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Fespaco 2021 : L’industrie cinématographique africaine se renouvelle

La 27ème  édition du plus grand festival de cinéma d’Afrique a démarré le 16 octobre à Ouagadougou avec une sélection de 239 films en provenance de 50 pays. Et pour cette édition, le plus grand festival du cinéma africain, renoue avec ses origines et ses promesses. A savoir promouvoir un cinéma africain authentique, engagé… et rentable. Alors que le secteur pourrait contribuer à hauteur de 20 milliards de dollars au PIB combiné du continent selon une récente étude de l’Unesco.

Par Dounia Ben Mohamed 

Une édition de la « résistance ». C’est le mot d’ordre de cette 27ème  édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), grand-messe du cinéma africain, qui a démarré le 16 octobre dans la capitale burkinabé. « Résistance » car annulée dans un premier temps avant d’être reportée de huit mois, l’édition 2021 s’est finalement tenue malgré un contexte difficile, marqué par la pandémie de Covid-19 et la menace terroriste qui sévit dans la région. 

En dépit de toutes ces menaces et défis, la manifestation culturelle est donc lancée, sous le double signe de la résistance et du renouveau, ce denier attribut étant illustré par l’arrivée d’Alex Moussa Sawadogo, le nouveau délégué général du Fespaco. Burkinabé de la diaspora, le remplaçant d’Ardiouma Soma s’est fait connaître grâce au festival de films africains, « Afrikamera », créé en 2011 et organisé chaque année en Allemagne. Un pari artistique réussi pour lequel il n’a eu de cesse de porter le cinéma africain hors des frontières du continent. 

Nouveaux acteurs, nouvelles catégories, nouvelles ambitions

Autour du thème « Cinémas d’Afrique et de la diaspora : nouveaux regards, nouveaux défis » et avec pour invité d’honneur le cinéma sénégalais, la sélection officielle (qui a reçu 1132 films) compte cette année 239 œuvres, dont 70 en sélection officielle, en provenance de 50 pays, révélant ainsi toute la diversité du cinéma africain. De fait, l’édition 2021 du Fespaco a pu compter sur l’arrivée de nouveaux cinéastes, venus du Lesotho, de Namibie, de Somalie mais aussi d’Haïti ! Une manière comme une autre de célébrer l’héritage culturel africain, par-delà les océans et les continents.   

Le plus grand festival de cinéma d’Afrique a cherché également à innover cette année avec notamment une section « Fescapo Sukabè (« Fespaco enfants)», destinée au jeune public, ou une autre, « Burkina », établie pour promouvoir l’industrie cinématographique du pays des Hommes intègres. Un vrai enjeu économique quand on sait que les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel assurent actuellement 2 000 emplois directs et des revenus estimés à 2 millions de dollars dans la capitale du cinéma africain.

Une production cinématographique africaine en pleine croissance 

Plus largement, selon une récente étude publiée par l’Unesco et intitulée « L’industrie du film en Afrique : tendances, défis et opportunités de croissance », les secteurs précités assureraient actuellement 5 milliards de dollars de revenus annuels et emploieraient près de 5 millions de personnes sur le continent. L’agence onusienne pour l’éducation, la science et la culture rappelle toutefois, qu’en dépit d’une production « en pleine croissance ces dernières années », la filière pourrait créer plus de 20 millions d’emplois et générer 20 milliards de dollars de revenus en Afrique si elle « [atteignait] son plein potentiel ». Or, le continent ne détient qu’un écran de cinéma pour 787 402 habitants, révèle l’étude susmentionnée, ce qui en fait la partie du monde la moins pourvue en salles de cinéma. Sans parler des difficultés liées au piratage, à la liberté d’expression, à la formation et à l’accès à internet, qui sont autant de freins à l’essor du secteur. 

Les chercheurs de l’Unesco soulignent toutefois que l’équipement cinématographique numérique bon marché et les plateformes en ligne- qui permettent une distribution directe aux consommateurs, sans intermédiaire- ont donné naissance à une nouvelle économie pour les créateurs de contenus comme le montre le cas « Nollywood », l’emblématique industrie cinématographique nigériane, qui « avec environ 2500 films réalisés chaque année, a permis l’émergence d’une industrie locale de production et de distribution [fonctionnant] avec son propre modèle économique ». Au final, l’étude invite « les décideurs à prendre la mesure de la situation actuelle et à organiser de façon stratégique la croissance à venir ». 

Créer les conditions d’une industrie cinématographique continentale rentable

C’est précisément la vocation du Fespaco : au-delà de son rôle de vitrine du cinéma « Made in Africa », le festival a toujours eu pour ambition de créer les conditions d’une industrie cinématographique continentale rentable. En attendant, rendez-vous est pris pour le 23 octobre afin de connaître le successeur de Joël Karekezi- le dernier lauréat de l’Étalon d’or de Yennenga, attribué en 2019- et le choix du jury, présidé par le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako (César du meilleur film pour « Timbuktu » en 2015).  

Pour en savoir plus :

https://fespaco.org
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000379154

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