ActualitéArchives

Energie Le plan de Borloo pour électrifier l’Afrique en 10 ans

A quelques semaines de la COP 21, l’ancien ministre français de l’écologie, Jean-Louis Borloo, mobilise autour de son projet pour l’électrification de l’Afrique,  « Lumière pour tous ».  Un programme porté par les Africains assure-t-il réalisable en dix ans… à condition de débloquer un budget de 5 milliards de $ par an.

A l’initiative de l’ancien ministre français de l’écologie, Jean-Louis Borloo, à travers sa fondation « Énergies pour l’Afrique » créée il y a un an, le plan Lumière pour tous a été présenté, le 3 novembre dans l’hémicycle du Conseil économique et social, à Paris. Porté par les Etats africains, insiste Jean-Louis Borloo, ce plan, réalisable en dix ans, prévoit la création d’une Agence africaine pour l’énergie et la mobilisation de 5 milliards de $ par an.

 

« On peut affirmer aujourd’hui que toutes les conditions sont réunies pour un plan lumière en Afrique subsaharienne et dans toutes les régions du monde qui accusent un retard en matière d’électrification, assure le ministre rappelant au passage le « paradoxe de l’Afrique » : « le continent avec le plus grand potentiel et le plus grand retard en matière d’énergie. » Et d’expliquer : « En gros le modèle énergétique classique a toujours été fait sur l’énergie centralisée, avec un peu de production et un peu de distribution, or sur le continent, le cout de distribution est plus important. Il faut réduire ce premier handicap. La deuxième réalité, depuis les indépendances, l’Afrique a connu un choc démographique unique dans l’histoire de l’humanité, avec une population multiplié par cinq. Evidemment que l’administration ne peut pas suivre. Il faut un outil de haut niveau, avec une bonne gouvernance et des fonds propres assortis. »

 

Et c’est là qu’intervient le plan Borloo, sorte de « chainon manquant » entre les besoins locaux et les financements. A quelques semaines de la COP 21, il mène un lobbying intense pour débloquer les fonds nécessaires, à savoir 50 milliards de dollars pour l’ensemble de la période, dix ans, destiné à sécuriser les 200 milliards d’investissement nécessaires électrifier l’Afrique. « Tous les grands financements internationaux vont aux pays émergents pas aux pays en difficultés, déplore-t-il. Mes frères africains me le disent : nous n’émettons pas de CO2 et nous sommes les plus grandes victimes du dérèglement climatique (désertification, déforestation, érosion des soles…). Il y a des projets partout, et en même temps, mais ils n’aboutissent pas, comment on explique cela à nos populations ? »

 

Or, même pour un continent qui affiche des taux de croissance à deux chiffres, sans énergie pas de développement. A ce jour, 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité.

 

« J’ai étudié avec la lampe à huile, 50 ans après les indépendances, mes petits enfants continuent à étudier avec la lampe à huile. Voila la réalité de l’Afrique. »

 

« Ce projet peut répondre aux besoins de l’Afrique », assure de son côté le président du Parlement panafricain, Roger Nkodo Dang. J’ai étudié avec la lampe à huile, 50 ans après les indépendances, mes petits enfants continuent à étudier avec la lampe à huile. Voila la réalité de l’Afrique. Je crois qu’aujourd’hui il est temps que l’on pose un acte. Les gouvernements africains font des politiques en matière d’électrification mais les projets n’aboutissent pas. » Allusion entre autre au grand barrage d’Inga, en RDC, qui doit alimenter tout le continent mais qui n’a toujours pas vu le jour. Le Congo Kinshasa qui par ailleurs affiche le plus fort potentiel en matière de ressources énergétique mais dont la couverture électrique atteint à peine les 9%. « Ce ne sont pas les sources d’énergie qui manquent en Afriques, ni les projets. Mais celui de Jean-Louis Borloo, qu’il est venu présenter à la dernier session du parlement, en octobre dernier en Afrique du Sud, au delà de nos clivages politiques, culturels, a été adoptée à l’unanimité par l’assemblée. »

 

Electrifier l’Afrique : un facteur de croissance pour l’Europe

 

Un consensus qui est le fruit d’un an de travail mené par le Ministre et sa fondation, ponctué par des rencontres avec des chefs d’Etat, des experts, des opérateurs économiques. Avec pour résultat cette feuille de route « Lumière pour tous ». Et pour lequel il invite la Français, pays hôte de la Cop 21, et l’Europe, à prendre les devants. « On est a un moment crucial où nous Européens, Français, devons aider l’Afrique à se doter de l’électricité, parce que c’est également un enjeu de migration, facteur de déstabilisation; un facteur de croissance; et si une partie du monde a besoin d’un relais de croissance, c’est bien l’Europe. »  Et de rappeler : « L’aide versée par l’Europe devrait s’élever à 1,2 milliard, une somme « inférieure à l’aide au développement inutilisée faut de projets en Afrique. » Un message qu’il va porter auprès des instances et institutions françaises et européennes en vue d’un démarrage de l’Agence africaine pour l’énergie dès janvier 2016.


 

Par Dounia Ben Mohamed.