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Guinée : Après Ebola, relancer l’agriculture et l’élevage

Après les ravages causés par le virus Ebola qui a fait des milliers de victimes, aujourd’hui, la Guinée souffre de faim et de malnutrition, une conséquence attribuée à la maladie. Pour lutter contre ces problèmes, le gouvernement mène un large programme permettant la relance de l’agriculture et de l’élevage.

Trouver des solutions pour développer l’agriculture et l’élevage afin de mettre un terme à la crise alimentaire naissante en Guinée, causée le virus Ebola, c’est la bataille que mène le gouvernement guinéen. Accompagnée de deux autres délégations dont le ministère de l’Elevage et de la Production animale ainsi que celui de l’Hôtellerie, du Tourisme et de l’Artisanat, la ministre guinéenne de l’Agriculture a assisté à l’inauguration de la 76ème édition du SIMA, le 22 février dernier et qui se tient jusqu’au 26, inclus. Cette année, le salon professionnel de l’agriculture met à l’honneur l’Afrique du Sud, le Mexique et le Japon, et représentait une belle occasion pour les ministres guinéens de développer des liens professionnels, de découvrir les nouveautés en matière technologique, de discuter avec d’éventuels collaborateurs étrangers dans le but d’améliorer les productions agricoles du pays.

 

Une croissance alarmante

Depuis décembre 2013, période à laquelle le virus Ebola a commencé à sévir en Afrique de l’Ouest et notamment en Guinée, le pays enregistre de fortes pertes économiques. « Pour le secteur agricole, les répercussions de cette maladie ont influencé l’accroissement de la production agricole nationale avec un certain dysfonctionnement du circuit de commercialisation des produits. Cependant, il est estimé que le déficit de production par endroits pourrait être compensé par les excédents d’autres bassins de production. Un plan de riposte post-Ebola est en préparation pour rétablir la stabilité de la production des régions touchées en améliorant l’accès aux technologies de production, de stockage et de conservation », a indiqué Jacqueline Sultan, ministre guinéenne de l’Agriculture, lors d’une conférence internationale sur la nutrition, qui s’est tenue du 19 au 21 novembre 2014, à Rome. Conscient de la crise alimentaire qui guette de plus en plus la population, le gouvernement guinéen affiche donc son désir de relancer ses activités agricoles. En effet, les secteurs de l’agriculture et de l’élevage représentaient jusque-là la principale source de revenus et d’emplois dans le pays. Cependant, en 2014, le taux de croissance enregistré en Guinée a chuté. Il ne représente plus que 0,5% contre 4,5%, avant l’apparition du virus, selon un rapport de la Banque Mondiale émis le 12 février 2015. La Guinée figure parmi les trois pays dont la Libye et la Sierra Leone, nécessitant des mesures importantes en matière de sécurité alimentaire. En effet, toujours selon le rapport de la Banque Mondiale, 230 000 personnes seraient en situation d’insécurité alimentaire, en Guinée. Ce chiffre pourrait même atteindre les 470 000, si aucune mesure n’est entreprise d’ici mars 2015. Ce rapport révèle aussi, que la production de riz dans le pays a baissé de 20%, les récoltes de blé de 25%, celles du café de moitié et celles du cacao d’un tiers. Pour tenter de réduire ces chiffres et venir en aide aux populations rurales, la Banque Mondiale a donc instauré un plan de financement d’urgence pour les aider à relancer leur production agricole et animale. En tout, 15 millions de dollars ont été débloqués afin de soutenir plus de 200 000 agriculteurs en Guinée, en Libye et en Sierra Leone, soit 10 500 tonnes de semences de riz et de maïs seront distribuées. « En procurant rapidement aux populations d’Afrique de l’Ouest des semences pour leurs principales cultures vivrières, nous œuvrons pour la reprise de l’activité dans les zones rurales et contribuons à éloigner le spectre de la faim dans les pays les plus touchés par Ebola », indique Makhtar Diop, vice-président de la Banque Mondiale pour l’Afrique, dans ce communiqué.

 

Atteindre l’autosuffisance alimentaire

Pour pallier à une éventuelle crise alimentaire, en 2015, le gouvernement guinéen a débloqué quant à lui 166 milliards de francs pour l’acquisition des intrants, des équipements et des produits phytosanitaires, rapporte l’Agence guinéenne de presse, à l’issue de la conférence de presse donnée par la ministre de l’Agriculture, Jacqueline Sultan, en mai 2014. « L’objectif de notre venue ici est d’acquérir l’expérience et l’expertise que possèdent les agriculteurs et éleveurs présents au salon. Nous avons déjà entrepris un programme important d’accompagnement des agriculteurs afin d’améliorer leur productivité, notamment dans le secteur des céréales, du riz, et des produits maraîchers sans oublier l’élevage du bétail, en Guinée. Concernant l’élevage, il est actuellement de type extensif, les animaux se nourrissent par eux-mêmes. Nous souhaitons développer l’élevage intensif comme cela se fait en France, en parquant les animaux, en mettant à leur disposition de la nourriture… Nous exploitons aussi l’idée de créer des usines pour pouvoir produire cette nourriture. Empêcher la divagation et la transhumance des animaux est un de nos objectifs. Ainsi, nous pourrons leur assurer une meilleure veille sanitaire », indique, le ministre de l’Elevage et des Productions animales, El Hadj Thierno Ousmane Diallo. Appeler les investisseurs locaux, mais aussi étrangers à contribuer au développement des projets de lutte contre la famine fait aussi partie du programme du gouvernement guinéen. « Nous avons discuté avec la BCI (Bretagne Commerce International), qui est intéressée par les filières de production de lait en Guinée, mais aussi par l’exploitation des petits ruminants, comprenant les chèvres et les moutons », ajoute le ministre. Aujourd’hui, la majeure partie de la viande consommée en Guinée est issue de l’importation, et le gouvernement souhaite permettre aux professionnels de l’agro-élevage d’élever assez de bétail pour pouvoir suffire à nourrir les populations rurales. « 30% des paysans guinéens pratiquent l’élevage et cela représente entre 27 et 30% du PIB. Cependant, concernant l’aviculture, nous sommes contraints d’importer des poulets en provenance d’Europe. Nous souhaitons inverser la tendance et pour cela, nous nous devons de trouver des partenaires privés », précise le ministre de l’Elevage et des Productions animales. Combattre la faim et la malnutrition en relançant l’agriculture et l’élevage ne sera certes pas simple, mais le gouvernement semble déterminé à atteindre ses objectifs.


Par Darine Habchi

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