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Focus Guinée : l’Institut Supérieur des Mines vise l’excellence

Le manque de main d’œuvre qualifiée en Guinée amène le gouvernement à faire de l’Institut Supérieur des Mines et Géologie de Boké, un Centre d’excellence africaine capable de préparer des titulaires en licence, master et doctorat. L’objectif est de mettre en place des solutions pratiques pour augmenter les capacités de formation professionnelle des structures existantes.

Par Abdoul Wahab Barry, à Conakry

Cette initiative à laquelle les pays de la sous-région se sont attelés il y a quelques années,  révèle d’un constat alarmant lié à la faiblesse notoire des capacités techniques et professionnelles des ressources humaines en Guinée et dans la sous région ouest Africaine. Il s’agit également de créer des opportunités d’investissement eu égard aux potentialités dont disposent les pays de la sous-région, pour la mise en œuvre des programmes et projets régionaux de développement dans plusieurs domaines.

Dans cette perspective, un projet sous-régional a été initié par les pays membres de l’Union du Fleuve Mano River Union, pour la création d’un Centre d’excellence émergent ‘’Mines et Société’’ à Boké (Guinée), située à 300 km au nord-ouest de Conakry.

L’objectif de ce Centre d’excellence, dont la formation portera sur les  Mines et son impact sur la Société guinéenne, est d’assurer la formation et la recherche d’excellence nécessaires à la planification et la gestion durable de l’activité minière en Guinée et à terme, dans la sous-région, de renforcer les capacités des acteurs locaux, ainsi que les enjeux liés aux relations entre mines et société pour répondre aux besoins dans ce secteur en plein essor.

Les attentes

L’investissement national important dans le secteur minier en Guinée engendre des attentes fortes de la part de la société guinéenne. De nouveaux acteurs nationaux et internationaux (indiens, chinois…) travaillent sur des terres jusqu’à présent inexploitées. Parallèlement, de nouvelles villes minières sont créées tandis que celles qui existent déjà subissent des pressions fortes liées à leur développement rapide et mal maîtrisé.

La formalisation d’une expertise locale d’excellence et à faible coût permettra aux entreprises minières d’augmenter de manière considérable leur compétitivité et leur rentabilité. Une entreprise comme la CBG, par exemple, qui est obligée d’envoyer ses cadres en formation à l’étranger pourrait économiser plus de 20 milliards de Franc guinéen (4,4M$) par an.

C’est à ce titre que le Centre d’Excellence « Mines et Société’ » (CEMS) favorisera la création d’une plateforme d’échange d’excellence propice au dialogue multipartite d’acteurs impliqués dans une activité minière durable au niveau national et international.

A travers  ses réseaux académiques et scientifiques, le CEMS pourra  accompagner les entreprises minières dans la mise en place d’une politique de responsabilité sociétale via la co-construction de modules de formation professionnels et la présentation de pratiques innovantes et durables.

Activités de recherche

Le CEMS conduira un programme de recherche et d’innovation dans le secteur minier dans le but de demeurer compétitif et suivre l’évolution mondiale dans ce domaine. La recherche du Centre d’Excellence se caractérisera par des liens forts avec l’industrie (recherche contractuelle).

En partenariat avec les acteurs scientifiques impliqués dans le consortium du CEA, le CEMS développera des programmes de recherche appliquée en lien direct avec les problématiques de l’industrie extractive de la République de Guinée et de la sous-région.

Un projet d’une envergure régionale                               

Les projets de Centre d’Excellence Africains (CEA) sont des programmes de spécialisation régionale qui favorisent le partage des ressources en matière d’éducation et de recherche, renforcent l’intégration régionale et l’internationalisation des institutions d’enseignement supérieure et rehaussent la mobilité des enseignants-chercheurs et étudiants de la région.

Les programmes de formations doctorales et de master du Centre seront accrédités par des organismes nationaux et régionaux ou internationaux comme le CAMES. Le Centre assurera le stage de perfectionnement des enseignants-chercheurs en entreprises et la formation postdoctorale. Ce qui leur permettra de suivre l’évolution technique et technologique du monde minier et d’améliorer le contenu éducatif des matières qu’ils enseignent.

La Banque mondiale, comme partenaire financier du projet

Depuis 2014, la Banque mondiale s’est engagée à appuyer les pays africains pour la création des 19 centres d’Excellence.

Déjà huit pays ont bénéficié l’accompagnement de la Banque mondiale, à savoir le Nigéria (70 millions de dollars), Ghana (24 millions), Sénégal (16 millions), Bénin, Burkina Faso, Cameroun et Togo (8 millions chacun), la Gambie bénéficiant quant à elle d’un crédit de deux millions de dollars et d’un don d’un million de dollars pour permettre à des étudiants, des enseignants et des fonctionnaires d’accéder, notamment via des formations de courte durée, à l’enseignement supérieur à travers les 19 CEA.

Dans cette optique que la Guinée devrait à son tour bénéficier de cet appui financier de la Banque mondiale dont le projet est en cours de finalisation.

Le coût du projet de réalisation de ce Centre d’excellence « Mines et Société’ » à Boké estimé à 4 000 000 de dollars US, dans sa première phase. Il sera cofinancé par l’Etat guinéen et la Banque Mondiale.

Selon Assane Dieng expert de la Banque mondiale, la Guinée regorge de beaucoup de talents, mais manque d’infrastructures de qualité qui pourraient qualifier son enseignement ou dépasser celui de la sous-région.

Pour Andreas Blom économiste, l’appui de la Banque Mondiale consiste à aider la Guinée à mutualiser les ressources afin de lui permettre de former ses étudiants et ses formateurs sur place, mais aussi pour que ses étudiants et autres des pays de la sous-région viennent étudier en Guinée.

L’impact du projet sur l’exploitation minière

La mise en place de ce projet phare vise à préparer suffisamment des cadres supérieurs de qualité, indispensables à l’économie de la Guinée, des Etats du Fleuve Mano et de l’Afrique.

Il permettra de développer des compétences locales capables de répondre aux besoins de plus en plus croissants en main d’œuvre qualifiée de l’industrie minière et d’améliorer la productivité du secteur minier guinéen.

 S’appuyant sur les retombées économiques du projet, le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique a clairement affirmé que la Transformation de l’Institut Supérieur des Mines et Géologies de Boké en Centre d’Excellence des Mines et Géologie va permettre à la Guinée de disposer de compétences pour pouvoir garantir l’amélioration du cadre d’investissement.

C’est pourquoi Abdoulaye Yéro Baldé espère que la masse de main d’œuvre minière sera apte à s’adapter facilement aux changements technologiques du monde industriel.

Si le financement de la Banque mondiale est approuvé en décembre 2018, ce Centre d’excellence dont les travaux avancent à grands pas, qui va accueillir des bacheliers d’un haut niveau ayant obtenu la mention « Très Bien », devrait ouvrir ses portes à partir de janvier 2019.

A noter que la république de Guinée détient une réserve importante de ressource minière dont la bauxite et l’or en exploitation intense, d’où la nécessité de mettre en place ce Centre d’excellence à dimension régionale.


 

Par Abdoul Wahab Barry, à Conakry