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En direct de Libreville / La parole se libère au forum citoyen

La première journée de tables rondes organisée par le journal Libération à Libreville a donné lieu à de nombreux échanges dans et en dehors des débats proposés.

Est-ce la pluie ou la qualité des débats ? Après deux heures d’échanges intenses sur le thème des relations entre le continent africain et la France, il se trouvait encore de nombreux participants en milieu d’après-midi, dans le chapiteau dressé aux abords du stade de l’Amitié à Libreville, pour discuter avec passion.

Le forum citoyen organisé par Libération a plutôt réussi son pari : « Débattre des affaires publiques » au sein de « forums ouverts, libres et gratuits ». Un succès loin d’être couru d’avance tant il s’était vu, en amont, « mettre des bâtons dans les roues », comme le regrettait un éminent journaliste africain, en début de matinée de ce samedi 10 octobre 2015. C’est que les réseaux sociaux gabonais avaient bruissé de conférences noyautées par le gouvernement, de parole contingentée, voire jugulée. Pourtant, au final, rien de tout cela.

Chacun des débats qui se sont succédé à la tribune aura contredit ces craintes. Surtout, il faut le dire, car les organisateurs ont eu le souci de donner longuement la parole au public, à la fin de chaque table ronde, au cours de séances de questions/réponses avec les panélistes. Des interpellations directes, parfois même virulentes, qui ont autant fait réagir la salle que les intervenants invités. Ainsi, l’ancien Premier ministre français Dominique De Villepin aura dû répondre à plusieurs reprises de « la permanence en Afrique du Franc CFA » ou des « nouvelles formes de colonisation françaises en Afrique ». Ainsi en a-t-il été de Yves Ferdinand Manfoumbi, coordinateur général du plan stratégique Gabon émergent, chahuté sur le bilan du gouvernement en matière de « développement véritablement inclusif » ou sur « l’inadéquation entre les formations proposées aux étudiants gabonais et la demande des entreprises ». Ainsi encore de Valentin Leyama, directeur de cabinet adjoint du président de la République gabonaise, sur l’intégrité des élections présidentielles à venir.

 

Des comparaisons inévitables avec le New York Forum

Des jeunes inscrits par Internet aux chefs d’entreprise conviés par le gouvernement, en passant par des journalistes ou même des entrepreneurs étrangers venus échanger leur carte de visite, la plupart des participants ne s’attendaient pas à des débats si ouverts et encore moins si « politiques ». Jim Makoty, jeune Gabonais de 26 ans n’en revenait pas vraiment : « On n’a jamais cette occasion, nous la jeunesse, nous les citoyens, de s’exprimer face à face avec le pouvoir et de discuter sérieusement. Nous avons besoin de ce genre de dialogue intergénérationnel. Au New York forum, fin août, il y avait déjà eu ce genre d’échange mais ici, aujourd’hui, a véritablement existé une plateforme pour permettre au citoyen de s’exprimer ». Pour les non-initiés, tel Arnaud Marcil, jeune chef d’entreprise français, l’étonnement était de mise : « On a senti, à travers toutes les questions, une pression populaire assez forte. Une pression pour accélérer le développement, en particulier sur la démocratie, l’accès à l’information, la santé, l’éducation… J’ai plutôt été surpris de l’ouverture et de la transparence des autorités gouvernementales qui ont accepté le jeu des questions/réponses ».

D’autres demeuraient, malgré tout, plus critiques, comme Erika Clousier, Gabonaise de 26 ans et ingénieur d’affaires : « Les panels étaient enrichissants, mais nous n’avons pas eu le temps d’approfondir vraiment certaines questions. Et puis j’ai trouvé que par rapport au New York forum, il y avait moins de jeunes entrepreneurs présents ». Une réalité qui s’expliquait certainement par la promesse de débats plus politiques qu’économiques tels que « Le défi terroriste : Quelle coopération à l’échelle du continent ? », « France-Europe-Afrique : Cinquante-cinq ans après les indépendances, un nouveau partenariat ? » ou « Elus, citoyens : qui décide ? Les défis de la démocratisation ». D’ailleurs, en fin de journée, le public n’était plus aussi nombreux pour écouter le Nigérian Tony O. Elumelu, concepteur de l’Africapitalisme et chef d’entreprise modèle. Le spectacle était déjà terminé.


 

Par Julien Wagner

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