François Locoh-Donou
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François Locoh-Donou : Des télécoms à l’agro-transformation

Cadre international en télécommunications, souriant, affable, la tête toujours pleine d’ambitions “révolutionnaires” pour le capitalisme made in Africa, François Locoh-Donou, Togolais de la diaspora, ambitionne de faire de l’agro-transformation un vivier de croissance pérenne pour l’économie africaine.

François Locoh-Donou, jeune Franco-Togolais de 45 ans, est actuellement en charge des réseaux optiques de transport de données au sein de la multinationale CIENA (spécialiste des solutions optiques de paquets). Il y occupe très précisément le poste de Senior vice-president global products, après y avoir chapeauté la section Europe. Il a en outre été Country manager en Allemagne. Locoh-Donou a rejoint la CIENA depuis 1997.

Ce parcours hors-pair d’un Togolais dans l’univers des télécoms à l’international ne l’empêche pas de faire grandir un autre projet qui lui tient particulièrement à cœur : miser sur l’agro-transformation pour apporter sa pierre à l’édification d’une Afrique émergente, et indirectement un Togo plus développé. 

Après une expérience peu concluante dans l’élevage de volailles (dans une ferme nommée “Ferme de l’espoir”), ce métis franco-togolais, résidant aux USA, pétrit depuis 13 ans un autre projet agricole au nom évocateur : “Cajou Espoir”. Il s’agit d’une PMI, implantée à Tchamba, ville située à 400 km de Lomé, nord-Togo, spécialisée dans la transformation de l’anacarde dont il est à la fois le fondateur et l’actionnaire principal. 

“Cajou Espoir” est d’ailleurs la première usine de transformation de noix de cajou au Togo. Le lancement et la consolidation des activités de “Cajou Espoir” relèvent à la fois d’un investissement personnel de cet ingénieur télécom et du succès d’un montage financier. “Une somme de prise de risques” dans laquelle ce cadre de la CIENA aime habituellement se sublimer. Comme le prêt dont a bénéficié sa PMI auprès de la BIDC (banque de la CEDEAO, Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest) s’élevant à 1milliard 200 millions de FCFA. Le montant de ce prêt mis à la disposition de “Cajou Espoir” par cette banque régionale constituait une grande première pour un investisseur agricole privé en Afrique de l’Ouest.

Alliant rigueur et efficacité dans tout ce qu’il entreprend, François Locoh-Donou a, selon toute vraisemblance, misé juste en s’investissant dans l’agro-transformation, car les performances de “Cajou Espoir” sont loin de le décevoir. Depuis 2012, cette PMI a à son service plus de 550 personnes en milieu rural (dont 80% de femmes). En 2012, elle a réalisé 1.200.000 euros de chiffre d’affaires et exporté 1.500 tonnes de noix semi-transformées. 

A l’heure actuelle, cette entreprise s’est inscrite dans une dynamique de résultats allant crescendo, sur la base d’un pari bien déterminé à relever : atteindre le pic de production de 6 mille tonnes/an et viser un revenu à moyen terme de 2 à 4 milliards de FCFA/l’an. Ou encore créer une chaîne de 10.000 emplois au Togo via 10.000 tonnes/an de production d’anacarde au cours des prochaines années. 

L’environnement agricole togolais met l’atteinte de ces résultats sus-énumérés à la portée de “Cajou Espoir”. 

Près de 6.000 tonnes de noix de cajou sont récoltées annuellement au Togo, selon des chiffres d’experts agricoles locaux. Les perspectives sous-régionales et internationales dans ce secteur agricole sont également prometteuses pour «Cajou Espoir» qui exporte l’anacarde semi-transformée aussi bien dans des pays africains qu’occidentaux.

“L’agro-transformation, et tout singulièrement celle de la noix de cajou peut apporter une plus-value non négligeable à la croissance africaine. Transformer sur place 25% de la production de cajou en Afrique générerait localement plus de 100 millions de dollars/an au monde agricole”, assure l’Alliance africaine pour le Cajou (faîtière de plus de 180 entreprises dans ce domaine, représentant tous les acteurs de la chaîne de valeur de cette filière).

“Les taux d’emprunt trop élevés et l’obtention de prêts trop procédurière” sont les majeurs goulots d’étranglement à lever pour accélérer la prospérité et le dynamisme des PMI en Afrique, souligne Locoh-Donou, grand passionné de littérature et surtout de football, en évoquant les grands écueils auxquels fait face son entreprise agricole.

Un Rapport de la Banque Mondiale renforce sa foi dans l’agriculture. Des perspectives prometteuses s’offrent d’une manière générale à l’agro-transformation africaine au cours des décennies à venir, souligne une étude de cette Banque intitulée “Libérer le potentiel du secteur agro-alimentaire africain”. A condition, recommande la même étude, que les acteurs de ce domaine “parviennent à élargir leur accès à des fonds supplémentaires, à l’électricité, à une meilleure technologie et des terres irriguées, sous réserve que les gouvernements africains puissent travailler étroitement avec les exploitants agricoles, afin de répondre aux besoins de leurs populations urbaines sans cesse croissantes».

Réaliser de bons chiffres d’affaires en gérant une entreprise sociale

François Locoh-Donou et ses proches collaborateurs à “Cajou Espoir” ne se définissent pas comme des entrepreneurs classiques, mais plutôt comme “des ouvriers de l’espoir”. Se voulant des architectes d’une “succes story” progressive et certaine à la togolaise dans le monde agricole international, ces promoteurs sont persuadés de contribuer discrètement mais efficacement à l’autonomisation de la femme rurale en intensifiant leurs investissements à Tchamba. 

Une approche de la gestion de l’entreprise qui les a amenés à avoir comme devise : “On ne se rassasie pas gloutonnement devant ceux qui ont faim!” Une philosophie de l’entreprise qui a une finalité toute simple : “Ne pas créer tout simplement une entreprise, mais un modèle de capitalisme à l’africaine”. “Il faut que l’implantation de structures comme “Cajou Espoir” apporte à ses riverains autre chose que la simple création d’emplois. Même si le “développement de l’Afrique, aux yeux des dirigeants de cette usine, passe nécessairement par l’épanouissement d’un secteur privé dynamique !” Nous avons contribué à implanter à Tchamba une crèche, et ses prévisions sont variées pour améliorer le quotidien des habitants de cette cité”, précise l’ingénieur télécom de recherche, qui a passé les quinze premières années de sa vie au Togo, avant de rejoindre la France où il s’est formé à sa profession actuelle (à Marseille et à Paris). Puis à Stanford, dans la Silicon Valley (aux USA).

François Locoh-Donou
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Par Edem Gadegbeku

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