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«Equilibrer les parcours professionnels »

Octave Nicoue Broohm,  ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche du Togo

Chaque année des milliers de diplômés sortent des deux universités publiques du Togo qui compte environ 56000 étudiants. Tous ces diplômés sont confrontés à la dure réalité du marché de l’emploi à cause de la problématique de l’inadéquation emploi-formation. Le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche du Togo, Octave Nicoue Broohm, évoque les différentes mesures prises par les autorités togolaises pour renverser la tendance.

ANA : Chaque année des milliers de jeunes diplômés sortent des universités  du Togo. Mais, ils font face à beaucoup de difficultés pour trouver de l’emploi à cause de la problématique de l’inadéquation emploi-formation.  Que font les autorités togolaises pour lutter contre le chômage des jeunes diplômés ?

Ministre de l’ESR : Le gouvernement togolais met en place toute une batterie de mesures pour lutter convenablement contre le chômage des jeunes diplômés. Il s’agit de former en amont beaucoup plus efficacement les jeunes afin que leur insertion dans la vie professionnelle soit plus aisée. Le chômage est, en effet, une réalité dans notre pays comme dans bien d’autres sur le continent. Mais ce problème est beaucoup plus préoccupant dans notre pays. C’est pour cette raison que le gouvernement attaque ce problème de fond en mettant en place une stratégie multiforme visant d’abord à encourager l’entreprenariat des jeunes. Aujourd’hui, il est évident que le temps où l’administration recrutait majoritairement tous les diplômés est révolu. Désormais, Il s’agit de faire en sorte que l’insertion des jeunes soit davantage le fait du secteur privé. Il faut un secteur privé qui a la capacité de recruter plus davantage de jeunes et celui de l’auto-emploi pour faire face à cette problématique. Ces deux secteurs sont porteurs d’immenses possibilités pour les jeunes dans nos pays. L’entreprenariat des jeunes qui innovent par eux-mêmes en embrassant différentes structures de service de production est aujourd’hui le moyen le plus indiqué pour lutter convenablement contre le chômage des jeunes.

ANA : Est-ce-que ces mesures prises par le Togo peuvent contribuer à l’employabilité des jeunes diplômés ?

Ministre de l’ESR : Je dois dire tout d’abord qu’il ne s’agit pas d’une résolution instantanée de  tous ces problèmes. Il s’agit plutôt d’une question sérieuse et complexe dont la résolution prend forcement du temps. Mais, le processus engagé à ce jour par les autorités togolaises vise à moyen et long termes à renverser les tendances au chômage que nous constatons aujourd’hui au Togo. Il va falloir que nous puissions aller vers le plein emploi. Mais c’est tout un processus qui demande encore beaucoup de travail. Et de ce point de vue, je dis oui ces mesures peuvent contribuer à leur employabilité. Déjà, tout ce qui est mis en place comme fonds d’accompagnement des jeunes et les formations qui se font pour leur indiquer comment monter leur propre entreprise sont utiles et vont dans le bon sens. Il y aussi des mesures visant à réviser les formations de curricula. Par exemple, au niveau du secondaire l’accent sera désormais mis sur la formation professionnelle ou professionnalisant des jeunes. Il y a une vaste reforme dans l’enseignement supérieur qui vise à équilibrer les parcours professionnels en mettant beaucoup plus d’accent sur les formations techniques et scientifiques. Ceci va permettre de rééquilibrer un peu la tendance parce qu’on a beaucoup plus de jeunes qui vont dans des filières littéraires ou juridiques et autres. Donc, il s’agit aujourd’hui non pas de les annihiler mais il va falloir qu’on  fasse en sorte qu’il y ait beaucoup plus de jeunes diplômés dans les secteurs où il y a un déficit de capital humain constaté.

 

 

ANA:   Pensez-vous qu’il faudra opter pour un partenariat public-privé pour rehausser le système éducatif au Togo?

Ministre de l’ESR : C’est vrai que le secteur privé peut jouer un rôle important dans la nouvelle vision des autorités togolaises. Toutefois, il ne faut pas oublier que les formations dans l’enseignement supérieur sont subventionnées par l’Etat.  Si on prend en compte tous les cours dispensés dans une faculté sur les deux universités publiques, le coût normal de la formation serait de l’ordre de cinq cent mille francs cfa. Aujourd’hui, les étudiants paient à peine le dixième de ce coût à cause de cette subvention de l’Etat. Cette situation rend difficile tout partenariat avec le secteur privé dans le système éducatif. Donc, ce partenariat bien qu’il est à envisager dans les années à venir, il faut ne pas perdre de vue le fait que le secteur privé ne peut investir dans un système éducatif subventionné par l’Etat. Toutefois, le secteur privé serait mis à contribution dans d’autres projets innovants dans l’avenir.

ANA : Les TIC ont aussi été introduits dans le système éducatif dans certains pays africains pour un meilleur rendement. Que fait le Togo dans ce domaine ?

Ministre de l’ESR : Vous avez parfaitement raison de parler de l’introduction des TIC dans le système éducatif. Nous savons que les tous les secteurs d’activités sont aujourd’hui bouleversés par l’introduction des TIC. Le Togo ne peut être en marge de ce mouvement révolutionnaire. C’est pour cette raison que nous avons déjà opté pour une interconnexion des deux universités publiques du pays. Je disais tantôt que le secteur privé sera mis à contribution dans d’autres projets pour rehausser le niveau du système éducatif. Les autorités togolaises vont bientôt lancer un projet permettant aux étudiants de se doter d’ordinateurs dans les deux universités publiques. A cet effet, l’Etat va donc signer un partenariat avec des banques et institutions financières de la place afin de permettre aux étudiants de disposer des ordinateurs portatifs qu’ils pourront payer sur une longue période. Le Togo fait aussi partie d’un groupe de pays participant à un projet financé par la Francophonie. Ce projet va permettre de mettre en ligne environ 400 cours sur une plateforme numérique que les étudiants pourront visiter depuis leur pays. Je parlais tantôt de l’interconnexion des deux universités publiques. Les autorités togolaises envisagent de créer des centres universitaires régionaux afin de rapprocher les structures de formation des apprenants. Pour faciliter la formation dans toutes ces structures, on aura forcement besoin d’un système d’interconnexion. Donc, les TIC vont jouer un rôle important dans le système éducatif togolais afin de doter le marché de l’emploi d’un capital humain qualifié.

ANA : Pouvez-vous nous donner quelques projets en cours d’exécution qui visent l’introduction des Tic dans le système éducatif au Togo ?

Ministre de l’ESR : Bientôt dans les universités publiques au Togo, plus besoin pour un étudiant de faire obligatoirement le déplacement de sa faculté, de son département ou de son école pour suivre un cours. De la maison, il peut, grâce à internet, suivre un cours ou consulter des ressources pédagogiques qui ont été mis sur un serveur. Du coup, il peut étudier chez lui sans avoir à se déplacer, ce qui règle en même temps le problème de la qualité, le temps et la structure d’accueil. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet Campus africain et vise l’amélioration de la qualité de l’éducation dans le système éducatif togolais. L’autre innovation, c’est l’introduction du système LMD (Licence, Master, Doctorat) dans les deux universités du Togo. Ce système anglo-saxon permet de rehausser le niveau et la connaissance générale des étudiants pour faciliter leur embauche à la sortie des universités. Toutes ces mesures demandent beaucoup de moyens financiers. C’est pour cela que nous exigeons des parents un peu plus d’efforts financiers pour assurer l’avenir professionnel de leurs enfants.


 

Par Blamé Ekoué