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Gabon : La CAN 2015, un frein pour l’économie ?

Pour une bonne partie de la population de la Guinée Equatoriale, l’organisation de la coupe d’Afrique des nations (CAN) dont le coup d’envoi a été donné le 17 janvier dernier à Bata n’est pas opportune pour l’économie du pays. Ponciano Mbomio, avocat équato-guinéen, dans un entretien à l’AFP, affirme sans détour que la CAN 2015 « va générer une crise économique » dans le pays. Le budget de l’Etat est déficitaire en 2015 et le contexte macroéconomique, marqué par la baisse du prix du baril du pétrole, est négatif.

Risque d’exacerber les difficultés économiques

Selon l’avocat, qui reprend l’opinion d’un pan de la population, l’organisation de la CAN ne fera qu’exacerber les difficultés économiques du pays, lequel tire l’essentiel de ses ressources de l’exploitation pétrolière. Pour créer une mobilisation massive autour de l’événement, le Président Teodoro Obiang Nguema a offert 40 000 billets de stades à ses compatriotes économiquement faibles et a demandé aux riches du pays de suivre son exemple. Le ministre de l’Education a offert 35 000 billets aux collégiens et étudiants, pour 38 000 euros. Les chefs d’entreprises ont été invités à payer les tickets de stade à leurs employés, alors que les fonctionnaires doivent acheter chacun 6 places pour les matchs disputés dans leur ville, selon la presse locale. Les prix des tickets varient de 500 francs à 15 000 francs CFA. Le Président équato-guinéen a souligné la nécessité de remplir les stades,  afin que l’argent rentre dans les caisses de l’Etat. Oui au panafricanisme ! Oui pour sauver la CAF ! Mais il faut renflouer les caisses de l’Etat pour soutenir l’effort de développement du pays après la compétition et surtout pour s’adapter à la nouvelle donne économique mondiale née de la chute du prix du baril du pétrole.

Les principales dépenses de la Guinée Equatoriales dans l’organisation de cette CAN, il faut le souligner, sont surtout en rapport la logistique, l’hébergement des équipes et des délégations étrangères, la restauration et le transport. Sans oublier la réhabilitation des infrastructures sportives et des équipements collectifs. Le Groupe Orange, sponsor titre de la CAN partage certaines charges avec le pays hôte. Ce qui explique la présence de la marque Orange dans les stades équato-guinéens et dans les pays africains où le Groupe est présent.

La CAN, une aubaine pour les commerçants 

Sur un tout autre plan, il faut souligner que l’organisation de la CAN stimule l’économie dans le pays d’accueil et les capitales africaines. Les bénéficiaires sont notamment les promoteurs immobiliers et les tenanciers des hôtels, les restaurateurs et les commerçants de détail. Des hôtels entiers sont parfois réquisitionnés par des équipes, lors des phases de préparation, des stades d’entraînement aussi. Et, cela avant la compétition. « Nous avons apprécié le fait que des équipes africaines viennent passer des jours dans notre hôtel lors de leurs stages de préparation, avant de rallier la Guinée Equatoriale. C’est une bonne initiative. L’argent de l’Afrique doit rester en Afrique », a déclaré un peu heureux, un gérant d’un hôtel de Libreville.

« Les jours des matchs des Panthères nous faisons régulièrement de bonnes affaires depuis le début de la compétition. La CAN est une aubaine pour nous. Nous vendons entre autres, les drapeaux gabonais, les T-shirts aux couleurs de l’équipe nationale, les casquettes et les maillots portant les noms des meilleurs joueurs gabonais. J’ai fait une recette de 300 mille francs au lendemain de la victoire du Gabon contre le Burkina Faso », a déclaré Pamphil Edou, commerçant au marché Mont-Bouet de Libreville.

Par Pierre Eric Mbog Batassi