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Gift Lubele, l’entrepreneur qui transforme les déchets en profits

 Élevé dans les townships, Gift Lubele est aujourd’hui une star montante de la scène entrepreneuriale sud-africaine grâce à sa start-up Kudoti, une plateforme digitale spécialisée dans la gestion des déchets. Retour sur le parcours d’un jeune entrepreneur qui s’est fixé pour objectif de transformer les déchets des autres en profits.  

Par Farai Diza, à Johannesburg 

« Les déchets des uns sont les trésors des autres », dit l’adage populaire. Une maxime qu’a fait sienne Gift Lubele : aux commandes de sa start-up Kudoti, lancée en 2019, le jeune entrepreneur sud-africain a bâti son succès en aidant les entreprises de gestion des déchets et de recyclage à optimiser leurs opérations grâce à des outils numériques de collecte de données.  Une belle revanche sur la vie pour celui qui a grandi comme un garçon ordinaire des townships, armé de rien d’autre qu’une vision. 

Une enfance passée dans les townships

Né dans la province du Limpopo, dans le nord de l’Afrique du Sud, le jeune Gift débarque à l’âge de 15 ans dans l’un des townships les plus dangereux de Johannesburg, Tembisa. Victime comme d’autres de l’exode rural, il vit alors avec sa mère dans une maison d’une pièce. « Ayant grandi dans les zones rurales, la ville m’a enthousiasmé à 15 ans », se remémore le jeune patron, aujourd’hui âgé de 23 ans.  Il découvre vite néanmoins que « l’argent que sa mère ramène à la maison est toujours insuffisant » et comprend qu’il doit « commencer à travailler [s’il] veut des choses pour [lui] ». Il nourrit alors l’idée de pouvoir recycler et valoriser les déchets afin de pouvoir en tirer un profit. Une ambition promise à un long avenir, malgré des débuts difficiles : à peine débarqué en ville, le lycéen créé sa première entreprise de recyclage en essayant de transformer des déchets en vêtements. L’initiative tournera court mais sans éteindre la flamme entrepreneuriale de Gift Lubele, qui reste convaincu de pouvoir un jour faire quelque chose de significatif avec des déchets. 

En attendant, bon élève, Lubele parvient à quitter son ghetto et part étudier sur le campus mauricien de l’African Leadership University, un établissement privé panafricain qui met l’accent sur l’autonomie et les programmes de formation pratiques. Armé de ses compétences, le jeune homme rentre ensuite au pays, où il finalise son cursus académique en sortant diplômé de l’école de commerce de la réputée Université du Cap, régulièrement placée dans les classements des meilleurs établissements de formation du monde. 

Mettre la barre haute

Sitôt quitté les bancs de la fac, Lubele décroche un premier emploi comme ingénieur dans une grande entreprise locale de télécommunications. C’est là qu’il affûte son expertise en matière de Data, d’intelligence artificielle et autres avancées numériques. Autant de connaissances pratiques qui s’avéreront décisives pour lancer son nouveau projet entrepreneurial, la plateforme digitale Kudoti, qu’il cofonde avec un partenaire, le français Matthieu de Gaudemar. Ce dernier est aujourd’hui le PDG de la société tandis que Gift Lubele en est le directeur des opérations.  Kudoti (qui signifie « à la poubelle » en zoulou) s’efforce aujourd’hui d’être un leader du marché du recyclage sud-africain grâce à sa solution numérique de gestion des déchets, qui permet concrètement de créer un « marché des déchets », soumis aux lois de l’offre et de la demande. En clair, Kudoti permet aux gens d’acheter et de vendre des déchets récupérés, prélevant au passage sa commission d’intermédiaire.

Le rêve de Gift Lubele de gagner de l’argent avec des déchets et de gérer sa propre entreprise s’est donc réalisé. Mais plus encore, l’expérience lui a ouvert les yeux. « La vie entrepreneuriale m’a appris que, comme un navire, les entreprises ont de nombreux composants qui doivent tous fonctionner ensemble. Vous devez trouver un moyen d’avoir une visibilité sur tout ce qui se passe, y compris pour les personnes que vous servez, comme les clients », explique le co-fondateur de Kudoti qui confie que « plusieurs rencontres avec des collecteurs de déchets dans les rues de Johannesburg ont contribué à ouvrir la voie à l’entreprise ». Il a observé leurs routines quotidiennes, leurs luttes et leurs espoirs. « J’ai eu la vie facile le premier jour où j’ai commencé à utiliser leurs services, car leur plateforme est adaptable et réagit rapidement. Elle permet de boucler tout le cycle sans avoir à se préoccuper de trouver d’autres alternatives », se félicite pour sa part Tabby Moyo, un client collecteur de déchets. 

L’Afrique, prochaine frontière de croissance

Mais la révolution est encore loin d’être achevée, tant les besoins restent immenses. Rien que pour la nation arc-en-ciel,  le marché de la gestion des déchets est évalué à 24,3 milliards de rands annuels (1,62 milliard de dollars). Or, la direction de Kudoti a calculé que son marché adressable actuel était de seulement 250 millions de rands (16,6 millions de dollars), soit une infime fraction du potentiel économique réalisable de cette filière. Et au-delà de l’Afrique du Sud, il y a le continent africain tout entier (133 milliards de rands de valeur annuelle estimée de production de déchets, soit 15,55 milliards de dollars), où 96 % des déchets sont perdus parce qu’ils ne sont pas recyclés. Et où, justement, Kudoti veut désormais étendre ses ailes. Une manière comme une autre de rappeler qu’avec une telle ambition, le ciel est bien la seule limite. 

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