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Forum africain d’Alger, Premier coup d’essai

Malgré quelques couacs, le forum africain d’Alger, qui s’est tenu du 3 au 5 décembre dans la capitale algérienne, marque un tournant pour le pays : son retour sur le continent. Et plus seulement sur le plan diplomatique mais également économique. Avec une stratégie qui reste à définir. Le forum aurait pu en être l’occasion. Manquée. A l’image d’un pays qui hésite encore à se tourner vers son continent…

« Depuis quelques semaines, c’était le mot en Afrique : « RDV a Alger » ». Ce mot d’introduction signé par le Camerounais Constant Nemale, PDG d’Africa 24, animateur de la table ronde d’ouverture, est à peine exagéré. L’organisation à Alger d’un forum africain, le forum africain d’investissements et d’affaires plus précisément, du 3 au 5 décembre, dans les tuyaux depuis un an, mais réellement organisé depuis un mois, a suscité curiosité et intérêt. L’Algerie se tourne, ou plus exactement se retourne vers son continent. Il était temps en ont jugé certains, compte tenu de l’histoire du pays, de son potentiel, même si pas encore exploité, de puissance régionale, et du rôle qu’il continue à jouer dans la plus grande discrétion sur la scène diplomatique, dans son pré carré notamment, le Sahel – une région qui depuis la disparition du Libyen Khadafi, déstabilisée, en appelle très souvent à Alger – ainsi que le rappelle Kaci-Kacem Ait Yala, Président du Forum des Chefs d’Entreprise International (FCE International) – puissante confédération patronale algérienne et organisatrice de l’événement – également président de la Chambre Algérienne de commerce et de l’Industrie en France (CACI France).

 

« L’événement est un signe de l’Algérie pour réaffirmer son positionnement africain. »

 

« L’événement est un signe de l’Algérie pour réaffirmer son positionnement africain. Il faut rappeler que l’Algérie a annulé les dettes de quatorze pays membres de l’Union africaine (UA) dans le cadre de l’initiative Pays Pauvres Très endettés (PPTE) dans un geste concret de solidarité africaine et sans exiger de contreparties. Ce geste d’entraide s’inscrit dans le cadre de la solidarité africaine et illustre la volonté politique du gouvernement algérien d’assumer pleinement son engagement en faveur de la promotion économique et sociale du continent. » Et de rappeler que l’Algérie a hébergé les plus grands leaders africains lors du Mouvement National de Libération, dont Nelson Mandela. D’ou la forte présence des Sud-Africains pendant le forum. Mais cela, c’était il y a plus de cinquante ans. Même si les relations diplomatiques sont restées très étroites, l’heure est à l’eco-diplomatie. Engagée dans un processus, laborieux mais réel, d’ouverture et de diversification de son économie, largement dépendant de la rente pétrolière, l’Algerie envisage à son tour de partir à la conquête des marchés africains.

 

« C’est comme si l’Algerie nous réunissait pour parler des défis de l’Afrique, mais sans y participer. »

 

Ce qui était précisément l’enjeu de ce forum. Organisée dans le tout nouveau et prestigieux Centre International de Conférences (CIC), la manifestation a réuni des personnalités originaires de l’ensemble du continent. Des acteurs publics, telle que la ministre des affaires étrangères kenyane, Amina Mohamed, ou privé, dont Didier Acouetey, président d’Africsearch. Energie, agriculture, entreprenariat des femmes et des jeunes, coopération sud-sud… Rien n’aura été oublié au programme. Si ce n’est peut être l’Algerie. Même si le premier ministre Abdelmalek Sellal a prononcé le discours d’ouverture, suivi par Ali Hadad, président du FCE ; a la table ronde d’ouverture, aucun représentant algérien. « C’est révélateur, observe un participant congolais, c’est comme si l’Algerie nous réunissait pour parler des défis de l’Afrique, mais sans y participer. » Une Algérie qui hésite encore à amorcer son virage continental. « Elle en a pourtant tous les atouts, poursuit l’homme d’affaire congolais, le réseau diplomatique, les ressources naturelles, je pense notamment à l’énergie qui fait défaut partout sur le continent sauf chez eux, une véritable expertise en matière de politique sociale, mais également sécuritaire…. » Reste à en franchir le pas. L’opportunité viendra peut être des suites de ce forum qui a tout de même réunit plus de 2000 chefs d’entreprises. « Des Algériens de la diaspora en grande majorité. Même si ce n’était pas la cible, c’est déjà cela de gagné, admet un membre de l’organisation. Les Algériens de l’extérieur cherchent de plus en plus à investir dans le pays mais sans en connaître les modalités, indique un membre du patronat. C’est l’occasion. Et peut être qu’eux, plus conscients de l’impératif d’aller en Afrique, nous pousserons dans ce sens. »

 

 « Compte tenu de son potentiel, on a tendance à ne rien pardonner à l’Algerie. Mais pour connaitre ce pays, je peux vous dire que c’est une grande première et le signe que l’Algerie change ! »

 

Pourquoi pas. En attendant, si la diaspora algérienne était surreprésentée, c’est surtout parce que les organises ont largement communiqué sur l’événement à Paris… Et moins, voir pas du tout, dans les capitales africaines. « C’est un coup d’essai manqué, juge un jeune entrepreneur algérois. Même s’ils y pensent depuis un moment, l’événement a été organisé à la dernière minute et compte tenu de l’enjeu, c’est impardonnable. L’Algérie est capable de tellement mieux. Et elle fait beaucoup mieux, même si elle n’était pas représentée pendant ce forum. » Allusion à l’absence de personnalités telle qu’Idriss Rebrab, PDG de Cévital, fleuron de l’industrie algérienne présent à l’international.  « C’est la première fois que nous organisons un événement de cette taille, avec plus de 3000 participants » confiait Ali Haddad, lors d’une conférence de presse « improvisée ». Même aveux pour la clôture : «  Nous avons fait des bêtises mais tout le monde en fait ». Une humilité certes louable mais qui aura fait grincer des dents à Alger. C’est le principal handicap de l’Algerie ainsi que le résumait un participant tunisien. « Compte tenu de son potentiel, on a tendance à ne rien pardonner à l’Algerie. Mais pour connaitre ce pays, je peux vous dire que c’est une grande première et le signe que l’Algerie change. Ça ne se voit pas encore mais les mois à suivre seront déterminants. »

 

La création d’un fond d’investissement africain

 

En effet, les actes posés dans les semaines et mois qui viennent seront décisifs. Alors qu’une centaine de RDV ont été pris dans les semaines prochaines entre des Subsahariens et des Algériens, en marge du forum, des protocoles d’accords signés entre les chambres de commerces africaines par exemple, avec la Mauritanie pour des projets dans la pêche et l’agriculture, ou encore avec un opérateur sud-africain dans le tourisme ; l’annonce d’échanges avec des banques de développement, dont la Banque islamique de développement, pour la création d’un fond d’investissement africain devant financer des projets interrégionaux dans les infrastructures, l’énergie ou les travaux publics, pourraient jouer le rôle de locomotive du retour d’Alger sur le continent. À suivre donc…


 

Par Dounia Ben Mohamed, en direct d’Alger.

 

 

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