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Gabon : prolifération des cliniques privées

Le nombre de cliniques privées au Gabon, notamment dans la capitale Libreville accroit chaque jour. Ces structures de santé sont parfois créées sans le respect des normes en vigueur dans le pays. En 2014, une opération coup de poing organisée par l’administration en charge du contrôle de ce secteur vital a conduit à la fermeture de 30 centres privés de santé.

Ce n’est un secret pour personne au Gabon. Le nombre des structures privées de santé est en nette progression. « Il s’agit moins de combler les carences de l’offre publique que de la recherche du gain », souligne madame Pemba, fonctionnaire gabonais.  Certaines ou la plupart de ces officines privées de santé sont créées et fonctionnent en dehors des règles de l’art. Un grand risque pour la vie des populations. En 2014, l’ex ministre gabonais de la santé, Jean Pierre Oyiba dénonçait sans détour : «  Libreville est devenue dans certaines zones, un repaire de mouroirs où les gens exercent au mépris de toute règle relevant de l’hygiène sanitaire, au mépris de toute autorisation. Chacune des structures sanitaires qui accueillent les malades doit présenter toutes les garanties en matière de sécurité de soins et de prestation de qualité.» Dans la foulée, 30 cliniques privées avaient été fermées et trois faux médecins interpelés.

Selon le dernier recensement (2014), le Gabon compte 1071 structures de santé dont 226 centres de santé privés. Ce nombre augmente chaque année. Libreville la capitale gabonaise compte à elle seule 130 officines privées parmi les 226 enregistrées. Ce chiffre a presque doublé en 20 ans selon des sources officielles. Les raisons : « Il y a les grèves à répétition dans le secteur public depuis bientôt 10 ans et une forte demande, sans oublier l’appât du gain qui fait en sorte que certains médecins abandonnent leurs postes dans les hôpitaux de l’Etat au profit des cabinets privés, où ils reçoivent de gros salaires », souligne Michel Mba, infirmier au CHU de Libreville.

L’Etat reste vigilant

L’Etat à travers l’inspection générale de la santé opère  régulièrement des missions de contrôle au sein des cliniques privées, en vue de s’assurer du  respect des normes en matière de recrutement du personnel, des équipements techniques et de l’environnement de travail. Selon un récent rapport gouvernemental, un désordre total règne dans structures privées de santé. On y trouve des  infirmiers qui travaillent à  la place des médecins généralistes et des sages-femmes faisant office de gynécologues. « Nous allons fermer plus d’une vingtaine de cliniques privées dans les prochaines semaines. Il faut assainir totalement ce milieu. On ne joue pas avec la vie des populations », a martelé Jean Damaxène khouilla, inspecteur général de la santé, lors d’un entretien accordé le 26 octobre 2016 à notre correspondant local. Et au secrétaire général du ministère de la santé, Leonard Assongo de préciser : «  Nous ne pouvons pas accepter que les structures sanitaires deviennent des mouroirs. Nous ne pouvons plus tolérer le désordre .»

Des modèles de réussite

A côté des structures privées de santé qui ressemblent à de véritables ‘’mouroirs’’ et qui méritent d’être fermées ou restaurées sur les plan des équipements et des personnels, il y a lieu de signaler la présence dans la galaxie médicale privée des structures sanitaires de pointe. Celles-ci sont  considérées comme des modèles de réussite et reçoivent des patients issus notamment des couches sociales élitistes. On peut citer entre autres,  les cliniques El Rapha, Chambrier ou Union Médicale. La liste n’est pas très longue. « Ces structures privées de santé font la fierté du Gabon, On y donne des soins de santé de qualité », fait remarquer l’inspecteur général de santé. Mais les populations économiquement faibles trouvent l’accès aux soins de santé dans ces structures très prohibitif du fait du coût très élevé des prestations. « Il faut avoir beaucoup d’argent pour se faire soigner dans les vrais hôpitaux privés, qui restent l’apanage des grosses légumes de la république », déclare M. Mombo, agent public.  « Ce sont les pauvres qui vont les hôpitaux publics dans notre pays. Ces hôpitaux abondent de monde et les médecins n’ont pas le temps de suivre les malades.  Il faut parfois plus de deux semaines pour y rencontrer un médecin spécialiste», a renchéri Gisèle Lendoye enseignante.

Augmentation de l’offre publique

Pour démocratiser l’accès aux soins de santé, le gouvernement gabonais a mis en place depuis quelques années la caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), qui a permis la réduction significative des frais liés aux consultations et à l’achat des médicaments dans hôpitaux publics et les pharmacies partenaires. Un programme de construction des grands hôpitaux a été également lancé aussi bien dans la capitale gabonaise qu’à l’intérieur du pays. Dans cette veine, l’institut de cancérologie d’Angondjé (nord de Libreville) a vu le jour. Les malades y reçoivent gratuitement les soins de santé, pour lesquels il y a quelques années, des évacuations sanitaires à l’étranger étaient nécessaires. Aussi, un centre hospitalier universitaire (CHU) dédié à la santé de la mère et de l’enfant sera inauguré à Libreville dans quelques mois, selon des sources officielles. Ces structures de santé s’ajouteront aux CHU d’Owendo et aux centres régionaux de santé. Toutes choses qui devront augmenter d’ici quelques années, l’offre en matière de santé publique au Gabon, tout en réduisant l’impact négatif des officines privées dont certaines échappent encore au contrôle de l’Etat. « Faute de moyens et du personnel  l’inspection générale de la santé n’est territorialement bien représentée. Ce qui constitue un handicap majeur dans la mise en place d’une stratégie coordonnée de lutte contre la prolifération des cliniques privées », a laissé entendre un agent du ministère de la santé, sous couvert de l’anonymat.

« Dans tous les systèmes de santé au monde, les secteurs public et privé cohabitent intelligemment. Le Gabon n’en fait pas l’exception. »

Parmi les 1071 structures de santé que compte le Gabon, il ya 226 structures sanitaires privées, 14 conventionnelles, 15 militaires, 17 parapubliques et 798 publiques. « Dans tous les systèmes de santé au monde, les secteurs public et privé cohabitent intelligemment. Le Gabon n’en fait pas l’exception. Les deux secteurs travaillent dans notre pays de façon complémentaire, en forme de vases communicants au bénéfice des patients », a souligné Leonard Assongo, secrétaire général au ministère de la santé. En plus il n’est pas anodin de signaler que les promoteurs des cliniques privées, au-delà du caractère commercial de leurs objectifs participent à la lutte contre la précarité de l’emploi au Gabon. Ils sont les plus gros consommateurs des étudiants sortis dans la plupart des établissements professionnels privés de santé. Beaucoup de cliniques privées, notamment les majors paient mieux leurs agents.


 

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