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Faites-vous vacciner ! Et l’Afrique ? On verra…

Alors qu’en Europe, on manifeste contre l’obligation vaccinale et la mise en place d’un passe sanitaire, en Afrique, on peine à se procurer le précieux vaccin. Une nouvelle illustration des inégalités dans les rapports de force Nord-Sud et de la faiblesse des systèmes de santé africains.  

Par Sérilo Looky*

La pandémie de coronavirus qui secoue le monde a touché la planète entière, et nul n’y a échappé de quelque façon que ce soit. Or, nous savons aujourd’hui que nous avons besoin d’une immunité planétaire pour que le monde puisse retrouver un semblant du fonctionnement d’antan. 

Pangolin, chauve-souris, labo fissuré, espion en manque de mission…Nous n’aborderons ici pas les causes possibles de cette crise sanitaire mais les raisons qui font que nous n’arrivons pas à trouver une solution qui puisse convenir à tout le monde. Et pourquoi au final, tout le monde travaille seul dans son coin et qu’une fois encore, les pays du Sud sont à la traîne ! 

« Les pays africains n’ont pas mis suffisamment de moyens en place pour le développement de leur système sanitaire » 

Les pays africains, et certains d’autres régions du monde, n’ont pas mis suffisamment de moyens en place pour le développement de leur système sanitaire. Résultat, aucun d’entre eux n’arrive à s’en sortir par ses propres moyens. Même l’Union Africaine a essayé, en mettant en place un groupe de personnalités, censé proposer des solutions et aider à la gestion de cette crise. Mais jusqu’à aujourd’hui, cet aréopage n’a pas fourni d’éléments probants pouvant aider l’organisation panafricaine à faire face à ce choc…

Tout cela, me direz-vous, ne fait pas avancer le « schmilblick », mais quand même. Pas de coopération interrégionale entre instituts médicaux, pas de vaccin “Made in Africa” par un laboratoire de renom africain (pardon, il n’en existe pas…) ! Au vu de ces défaillances en chaîne, il est donc normal que les pays africains se tournent vers leurs sources d’aides habituelles pour espérer trouver une solution a minima à cette crise. J’espère en tous les cas qu’ils ont remercié les cieux d’avoir été , pour une fois, les moins impactés. Car je ne sais pas si le fort engagement international autour de la fabrication de ces vaccins aurait été le même dans un scenario inversé, avec un Occident peu touché par la pandémie et un continent africain aussi affecté que ne le sont actuellement l’Europe et les Amériques !

Des questions demeurent alors. Quelles sont les ressources dont disposent réellement les pays africains pour assurer leur propre indépendance sanitaire ? Chaque nation du continent peut-elle vraiment faire un état des lieux en la matière ou, à tout le moins, pouvoir compter sur le soutien d’un État fort du Maghreb, de la puissante nation sud-africaine ou d’un autre pays « poids-lourd » de l’Afrique subsaharienne ? Ces interrogations restent pour le moment en suspens… Mais n’est-ce pas là, justement, que nous pouvons voir les manquements de nos politiques, au niveau de leur pays respectif ?

« La part des dépenses consacrées à la santé dans les pays africains est toujours ridicule comparée à d’autres budgets, tels que la Défense »

Si l’on se penche sur la dernière décennie et les dépenses consacrées à la santé dans les pays africains, on remarquera sans peine que la part relative de ce poste est toujours ridicule comparée à d’autres budgets, tels que la Défense. Dans ces conditions, nul ne s’étonnera qu’une personnalité publique africaine aille se faire soigner à l’étranger, dès qu’elle tombe malade ! C’est le meilleur révélateur de la confiance que les responsables de nos pays ont dans leur propre système de soins !

Quant aux populations africaines, elles ne peuvent que secouer la tête à la vue de ces comportements alors qu’elles continuent, elles, de se rendre dans des hôpitaux de fortune. Une fois encore, les décisions de nos dirigeants sont à l’opposé de ce qu’une politique sanitaire nationale raisonnée devrait être pour assurer le minimum à ses citoyens. 

« Conscients de la nécessité de changer la donne actuelle, notamment dans le contexte de la pandémie de Covid-19, beaucoup de pays ont lancé des programmes de couverture médicale universelle »

Conscients de la nécessité de changer la donne actuelle, notamment dans le contexte de la pandémie de Covid-19, beaucoup de pays ont lancé des programmes de couverture sanitaire universelle. “Mieux vaut tard que jamais”, me direz-vous. Mais avec un tel retard, le risque est grand d’intégrer des solutions devenues finalement obsolètes, à l’image de la révision récente – à la hausse- du nombre de doses de vaccin considérées comme nécessaires.     

Ainsi, alors que le “Faites-vous vacciner !” est le mot d’ordre scandé aujourd’hui par le monde entier, avec 2, 3 voire 4 injections pour avoir un “semblant d’immunité non certaine” (l’exagération est voulue !), les pays africains continuent de s’aligner pour recevoir leurs “pains quotidiens”(-> leurs aides habituelles) d’aide sanitaire. De fait, ce sont les pays européens, les États-Unis, la Chine et la Russie qui envoient ce qu’ils veulent de doses dites gratuites, c’est-à-dire une fraction des besoins totaux des pays concernés. 

« Une poignée de pays, tels que le Togo, arrivent à passer directement commande auprès des fabricants de vaccins pour combler leur retard en matière sanitaire » 

Nous noterons tout de même qu’une poignée de pays, tels que le Togo, arrivent à passer directement commande auprès des fabricants de vaccins pour combler leur retard en matière sanitaire. Nous ne pouvons qu’encourager ce pays- et d’autres- à poursuivre ses efforts, salués d’ailleurs par tous les observateurs internationaux comme un modèle dans sa gestion de la crise sanitaire. Reste à voir si ces efforts se concrétiseront également sur le terrain, via notamment  des programmes adaptés à la population.

En définitive, un vrai changement en matière de politique de santé en Afrique peut survenir…tout autant que le risque de ne voir aucune évolution poindre. La réalisation de l’une de ces deux possibilités dépendra du sentiment qui primera : ou bien la volonté de travailler en commun, dans le cadre d’alliances interrégionales ou, au contraire, l’individualisme, qui domine encore le cœur de nos gouvernants. Dans tous les cas, nous espérons que l’élan positif actuel des décisions prises par certains pays du continent pourra perdurer afin de contribuer à un changement en profondeur des habitudes sanitaires des pays africains.

*Sérilo Looky est le fondateur d’Alliance Diaspora, une structure qui vise à fédérer les initiatives des diasporas africaines en France. 

Pour en savoir plus : www.alliance-diaspora.org

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