Sommet Francophonie 2022@Alex Tharreau-OIF.
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Francophonie : place à l’économie ! 

Le grand RDV de la Francophonie,  maintes et maintes fois reporté en raison de la Covid mais également de l’instabilité qui prévaut en Tunisie, s’est finalement tenu les 19 et 20 novembre, à Djerba. L’occasion pour ses membres de réaffirmer l’orientation amorcée. A savoir, s’appuyer sur les valeurs qui unissent les pays francophones et renforcer la coopération en misant notamment sur le numérique. 

Par Lilia Ayari 

Réélue, Louise Mushikiwabo maintient le cap. En effet, dès son arrivée aux commandes de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), la Secrétaire générale de la Francophonie fraichement élue avait appelé, présidant en mars 2019, et pour la première fois, le  Conseil Permanent de la Francophonie (CPF), à un « renouveau de la francophonie ». Après avoir procédé à un audit d’une institution jugée par beaucoup vieillote et figée dans des mécanismes “francophones”, la Rwandaise reveille et restructure la machine. Au menu de son programme, une “mise à jour” de l’Institution et des priorités : la langue française, les droits de l’Homme et la démocratie, l’éducation et l’emploi des jeunes, le numérique et l’égalité femme-homme, la coopération et l’échange de bonnes pratiques. 

A l’issue d’un premier mandat, marqué par de nombreuses crises _ covid, coups d’état au Sahel et en Guinée entre autres_ c’est forte de son premier bilan qu’elle est réélue pour un second round, en marge du XVIIIe Sommet de la Francophonie, qui s’est tenu les 19 et 20 novembre derniers à Djerba, en Tunisie. 

Une “nouvelle mise à jour”

L’occasion d’une nouvelle “mise à jour” de l’Institution qui a célébrée l’année dernière son cinquantième anniversaire, par la Secrétaire générale de la Francophonie à travers la présentation à ses pairs de son rapport aux chefs d’Etat et de gouvernement. Lequel fait précisément le bilan de son action à la tête de l’OIF depuis 2019. Lequel a été résumé ainsi : une programmation plus resserrée pour une action plus pertinente, une légitimité accrue de l’organisation sur la scène internationale, des processus de gestion et de gouvernance plus efficaces. 

Louise Mushikiwabo, réélue pour un second mandat à la tête de la Francophonie@Alex Tharreau-OIF

A la suite de quoi,  les Chefs d’Etat et de gouvernement francophones, réunis dans un format inédit, ont débattu des priorités de la Francophonie. Ils ont notamment abordé la question du numérique comme vecteur de développement et de solidarité – thème du Sommet –, le rôle des femmes et des jeunes en tant que vecteurs de paix et acteurs de développement, ou encore le contexte de défiance citoyenne croissante.

A l’issue de leurs travaux plusieurs textes normatifs ont été adoptés, qui dessinent les contours de la Francophonie de l’avenir. A commencer par le « Cadre stratégique 2023-2030 », qui fixe de nouveaux objectifs stratégiques pour une coopération multilatérale francophone toujours plus pertinente. Ainsi que la « Déclaration sur la langue française dans la diversité linguistique de la Francophonie », dans laquelle les signataires s’engagent à promouvoir davantage l’usage du français dans l’espace francophone et au-delà. Enfin, le « Règlement relatif à la procédure d’adhésion ou de modification de statut d’un État ou gouvernement auprès de l’OIF », qui entérine la réflexion sur l’identité et l’appartenance à la Francophonie. 

Deux textes politiques reflètent également les échanges et la recherche de consensus entre les Etats et gouvernements de l’OIF sur les grands enjeux mondiaux et les situations de crise dans l’espace francophone : la « Déclaration de Djerba » et la « Résolution sur les situations de crise, de sortie de crise et de consolidation de la paix dans l’espace francophone ».

Autant de documents qui constituent la feuille de route des quatre années à venir de la Francophonie, avec à sa tête Louise Mushikiwabo. 

Accélérer l’orientation économique 

Autrement dt, on maintient le cap fixé par la Secrétaire générale et on accélère le rythme. Surtout, on confirme l’orientation amorcée mais pas encore rééllement engagée : s’appuyer sur le socle commun qui réunit les pays de la Francophonie, à savoir la langue française, la culture, et les valeurs communes, et on renforce la coopération entre les pays en s’appuyant sur l’économie et sur le numérique. 

Une idée déjà exprimée en 2016 lors de la Première journée de la francophonie économique et numérique et qui répond à une attente, une demande mainte fois exprimée par les membres de la Francophonie, à l’occasion du RDV annuel des « Rencontre des entrepreneurs francophones (REF) » notamment. Lesquels aimeraient bénéficier davantages comparatifs, en tant que francophones, dans l’espace francophone. Autrement dit, s’inspirer du Commonwealth, unis avant tout par des intérêts, et des avantages, économiques. 

Mais si l’idée semble largement partagée, la mise en pratique reste complexe. Les pays de l’espace francophone étant déjà liés par d’autres accords économiques. (Lire l’interview de Geoffroy Roux de Bézieux “La francophonie économique, un des piliers de la croissance de nos pays”).

“Alors que la population du continent va doubler, plus que jamais l’avenir de la francophonie s’écrira avec l’Afrique… ou ne sera pas”

Reste, et le challenge se situe à ce niveau, à renforcer le socle commun, loin d’être acquis. Si le nombre de francophones s’établira entre 500 et 800 millions d’ici 2070, près de 80 % d’entre eux vivront en Afrique(Lire l’Etude : Langue française dans le monde : 62 % des locuteurs en Afrique). Or sur le continent, comme ailleurs dans le monde, la langue française est de plus en plus challengée par l’anglais. Avec des pays qui n’hésitent plus à passer du français, langue officielle, à l’anglais. Ce qui fut le cas du Rwanda, même si le français fait son retour dans les établissements scolaires (Lire notre Reportage Rwanda : le français retourne à l’école), est désormais du Gabon. 

Une certitude toutefois : alors que la population du continent va doubler, plus que jamais l’avenir de la francophonie s’écrira avec l’Afrique… ou ne sera pas. Alors que le français est la quatrième langue la plus parlée dans le monde, derrière l’anglais, le chinois et l’espagnol, d’ici à 50 ans, le français sera parlé par 477 à 747 millions de personnes dans le monde, se hissant ainsi en troisième position. En attendant, le rendez-vous a été donné en 2024, en France, pays désigné pour accueillir le XIXe Sommet de la Francophonie. Terre natale de la langue française. Autrement dit, retour aux fondamentaux. 

Voir ou revoir la cérémonie d’ouverture.

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