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Ghana : Le transfert d’argent électronique en plein essor

Le Ghana a opté pour la vulgarisation du transfert électronique d’argent grâce à une politique axée sur la libéralisation du secteur des finances et des télécommunications mise en place depuis quelques années. Tous les opérateurs de téléphonie mobile rivalisent d’ardeur afin de mettre  à la disposition de leur clientèle des services variés. L’opérateur de téléphonie mobile Airtel, pionnier dans ce domaine au Ghana, n’a pas hésité à faire d’importants investissements face à l’engouement suscité depuis l’introduction au Ghana de son premier produit de transfert d’argent électronique dénommé « ZAP », en février 2009. Aujourd’hui, les autres opérateurs de téléphonie mobile à l’instar de MTN et Vodaphone ont aussi fait leur apparition sur ce marché prometteur qui constitue une alternative face au faible taux de bancarisation enregistré dans le pays.

Selon la banque of Ghana, le volume total cumulé pour les transferts d’argent électronique est passé de GH¢2,4 milliards en 2013 à GH¢11,6 milliards en 2014; ce qui augure un bel avenir pour ce secteur en plein essor dans les zones enclavées, difficiles d’accès pour certaines institutions bancaires. Pour Eli Hini, responsable commercial de MTN Mobile Money, « c’est un nouveau monde, mais MTN reste le leader dans ce monde numérique audacieux ». L’operateur MTN vient de renforcer ses terminaux, en octobre 2015, pour permettre une fluidité des transferts. « Cette mise à niveau permettra d’améliorer la manière dont les transactions sont effectuées et cela réaffirmera l’engagement de MTN à innover pour satisfaire sa clientèle », a déclaré M. Hini. Pour sa part, le groupe de téléphonie mobile Airtel a vu ses activités bondir, depuis 2014. En effet, le leader de ce service au Ghana a enregistré un chiffre record de 1 million transactions pour le seul mois de mars 2015. « Le fait d’atteindre 1 million de transactions dans un seul mois indique clairement que Airtel Money a été accepté par tous comme le moyen le plus sûr pour faire des affaires, et cela montre également la confiance que les Ghanéens ont pour ce service que nous offrons », a expliqué Manu Rajan, directeur Marketing du groupe de téléphonie mobile Airtel Ghana.

Des chiffres qui parlent

Les transactions réalisées à travers ce canal ont presque quadruplés en passant de 30 millions en 2012 à 106,4 millions en 2014. Ces transactions avoisineraient 110 millions à la fin du troisième trimestre 2015. Eu égard à cette progression fulgurante de ces terminaux de transfert électronique, de plus en plus de Ghanéens sont intéressés par ce service de transaction financière. Selon Ghana Telecoms Chamber, l’organe de régulation du secteur des télécommunications, les abonnés sont passés de 3 303 837 en 2013 à 5 424 650 en 2014, soit une augmentation de l’ordre de  64%. « Le transfert d’argent mobile serait un potentiel non négligeable pour le pays si la tendance actuelle maintient cette cadence. Ce service a déjà fait la preuve de sa viabilité et de son efficacité après sa vulgarisation. En plus, d’autres types de service de paiement par ce canal ont été introduits et continuent de l’être chaque jour» a expliqué M. Derek B. Laryea, responsable de la Division des Recherches et Communication à Ghana Telecoms Chamber. Ce service de paiement par excellence est prisé par les Ghanéens de toute classe sociale. « J’utilise ce service depuis 2013 pour payer la société qui me vend des intrants. Cela me permet aussi de recevoir directement sur mon compte mobile des paiements après la vente du cacao. Ce service est un gain de temps », s’est réjoui Adams Buhari, un exploitant agricole. Pour les jeunes Ghanéens, ce service leur permet également de faire des achats sur la toile. « J’ai tout récemment payé la facture de mon téléphone portable grâce à ce service. Cela vous épargne de certains désagréments que vous pouvez rencontrer dans les banques pendant les jours à forte influence», a expliqué George Godwin, un étudiant qui dispose de plusieurs comptes auprès de l’un des opérateurs de téléphonie mobile. L’essor de ce secteur pourra contribuer à la croissance économique à travers le boom observé dans le domaine des biens et services. Ce secteur va aussi permettre de réduire certains risques liés à la circulation d’importantes sommes dans l’économie informelle.

Vers la mise en place de licences

Soucieuse de l’apport de ce secteur dans l’économie du pays, la banque centrale du Ghana (BoG) a tout récemment apporté son soutien aux operateurs de transfert de téléphonie mobile. Désormais, ces derniers pourront disposer de leur propre licence délivrée par la banque centrale tout comme c’est le cas avec les institutions bancaires. Pour rappel, les opérateurs de téléphonie mobile étaient obligés, par le passé, de signer des contrats de partenariat avec des banques commerciales avant d’introduire leur produit de transfert d’argent électronique sur le marché. « Avec cette nouvelle mesure, les opérations de transfert se feront sur les comptes détenus par les operateurs auprès des banques comme c’est le cas avec les institutions de microfinance. Ce service peut être une manière facile et moins chère de combler le fossé de la bancarisation dans les zones difficiles d’accès pour les banques traditionnelles », a expliqué Tamakloé John, consultant en banque et finance. Malgré l’engouement que suscite ce secteur, des experts pensent que ce service ne va pas pour autant compromettre les prestations des banques commerciales qui continuent d’enregistrer d’importants flux financiers du pays.


 

Par Blamé Ekoué, Accra