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Emploi et formation Un nouveau paradigme s’impose

Vingt millions, c’est le nombre d’emplois nets que doit créer chaque année l’Afrique subsaharienne au cours des vingt prochaines années. Une bombe à retardement qui plane au-dessus de l’Afrique alors que la population du continent va doubler d’ici 2050. Pour la désamorcer, acteurs publics et privés locaux, partenaires au développement, multiplient les initiatives. Avec une approche résolument pragmatique.

 

Par DBM

 

C’est le défi de l’Afrique. L’emploi. Si la jeunesse de ce continent est son principal atout, c’est également sa première préoccupation. Offrir des emplois décents à cette jeunesse qui va porter le développement du continent. Pour aujourd’hui. Pour demain encore plus alors que la population du continent va doubler d’ici 2050. Pour l’heure, l’Afrique compte 420 millions de jeunes de 15 à 35 ans, sur 1,2 milliard d’habitants, un chiffre qui devrait passer à 830 millions à l’horizon 2050. Chaque année, ce sont 10 à 20 millions de jeunes Africains qui arrivent sur le marché du travail, seuls 3 millions d’emplois formels sont créés annuellement.

 

Avec cette inadéquation désormais bien connue, entre le niveau de formation et les besoins du marché, qui s’est profondément transformé ces dernières années. Selon le Centre africain pour la transformation économique, basé à Accra, près de 50 % des diplômés universitaires ne trouvent pas d’emploi.

 

Créer des emplois… sauver les emplois existants menacés par la crise Covid

 

 

Une réalité déjà bien connue et au cœur de toutes les préoccupations, des responsables publics locaux, aux organisations patronales en passant par les partenaires au développement. Mais le constat reste le même et le compte à rebours s’accélère. Avec une plus grande urgence à la lumière de la crise Covid-19 et des impacts qu’elle suscite sur nos économies. Pour le seul secteur de l’aviation, et les activités liées, l’Afrique devrait perdre 4,5 millions d’emplois en 2020, soit 65% des travailleurs de l’industrie, selon l’IATA.

 

Or, selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), si l’on réduisait de moitié le taux de chômage des jeunes dans le monde, l’économie mondiale pourrait s’accroître de 2 200 à 3 500 milliards de dollars. Environ 20 % de cette croissance aurait lieu en Afrique subsaharienne.

 

Alors, au-delà du constat, sur lequel tout le monde s’accorde, quelles solutions ? Diverses politiques nationales de lutte à long terme contre le chômage ont été proposées, avec cependant des résultats limités. En septembre 2004, les dirigeants africains ont décidé d’adopter une stratégie à l’échelle du continent, le Plan d’action de Ouagadougou. Dans le cadre de ce plan adopté lors d’un sommet de l’Union africaine sur l’emploi organisé au Burkina Faso, les pays s’étaient engagés à diversifier leurs économies de façon à développer des industries à forte intensité de main-d’œuvre, adopter des lois qui attirent les investisseurs et créer des perspectives d’emploi pour les femmes et les jeunes. « Nous devons dépasser le stade de la planification », exhortait déjà à cette époque le secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU, Abdoulie Janneh. La plupart des pays n’ont toutefois pas intégré des programmes de création d’emplois à leurs cadres nationaux de développement.

 

Diversifier les économies et privilégier les secteurs qui emploient une main-d’œuvre importante

 

Le Réseau pour l’emploi des jeunes, un groupement de pays mis en place par le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, en collaboration avec les chefs de secrétariat de l’OIT et de la Banque mondiale, préconise que les gouvernements diversifient leurs économies et privilégient les secteurs qui emploient une main-d’œuvre importante. L’économie de nombre de pays africains dépend encore de la production d’une ou deux marchandises de base. Ils pourraient diversifier leurs activités, en transformant ces marchandises ou en développant l’industrie manufacturière légère, comme l’a fait Maurice avec succès.

 

Au cours des vingt dernières années, Maurice a enregistré un taux de croissance économique annuelle de 6 % en moyenne, ce qui a permis de multiplier par quatre le revenu par habitant et de quasiment éliminer le chômage. Le gouvernement a attiré des investisseurs dans les principaux secteurs d’exportation du pays, le sucre et l’industrie vestimentaire. Il a également accentué la diversification en facilitant la création de zones franches industrielles, qui offrent des avantages aux investisseurs tout en permettant également aux travailleurs de former des syndicats (contrairement aux zones franches d’autres pays).

 

 

« Investir aujourd’hui de façon stratégique dans nos jeunes, afin que demain, le nouvel horizon d’une Afrique dynamique et prospère devienne réalité́ »

 

 

Une autre approche consiste à former à la création d’entreprise en dehors du système scolaire. Des programmes ont été mis en place à cette fin dans divers pays, dont la Gambie, le Kenya, le Malawi, le Nigéria, le Swaziland et le Zimbabwe. Les études démontrent que la promotion des petites entreprises et du secteur informel permet d’apporter des solutions rapides au chômage. Au Nigéria, qui comprend plus de 10 millions de petites entreprises, le gouvernement apporte son soutien aux nouveaux entrepreneurs dans le cadre d’un réseau d’environ 20 centres de développement industriel qui forment les jeunes, les aident à convertir leurs idées en projets viables et leur fournissent des prêts.

 

Si on reste loin du compte, force est de constater que, en marge des actions des gouvernements, les initiatives se multiplient, portées par des acteurs privés ou les partenaires institutionnels. A titre d’exemple, en 2018, la BAD met en place le programme, Des emplois pour les jeunes, qui mise sur la collaboration entre l’institution et ses partenaires des secteurs privé et public de toute l’Afrique, dans le but d’étendre les opportunités d’emploi, de renforcer le capital humain et de nouer des liens durables avec le marché́ du travail. Avec un objectif : créer 25 millions d’emplois et profiter à 50 millions de jeunes dans les dix ans.  « En collaboration avec nos nombreux partenaires et bailleurs de fonds, nous œuvrons à travers nos 54 pays membres africains à réduire les menaces économiques et sociales qui privent les jeunes, femmes et hommes, de nombreuses opportunités, les poussant par milliers sur les chemins de la migration, à travers le désert ou la mer Méditerranée, au péril de leur vie, indiquait lors du lancement le président Adesina. Donner des emplois aux jeunes en Afrique consiste simplement à investir aujourd’hui de façon stratégique dans nos jeunes, afin que demain, le nouvel horizon d’une Afrique dynamique et prospère devienne réalité. »

 

Les résultats ? Au Zimbabwe, où le taux de chômage est estimé à 90 %, Sharon Muchena est l’une des six entrepreneures à avoir achevé une formation en confection de vêtements au Centre de formation professionnelle de Motare, la quatrième ville du pays, profitant d’un projet destiné à améliorer l’emploi des jeunes dans le tourisme. Aujourd’hui, Sharon produit des survêtements, des uniformes scolaires et d’autres habits pour sa communauté. Elle dirige avec ses collaboratrices l’une des quatre MPME créées et enregistrées au terme du projet.

Dans le même esprit, plus récemment, I&P a lancé le programme I&P Accélération au Sahel. Un programme financé par l’Union européenne à hauteur de 15,5 millions d’euros pour soutenir les start-ups et petites entreprises de la sous-région sahélienne. Déployé sur une période de quatre ans, ce programme d’accompagnement donne à quelque 300 porteurs de projets, petites entreprises et start-ups un accès aux financements et aux compétences nécessaires pour leur permettre d’accélérer leur développement. « Ces petites entreprises sont un maillon essentiel, et en plein essor, du tissu économique africain et constituent l’un des moteurs essentiels de la création d’emplois, expliquent les porteurs du programme. Cet écosystème entrepreneurial est encore fragile : l’insécurité, le difficile accès aux financements, le manque d’accompagnement ou les difficultés de recrutement freinent le développement de ces entreprises, souvent informelles et jugées trop jeunes ou risquées pour obtenir des financements de la part des acteurs classiques (banques, fonds d’investissements, etc.). Ce sont ces difficultés auxquelles le programme I&P Accélération au Sahel entend répondre. » Le programme sera déployé dans 13 pays de la région sahélienne.

 

D’ici là, le Sénégal accueillera la troisième école africaine de formation en informatique fondée par Xavier Niel. L’école 42 du milliardaire français, actionnaire sur plusieurs projets en Afrique, a vocation à former des spécialistes aux métiers du numérique. À partir d’un cursus qui dure entre deux à cinq ans, elle propose sur la base d’un emploi de temps flexible, selon les désirs de l’apprenant, des cours de programmation, d’infrastructures informatiques, d’innovation et d’entrepreneuriat. Le campus sénégalais sera le troisième d’Afrique ouvert sur le modèle 42 après ceux d’Afrique du Sud et du Maroc. Et à travers le Sénégal, l’école 42 pourra ouvrir son concept à toute l’Afrique subsaharienne francophone.

 

Adapter les programmes scolaires et miser sur les STEM

 

On en revient ainsi aux fondamentaux. L’éducation. L’Afrique subsaharienne consacre 5 % de son PIB à l’éducation. En 2015, à Incheon, en Corée du Sud, le Forum mondial de l’éducation, organisé par l’UNESCO, a adopté une déclaration qui exige que les pays consacrent 4 à 6 % de leur PIB ou 15 à 20 % de leurs dépenses publiques à l’éducation. Un rapport montre que le Zimbabwe, Eswatini (ex Swaziland) et le Sénégal ont atteint ou dépassé l’objectif de 6 % du PIB, tandis que le Sud-Soudan, la République Démocratique du Congo, la Guinée-Bissau, l’Ouganda ou Madagascar, consacrent moins de 2,5 % de leur PIB à l’éducation. Une autre préoccupation concerne les dépenses élevées du système éducatif (85 % en moyenne), dont 56 % sont consacrées aux salaires. Quant aux contenus, « ils sont archaïques », observe le responsable d’une organisation patronale. L’accent doit être mis sur les sciences, les mathématiques, l’ingénierie et les technologies préconise-t-il. Les fameuses STEM.

 

C’est la tendance. Les écoles et centres de formation en IT se développent partout sur le continent, apprenant, y compris aux plus jeunes, à coder, à se familiariser avec la 3D, et plus largement l’Intelligence Artificielle. Certains en partenariat avec des leaders mondiaux, tels que Facebook, Microsoft, Mastercard…  Cela, pour préparer demain. Sachant que 80% des métiers qui existent aujourd’hui sont amenés à disparaître dans les vingt prochaines années. Avec l’arrivée de l’IA notamment. Mais en attendant, reste à trouver des emplois pour les jeunes déjà présents sur le marché de l’emploi. Or, à ce niveau les programmes de formations professionnelles font encore cruellement défaut. L’entreprise doit être invitée dans les écoles exhortent les spécialistes. Les programmes scolaires, notamment dans les établissements supérieurs, doivent être revus selon les besoins du marché et pour ce faire, les acteurs du secteur privé, autrement dit les futurs recruteurs, doivent prendre part au débat. Tout autant que la société civile. Sachant que les entreprises sociales emploient 41,6 millions de personnes en Afrique subsaharienne selon une étude menée par le British Council, la filière est un fort pourvoyeur d’emploi, tout particulièrement dans cette ère post-Covid. Pourtant, elle ne figure pas encore dans les disciplines enseignées au sein des universités.

 

En attendant, parmi les espoirs nourris par la zone de libre-échange continentale africaine, la libre circulation des personnes qu’elle entraînerait, permettra aux jeunes, et moins jeunes, de circuler librement à travers le continent pour trouver un emploi.

 

 

 

 

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