ActualitéArchives

Gabon « Depuis trois ans nous inversons la tendance »

En marge du Forum franco-africain pour une croissance partagée, Alain-Claude Bilie By Nzé, Porte-parole du Président du Gabon Ali Bongo Ondimba, rencontrait une trentaine de journalistes représentants les médias panafricains autour d’un déjeuner à l’African Lounge, dans le 16ème arrondissement parisien. Une rencontre organisée par le Club de l’Information Africaine. Croissance inclusive, climat politique, élections… Tous les sujets auront été évoqués… sans langue de bois !

Ces derniers mois, l’actualité socio-politique du Gabon fait la une des médias panafricains au détriment des prouesses économiques réalisées par ce petit pays d’Afrique centrale d’à peine 1,5 millions d’âmes. L’organisation du Forum franco-africain pour une croissance partagée à Paris, auquel participait le président Ali Bongo Ondimba (ABO), aura été l’occasion pour son porte parole, Alain-Claude Bilié By Nzé, de rencontrer les représentants de la presse panafricaine en terrain neutre et de préciser un certain nombre de points. En commençant par parler d’économie !

                                                            8,5% de croissance en 2015

« Quand le président Ali Bongo Ondimba arrive au pouvoir, rappelle le porte-parole, le Gabon affiche un taux de croissance de -0,5%. Entre 2010 et 2014, il enregistre une croissance moyenne de 6%. » Avec des prévisions de l’ordre de 8,5% de croissance pour 2015. « Malgré le retard pris depuis trois ans nous inversons la tendance. » Grâce à la feuille de route suivie depuis l’arrivée au pouvoir d’ABO, Plan Stratégique Gabon Emergent (PSGE), qui se décline en trois axes, Gabon industriel, Gabon des services et Gabon vert, et dont la vocation est de poser les bases de l’émergence, fixée à 2025.  Ce qui semble en voie d’être réalisé à en croire la dernière analyse de Coface, le leader de l’assurance-crédit Coface, qui maintient le Gabon dans le top 10 des pays d’Afrique subsaharienne à un niveau B du « risque-pays » ; il figure à la première place des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). « Le potentiel de résilience et de rebond d’une économie gabonaise sur la voie de la diversification et de l’intégration dans les chaines de valeur, ceci en période de baisse de prix sur le baril de pétrole » commence l’analyste. De quoi conforter les autorités gabonaises dans leurs orientations économiques.

                                                                     30% de pauvreté

Reste que, comme ailleurs sur le continent, cette croissance est insuffisamment partagée sachant que 30% des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté admet Alain-Claude Bilié. « Cela tient à deux facteurs. Le premier, la structure de notre économie. Quand vous avez une économie extractive, d’exportation, vous ne créez pas assez de richesse pour partager avec les populations et créer des emplois, c’est pourquoi on a pris le pari de changer la nature de notre économie et d’aller vers une économie de transformation, plus diversifiée, afin de générer in fine une croissance inclusive. » Second facteur, poursuit le porte-parole, « vous avez une population qui depuis 40 ans connaît un décrochage. Cela ne se règle pas en trois ans de croissance, il faut une perspective de 10 à 15 ans pour inverser la courbe. »

                                          Chute des cours du pétrole : un impact limité

En attendant, le processus de diversification commence à porter ses fruits : l’impact de la chute des cours du pétrole aura été limité au Gabon, précisément parce que d’autres niches de croissance ont été développées, dans le secteur bois notamment qui affiche 17% de croissance. « Ce que nous essayons de faire : maintenir l’équilibre macro-économique mais en même temps trouver des poches d’économie dans le fonctionnement de l’Etat. Il va y avoir des mesures drastiques pour réduire le train de vie de l’Etat et maintenir l’investissement qui va porter la croissance du Gabon pour les prochaines années. »

                                                                      L’affaire Total ?

« Il n’y a pas d’affaire Total au Gabon » a-t-il assuré. « Il y a au Gabon un audit du secteur pétrolier. L’administration fiscale a initié un contrôle fiscal ce qui est quelque chose de basic dans tout pays. Total conteste certains éléments, on arrive à un arbitrage. » Le secteur pétrolier gabonais est en effet en pleine refonte : l’Etat a établi de nouvelles règles du jeu afin que le secteur participe davantage au développement socio-économique du pays. Ce qui n’est pas du goût de tous…

                                                       Industrialisation en 2025 ? 

« Il y a des pays émergents qui ne sont pas des pays industriels » souligne le porte-parole avant d’ajouter : « Les industries il faut les regarder au regard des potentiels d’un pays. » En ce qui concerne le Gabon «  on ne pourra pas industrialiser sans énergie ». D’où les projets en cours sur le barrage  hydroélectrique du Grand Poubara, barrages du grand Nord et du Sud Ouest… « Il faut d’abord régler la question énergétique, insiste-t-il. Mais il est vrai qu’il n’y aura pas d’émergence sans industrialisation. C’est pourquoi l’accent a été mis sur l’industrie. » A ce titre, des mesures ont été prises pour accélérer le développement industriel, dont le nouveau code des infrastructures et le fond gabonais stratégique. « Pour être conforme à nos ambitions ».

                                                           Emploi des jeunes : la priorité

Sur cette question, « priorité du chef de l’Etat », plusieurs chantiers ont été entrepris, dont l’incubateur des entreprises. « L’incubateur a été initié et fonctionne. Les premières entreprises ont été accueillies. » Par ailleurs, le secteur bancaire a été invité à faciliter l’accès aux crédits. « Mais le problème, notamment pour les jeunes, c’est l’accès à la formation. » Dans ce sens, des actions ont été entreprises avec le soutien du secteur privé, pour permettre à des jeunes d’effectuer des stages en entreprises, celles-ci bénéficiant au passage de mesures fiscales.

   Elections : « Ni modifications du calendrier, ni changement de la Constitution »

« Le calendrier est fixé : des élections auront lieu fin 2016 au Gabon. » La présidentielle sera alors peut-être couplée avec les élections législatives. « Mais on n’en n’est pas encore là. Depuis 1995, le Gabon a mis en place une commission électorale autonome est permanente. Mais nous faisons face à deux problèmes concernant l’état civil. Une dizaine de milliers de Gabonais naissent sans extrait de naissance ; de même des dizaines de milliers de Gabonais ne disposent pas de carte d’identité. C’est un challenge pour nous à relever pour que tout le monde puisse voter. » Et de rassurer : « Si Ali Bongo est candidat à sa succession, on verra, mais les élections auront bien lieu, pas de changement de calendrier ni de constitution. »

                   Tensions politiques : Réhabilitation de l’Union Nationale

Allusion à l’agitation qui gagne le pays depuis décembre, suite à la publication du livre de Pierre Péan, Nouvelles affaires africaines, dans laquelle il remet en cause le certificat de naissance d’ABO. « C’est un auteur français qui exerce dans un pays où il est interdit de faire des recherches sur l’origine de quelqu’un… quand il s’agit de l’Afrique on est toujours prêt à dépasser toutes les limites. Ceci est simplement  scandaleux de concevoir tout un livre pour parler de l’origine de quelqu’un. Ça rappelle de tristes souvenirs, les Tutsi au Rwanda, l’ivoirité en Côte d’Ivoire. Et le Gabon ne veut pas connaître cela. Les manifestations de décembre avaient pour origine ce livre, et les acteurs de l’opposition brandissaient ce livre telle une bible, s’ils n’ont rien d’autres à proposer aux Gabonais que l’extrait de naissance du président… » En attendant, le parti de l’Union nationale d’André Mba Obame a été de nouveau autorisé, signe de la volonté du pouvoir en place d’apaiser le climat politique selon Alain Claude Bilié. « On a mis en place depuis les accord de Paris ce qu’on appelle le conseil national de la démocratie (CND), qui sera mis en place avant mars prochain. Pour permettre aux acteurs politiques de se retrouver et des discuter. Mais il faut choisir de quoi on parle. Lorsqu’il s’agit des problèmes du Gabon, le président est disposé à en discuter, tout autre débat n’a aucun intérêt. » Et de rappeler au passage l’histoire de Libreville, fondée en 1849 par des esclaves affranchis. « Les Gabonais sont tous le fruit de ce métissage. Qui peut prétendre être 100 % Gabonais ? Si ce n’est les pygmées peut être… »

                                     Décès d’un manifestant : une enquête en cours

Enfin, sur le décès d’un jeune homme au cours d’une manifestation, le porte-parole déplore que : « quand en France un manifestant décède, c’est une bavure policière, au Gabon, c’est un assassinat. » Puis, après avoir préciser que la dite manifestation avait été interdite pour les risques qu’elle présentait en matière de troubles à l’ordre public, il déclare : «  une autopsie a été effectuée, elle a démontré que le jeune homme a effectivement été tué mais non par une arme policière ou de gendarmerie. Une enquête est en cours. »


Par Dounia Ben Mohamed