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ENTRETIEN ABDOULAYE TOURE, INGENIEUR : « L’économie verte est l’avenir de l’Afrique. »

Après une participation à la Cop 22 où il a décroché un titre « honorifique » pour son apport à la réduction de la dégradation des écosystèmes et à la préservation de la santé des femmes du monde rural, Abdoulaye Touré est un homme heureux. Heureux d’avoir enrichi sa palette de connaissances pour mieux servir la cause du monde rural, monde pour lequel il s’implique grâce à ses multiples inventions (four solaire, cuisinière solaire, etc…). Dans cet entretien avec ANA, ce sexagénaire débriefe la Cop 22 tout en se projetant sur sa vision de l’économie verte africaine.

Vous avez participé à la Cop 22, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Pour moi, c’est la consécration d’un travail entamé il y a plus de 30 ans. Mais aussi une formidable opportunité de rencontres et d’échanges puisque j’ai eu à nouer des relations avec des très hauts universitaires du Maghreb, ainsi qu’avec énormément de beau monde. Pour moi qui suis enseignant, c’est formidable de rencontrer cette belle brochette de personnalités ! La Cop 22 m’a permis aussi d’envisager des accords avec d’autres ingénieurs. Lorsqu’on est souvent dans son petit monde, on pense qu’on sait tout alors qu’il y a tellement à découvrir.

Vos inventions ont donc séduit au point que des accords s’en suivent. Vous attendiez vous à cela ?

Mon objectif en participant à la Cop 22 était surtout d’échanger sur la problématique de l’énergie solaire avec des sommités. Mais aussi comment faire pour structurer mes inventions afin que cela soit rentable. A ce niveau, j’ai été servi. J’ai maintenant de nouvelles ouvertures. Ces accords signés vont me permettre à court terme d’améliorer les produits inventés pour qu’économiquement je puisse en tirer en profit. C’est en cela que ma participation est intéressante.

Vous avez beaucoup d’inventions à votre actif, est-ce que cela a changé vos conditions de vie ? Si vous deviez évaluer la rentabilité, cela nourrit-il son homme ?

Au départ, il faut vous dire que cette activité d’inventeur était difficile, d’autant que j’avais pris ma retraite dans la fonction publique. Mais de plus en plus, les choses sont en train de changer positivement. Mes conditions de vie changent grâce à mes inventions. Aujourd’hui, il y a une entreprise qui a été créée pour formaliser tout le travail effectué. Il y a 6 salariés fixes qui gravitent autour de l’entreprise et évidemment il y a des coûts à supporter. C’est dire que nous essayons de faire notre bonhomme de chemin. Actuellement, nous sommes sur le design d’une nouvelle structure.

Quel est le nom de cette structure ?

Elle s’appelle Préservation à l’école de la tradition au moyen des technologies émergentes (Palettes). L’idée à travers cette dénomination est qu’il faut d’abord maitriser son environnement avant d’aller ailleurs. Je suis de ceux qui pensent que l’école est le lieu où les impulsions doivent être données. C’est peut-être dû à une déformation professionnelle (rires). J’ai servi dans l’enseignement pendant de longues années !

Et donc, quel est l’objectif de Palettes d’un point de vue économique ?

La structure est mise en place autour des groupements féminins de différentes localités du Sénégal, mais tous sont issus du monde rural. Nous voulons axer nos activités sur la petite industrie pour répondre aux besoins de la ruralité. J’ai formé le personnel sur place et aujourd’hui, on peut dire que presque 300 jeunes de différentes localités ont bénéficié d’un emploi après une formation en four solaire.

Monsieur Touré, croyez-vous que l’économie verte puisse avoir un impact dans la vie des africains ?

J’y crois fermement. Le souci est que cela ne doit pas être laissé aux mains des populations. C’est la société civile qui doit prendre cela en main pour faire bouger les choses. Dans la partie du monde ou l’Afrique est située, c’est plus facile de vivre de l’économie verte parce que simplement nous avons tout à portée de main : le soleil, l’eau etc… or ce sont des éléments clés pour une économie verte. L’Afrique en dispose naturellement. Ce n’est pas comme le pétrole qui peut s’épuiser. Le soleil est là en permanence. Le concours des états est primordial aussi dans cette bataille. Elles doivent s’impliquer pour mieux conscientiser les populations. Je crois que l’économie verte est l’avenir même de l’Afrique.

Si on prend l’exemple du Sénégal, sentez-vous que l’Etat fait les efforts nécessaires pour arriver à une économie verte, créatrice de développement?

Le ministre de l’Energie prend des initiatives et d’ailleurs le Sénégal dispose déjà de trois centrales solaires dont la plus grande de la sous-région. Cela témoigne d’une certaine volonté. C’est beau comme démarche. J’aimerais simplement inviter l’Etat à impliquer un peu plus l’expertise locale. Parce que toutes ces centrales déjà en place ont été faites avec le concours d’Etrangers. Or au Sénégal, les capacités sont là.

Dernière question, pensez-vous que durant la Cop 22 la voix de l’Afrique ait été entendue, surtout sur la question du financement ?

Au niveau du pavillon vert ou j’étais, je dis d’emblée oui. Car l’Afrique, les enseignants, les ingénieurs du continent ont exprimé leurs positions. Cela a donné des échanges très fructueux. Maintenant, au niveau politique, je ne sais pas si la voix de l’Afrique a été entendue ou pas. Comme on dit, ce sont des questions entre politiciens…


 

Propos recueillis par Mouhamed CAMARA

 

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