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Gabon : Le coût de la crise post-électorale

Selon le ministre gabonais de l’intérieur, Pacôme Moubelet Boubeya, la crise post-électorale qui a secoué le pays au lendemain de la proclamation des résultats de la présidentielle par la CENAP le 31 août 2016 a fait perdre des centaines de milliards de FCFA au pays. De quoi fragiliser davantage l’économie nationale alors que la chute des cours du pétrole avait déjà mis à mal les finances de l’Etat.

Des grandes surfaces, incendiées et pillées, des boutiques saccagées, des biens publics endommagés… Au lendemain de la crise post-électorale, le bilan économique est lourd. « Des centaines de milliards de FCFA » sont partis en fumée en l’espace de 48 heures selon  l’ancien ministre gabonais de l’intérieur, Pacôme Moubelet Boubeya. Lequel dénonce « des actes de vandalisme » commis par les partisans de l’opposition, qui protestaient le 31 août 2016 contre la victoire d’Ali Bongo Ondimba.

Les sinistrés s’organisent

Au marché Banane, au PK 8 à Libreville, 141 magasins et 198 boxes de commerce ont été vandalisés. Ici les pertes sont estimées à 7 milliards FCFA. Les commerçants du marché Banane se sont regroupés en « collectif de sinistrés », afin de réclamer réparations auprès de l’Etat. « Nous avons tout perdu et réclamons réparations », a dit Clément Ndjota, président du collectif des opérateurs économiques  sinistrés de ce marché. Selon M. Ndemba, gérant de cet espace commercial dédié surtout aux femmes, plus d’une centaine de commerçantes ont déjà établi leur bilan des pertes par un huissier de justice. Dans d’autres quartiers de la capitale gabonaise et à l’intérieur du pays, notamment à Port-Gentil et Oyem, de nombreux acteurs économiques vandalisés  sont encore à la recherche de nouveaux capitaux d’investissement, afin de relancer leurs activités. «  Mon magasin a été pillé dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2016. J’ai tout perdu. Je suis à la recherche de nouveaux financements, en vue de la réouverture de mon établissement, explique Ibrahim So. J’ai vécu un véritable cauchemar. Des jeunes armés de machettes ont pillé, sous mes yeux, mon magasin, emportant entre autres des sacs de riz, des bidons d’huile et du matériel électro-ménager».

« On risque de fermer l’établissement s’il n’y a pas un retour rapide des activités. »

L’un des secteurs économiques les plus touchés, l’hôtellerie. « Le calvaire a débuté avec l’ouverture de la campagne présidentielle. Après les émeutes du 31 août 2016, nous n’avons plus reçu de client. Par crainte de répétition du scénario chaotique qui a précédé la proclamation des résultats de la présidentielle par la SENAP, la direction de l’établissement a mis les personnels en congés techniques d’une semaine, à la veille de l’annonce du verdict de la Cour constitutionnelle », a confié, sous couvert de l’anonymat, un responsable du service comptable d’un luxueux hôtel de la capitale gabonaise. Notre source ajoute : «  La célébration des mariages ici constitue le gros de nos revenus, qui nous rapportent près d’une vingtaine de millions FCFA par week-end. Malheureusement, depuis le mois d’août, aucun mariage n’a été organisé dans notre hôtel en raison des événements politiques. On risque de fermer l’établissement s’il n y a pas un retour rapide des activités. » « C’est vraiment la galère en ce moment. Tous les services sont au point mort », a déploré pour sa part Vanessa, hôtesse à l’hôtel Excellence de Libreville.

Suspension des prélèvements de taxes municipales pour une durée indéterminée à Libreville

Pour soutenir les opérateurs économiques de la ville de Libreville, victimes de la crise post-électorale, la mairie de Libreville a décidé de la suspension  des prélèvements de taxes municipales pour une durée indéterminée.  L’Hôtel de ville a mis en garde les contrôleurs indélicats : «Toute personne physique ou morale effectuant des contrôles ou toutes autres activités de recouvrement durant cette période, s’expose à des sanctions prévues par les lois et textes en vigueur. »  La reprise des activités de recouvrements des taxes fera l’objet d’un communiqué officiel, ont annoncé les autorités municipales.

En attendant, les caisses de l’Etat ne risquent pas d’être renflouées de sitôt. Félix Onkeya, secrétaire du comité de privatisation au ministère de l’économie a fait sa savoir que la crise post-électorale, que traverse le Gabon en ce moment impacte également négativement le secteur sensible des taxes douanières et des impôts. Il a invité les acteurs politiques du pays au respect de la légalité constitutionnelle et des institutions de la république, pour garantir un climat de paix, lequel devrait « favoriser la reprise rapide des activités économiques » tout en « rassurant les investisseurs nationaux et étrangers » qui animent l’économie du pays.

« Nous attendions d’importants investissements étrangers. Aujourd’hui tout est mis en stand-by. »

De quoi fragiliser davantage les finances du pays déjà marquées par la chute des cours du baril du pétrole sur les marchés, qui s’était traduite entre autre par de nombreux licenciement chez les pétroliers. « Il faut que la situation politique s’apaise très vite pour que les affaires reprennent et surtout donner des signaux forts de normalisation de la situation à l’extérieur », exhorte le directeur d’une institution publique- privé. Avant d’ajouter : « Nous attendions d’importants investissements étrangers. Aujourd’hui tout est mis en stand-by. »

Avec l’annonce du nouveau gouvernement, dit « d’ouverture », conduit par l’ancien ministre des affaires étrangères, Emmanuel Issozet Ngondet, « nous allons très vite reprendre le travail », indique une source proche des autorités. « Nous n’avons plus le droit à l’erreur !»


 

Pierre Eric Mbog Batassi

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