Adama Wade
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Financial Afrik Awards Adama Wade « Nous évoluons au gré de l’évolution de la finance africaine et du monde des affaires »

La 3e édition des Financial Afrik Awards est organisée à Dakar le 17 décembre, et reste un événement incontournable de l’économie africaine. Organisée en présentiel et de façon virtuelle, cette journée sera l’occasion de revenir sur une année 2020 bien compliquée, et, surtout, d’entrevoir le futur du monde financier africain. Adama Wade, directeur de Financial Afrik nous explique.

Par Simon Vermot Desroches

 

Pouvez-vous nous présenter cet événement. Pourquoi, il y a trois ans, avoir décidé de lancer les Financial Afrik Awards ?

Cet événement est la suite logique du développement du journal Financial Afrik. Nous sommes un journal qui traite de l’information financière stratégique donc de la vie des affaires en Afrique, avec un accent particulier sur l’Afrique francophone. La question de réunir tous ces acteurs une fois par an afin de traiter ensemble la problématique majeure de l’année s’est imposée d’elle-même. Pour cette édition 2020 à Dakar, le thème est, bien sûr, la pandémie de Covid-19, mais déclinée sous la forme d’accélérateur de la quatrième révolution industrielle. D’autre part, c’est l’occasion de décerner des trophées à ceux qui se sont distingués pendant l’année. Nous récompensons par exemple le ministre des Finances de l’année, le CEO de l’année, le financier de l’année… Cette manifestation évolue un petit peu à l’image du journal, d’année en année nous avançons au gré de l’évolution de la finance africaine et du monde des affaires.

Au-delà de la remise des prix, cet événement est surtout l’occasion de dégager les grandes tendances de la finance africaine. Qu’y a-t-il au programme cette année ?

Dans tous les panels nous traiterons de la thématique, la Covid-19, mais aussi et surtout de ce que cette pandémie a permis d’accélérer, sous différents angles. Par exemple juste après le panel ministériel qui sera dédié à la quatrième révolution industrielle et aux politiques publiques, nous avons un panel sur l’environnement des affaires et son évolution à la lumière des big data et de l’intelligence artificielle. Nous aurons également un panel sur la banque de demain, dématérialisée et là aussi c’est très important. Il y a beaucoup de Fintech, beaucoup de chercheurs qui travaillent, et la banque est appelée à changer. Enfin nous aurons un panel sur la bourse comme facteur d’inclusion et notamment la bourse en ligne.

Vous clôturerez cette journée par un panel d’économistes et de prévisions pour l’année 2021. Qu’attendez-vous de ce dernier panel ?

En effet le dernier panel est très important. C’est celui des économistes et là nous avons vraiment les meilleurs d’entre eux comme Thierry Apoteker. Il a accepté d’intervenir en ligne pour parler de la cartographie de l’évolution des risques-pays en Afrique en 2021. Nous avons aussi l’agence de notation Moody’s qui va traiter de l’évolution de ces notations. Un point très attendu compte tenu du débat sur la dette. Et nous avons les deux agences locales africaines Bloomfield et Wara, qui apporteront leurs lumières sur les monnaies locales. On s’attend à ce que ce panel soit particulièrement intense puisque là où les financiers sont portés sur la précision, les économistes utilisent des « missiles à longue portée » si je puis dire, pour explorer l’avenir. On espère ainsi donner des éclaircissements sur les opportunités d’affaires qui se présenteront en 2021, avoir des informations sur la relance et les intentions des opérateurs africains. 2021 sera-t-elle l’année de la relance ou de la résilience à nouveau ? De ce que l’on voit aujourd’hui, on sent qu’en mars prochain l’Afrique sera dans une phase de reprise après avoir essuyé un premier arrêt de la croissance, une première récession depuis des années.

Cet événement se déplace pour la première fois d’Abidjan vers Dakar. Ce déménagement est-il motivé par la nouvelle position que prend le Sénégal dans le monde des affaires Africain ?

Dans le monde francophone, il y a deux villes qui parlent vraiment au monde des affaires, ce sont Casablanca et Abidjan. Mais là encore, nous sommes dans une évolution logique. Dakar est en train de se positionner comme un hub, qui pourrait former un tandem avec Abidjan pour donner à l’Afrique un nouveau pôle des affaires. On le voit avec l’évolution rapide du Sénégal, avec la nouvelle ville de Diamniadio, un hub des affaires en devenir. On le voit aussi avec les nouvelles possibilités introduites par le plan Sénégal émergeant et sa nouvelle déclinaison, très inclusive et très ouverte vers l’UEMOA et l’Afrique. C’est finalement logique d’aller à Dakar cette année, et de pouvoir se dire qu’on peut aller dans une autre capitale africaine l’année prochaine.

Vous publierez également votre édition annuelle « Les 100 qui font l’Afrique ». Quelles évolutions voyez-vous au fil des années et que disent-elles des tendances de l’économie africaine ?

« Les 100 qui font l’Afrique », ce sont les 100 qui sont dans la transformation et dans l’impact. Donc ce sont des investisseurs, des entrepreneurs, des gens qui prennent le « risque Afrique ». Nous avons commencé cette liste en 2014 et nous voyons 60% de changements depuis. Il y a une image générale de l’Afrique qui ne change pas, toujours endettée, toujours en difficulté. Mais quand on s’y intéresse, on voit que l’Afrique est en mutation très rapide, ce qui ne change pas c’est son image. Alors bien sûr, les femmes et les jeunes ne sont pas extrêmement présents dans ces sommets de la finance qui sont très conservateurs, qu’ils soient à Paris, à New York ou à Dakar. Il y a toujours des gardiens du temple, et c’est peut-être là le défaut de la finance, mais on voit les Fintech arriver en force, les entreprises technologiques ou dans le secteur de la banque qui arrivent en force. Ce sont là très certainement les tendances de demain.

A quelques semaines de la fin de l’année, quel bilan tirez-vous de 2020 ?

2020 a été une année compliquée mais elle a montré une chose essentielle : la résilience de l’Afrique. La Covid a touché tous les pays du monde. Mais peut-être que si l’Afrique a eu moins de cas c’est à relativiser par rapport à une culture de l’ouverture. Une ouverture dans l’habitat dans les modes de vie et par rapport au concept philosophique de la mort qui est beaucoup mieux toléré en Afrique que dans les autres civilisations. Ce sont donc peut-être des ingrédients de cette résilience. Le zéro risque qui est présent dans les sociétés occidentales doit être revu. Peut-être apporte-t-il aussi des exagérations et la volonté des pouvoirs de vouloir 0 mort ce qui mène finalement à mettre en place des mesures de confinements et des milliers de personnes dans la rue ou au chômage. La question que je me pose est : est-ce que ces politiques mises en place un peu partout en Europe et en Amérique sont vraiment pertinentes ? C’est une question que nous devons tous nous poser, puisque si la Covid nous a appris une chose, c’est que nous tous, humains, sommes unis.

 

Pour s’inscrire au Financial Afrika Awards

https://www.financialafrik.com/inscription-ouverte-pour-les-financial-afrik-awards/

 

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