euros le prix du transbordement du conteneur, on comprend que l’entreprise veuille accélérer la cadence. Les autorités guinéennes lui font d’ailleurs confiance, Bolloré gère déjà pas moins de 15 ports, rien qu’en Afrique. Et pour ce port, l’entreprise a investi près de 140 millions d’euros, en trois ans, et compte en ajouter près de 500 autres millions durant tout le temps de la concession (25 ans).

Il faudra bien ça pour faire oublier la polémique née de l’étrange attribution de la concession à Bolloré. Peu de temps après son arrivée au pouvoir (décembre 2010), le Président Alpha Condé avait brusquement retiré la gestion du port acquise en 2008 par l’entreprise Getma (filiale du groupe français NCT Necotrans) pour la confier à son concurrent. Un revirement d’autant plus difficile à comprendre que les termes du nouveau contrat semblaient beaucoup moins avantageux pour l’Etat guinéen…


 

Par Julien Wagner