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Ghana L’essor de la médecine traditionnelle au

Au Ghana, tout comme dans  la plupart des pays de l’ Afrique de l’ouest, une grande de la population a recours à la médecine traditionnelle pour se faire soigner, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Conscients de l’importance que revêt ce secteur dans le système de santé des Etats africains, les chefs d’Etat africains ont décrété la décennie 2001-2010, celle de la «médecine traditionnelle africaine ». Une pratique qui se développe depuis les années 70 dans ce pays.

A l’Institut des Recherches scientifiques et Technologiques du Ghana (CSIR), on estime qu’environ 70% des ghanéens n’hésitent pas à se diriger vers les praticiens de la médecine traditionnelle pour se faire soigner. Et cette tendance n’est pas prête de changer puisque les autorités ghanéennes ont décidé depuis quelques années de professionnaliser le secteur en mettant en place un programme adapté à la formation des tradipraticiens.  «Au Ghana, environ 70% de la population voit en la médecine traditionnelle un alternatif nécessaire pour le traitement de certaines maladies que la médecine occidentale ne peut véritablement guérir», souligne Stephen Awuni, chercheur scientifique à l’Institut des recherches scientifiques et technologiques du Ghana. Depuis l’adoption de l’Acte de Pratique de la Médecine Traditionnelle en 2000, il est demandé aux tradipraticiens de s’enregistrer auprès du Conseil pour la Pratique de la Médecine Traditionnelle (TMPC). Cette approche vise à  rehausser les standards et institutionnaliser la pratique de la médecine traditionnelle au Ghana.

 

Le Ghana opte pour la complémentarité entre la médecine traditionnelle et celle occidentale

 

Au Ghana, les soins effectués dans les formations sanitaires sont chers pour une grande partie de la population. En plus, le pays fait face à une insuffisance de personnel qualifié.  En effet, le pays compte un tradipraticien pour 400 habitants, contre un médecin traitant de la médecine conventionnelle pour 12 000 habitants. Ceci justifie l’influence des tradipraticiens qui comblent ce vide dans les différentes régions du pays. Fort de ce constat, le ministère de la santé a mis sur pied un programme visant à graduellement insérer les praticiens de la médecine traditionnelle dans les différents systèmes de formations sanitaires dans les zones reculées du pays. Avant leur insertion dans les centres hospitaliers, les tradipraticiens ghanéens suivent une formation de quatre ans en médecine traditionnelle ou douce auprès de Kwame Nkrumah University of Science and Technology (KNUST), une structure réputée qui forme les meilleurs médecins du pays. Cette formation est suivie d’un stage de perfectionnement de deux ans auprès du Centre pour les Recherches Scientifiques sur les Plantes Médicinales (CSRIPM), situé dans la localité d’Akuapem Mampong à l’Est du pays. Ils sont mieux outillés et peuvent donc apporter leur savoir-faire dans les traitements de certaines maladies diagnostiquées par les médecins traitants dans les centres hospitaliers. «Le Ghana est le pionnier en matière de la médecine traditionnelle en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, les autorités ghanéennes ont opté pour une complémentarité entre la médecine traditionnelle et celle occidentale. Par exemple, des médicaments de la médecine traditionnelle sont de plus en plus administrés dans les centres hospitaliers publics s’ ils respectent les normes requises par le ministère de la santé. Je peux vous assurer que ce secteur se porte bien. On retrouve dans chaque quartier du Ghana, des cliniques et centres sanitaires spécialisés dans la médecine traditionnelle», a fait remarquer Emmanuel Bentil Asare Adusei, étudiant –stagiaire en médecine traditionnelle. 

 

La pharmacopée traditionnelle en tire profit

Le système de santé du Ghana fait également face à une forte dépendance vis-à-vis de l’occident en matière d’approvisionnement en médicaments.  Mais l’engouement suscité par la médecine traditionnelle va renforcer la pharmacopée traditionnelle qui génère des revenus et crée des emplois. Mais pour réguler ce marché et se conformer à certaines règles établies pour garantir l’innocuité, la qualité et l’efficacité des médicaments, les autorités ghanéennes ont mis sur place un organe chargé de délivrer des licences de production et de commercialisation à toutes les structures qui offrent leurs remèdes  naturels à base de plantes médicinales. La société de pharmacopée traditionnelle  Kasapreko demeure la référence en matière de la pharmacopée traditionnelle au Ghana. Aujourd’hui, ses produits sont exportés hors des frontières du pays. «Nos produits respectent toutes les normes sanitaires et phytosanitaires requises et suivent plusieurs étapes d’évaluation avant leur certification. Il y a une forte demande tant au plan national que régional. Nous avons remporté plusieurs distinctions pour l’efficacité de nos produits», rassure Mark James O’cloo, pharmacien opérant dans l’un des points de vente des médicaments de la société Kasapreko. Aujourd’hui, certains produits de la pharmacopée traditionnelle ghanéenne, respectant les normes sanitaires requises, sont inclus dans la liste officielle des médicaments autorisés dans les centres hospitaliers publics. Tout ceci contribue à l’essor de la médecine traditionnelle au Ghana. La médecine traditionnelle a permis le développement d’une chaine de valeur avec la création des jardins botaniques pour s’assurer de la disponibilité des plantes médicinales et des pharmacies traditionnelles qui assurent la distribution des médicaments traditionnels de bonne qualité prescrits après consultation par des tradipraticiens formés aux méthodes modernes de la médecine occidentale.


 

Blamé Ekoue